Chaque week-end, de nombreux matches de football sont arbitrés et, depuis le 26 janvier 2019, en France, à l’occasion de la rencontre entre le Paris Saint-Germain et Rennes, l’assistance vidéo à l’arbitrage est utilisée. Ce n’est que depuis la 5e journée, le 15 septembre 2019, que toutes les rencontres de Ligue 1 disposent de cet outil. Ce mardi, plusieurs médias étaient invités dans le centre de Paris afin de vivre l’expérience VAR et surtout pouvoir en discuter avec des professionnels de l’arbitrage, Pascal Garibian, le patron de la direction technique de l’arbitrage (DTA), en tête.

Le centre opérationnel, où sont prises chaque week-end les décisions concernant la Ligue 1, est composé de deux pièces bien distinctes. La première est de 70 m2 et elle sert aux arbitres à être briefés et débriefés, mais aussi de lieu de vie. La seconde est la VAR Room. Cette pièce, plus grande (100 m2), est le lieu où la VAR opère. On y distingue six postes (pour les six matches du multiplex du samedi soir), plus un poste de superviseurs. Pour que cela puisse fonctionner correctement, il existe, à travers la France, deux routes de fibre, mobilisant 60 420 kilomètres.

Dans quelles situations la vidéo entre en jeu ?

Le but de ce centre opérationnel est multiple.Il a été choisi car il est plus simple de briefer et débriefer les hommes en noir sur un même lieu, pour une meilleure cohésion, ainsi que pour la répartition des arbitres et leur formation, qui en est plus efficace. Sur un poste, pour une rencontre, trois hommes coopèrent : un opérateur de Hawk-Eye (technicien qui appartient à l’entreprise qui gère entre autres la vidéo au tennis et qui n’est pas arbitre), un VAR (arbitre qui analyse les situations et les ralentis) et un AVAR (arbitre aussi), ce dernier étant l’assistant du second, qui continue à suivre le direct lorsque la VAR vérifie une situation compliquée. Dans le jargon, il existe trois situations. Celle du contrôle, qui correspond à une analyse sans modification, le visionnage, une analyse de situation avec modification et enfin le visionnage terrain qui est une situation avec modification ou non de la décision finale.

Il existe quatre situations dans lesquelles la VAR opère : les buts (tous sont vérifiés), les cartons rouges, l’erreur d’identité et les penalties. Toutefois, Pascal Garibian rappelle que l’arbitre conserve son expertise. Sur cette saison (jusqu’à la 12e journée), il y a eu un total de 36 erreurs claires et évidentes d’arbitrage. 25 ont été corrigées par l’assistance vidéo, 11 non corrigées pour plusieurs raisons, par exemple un incident technique audio. Le temps de visionnage moyen correspond à 98 secondes quand il grimpe à 135 secondes en visionnage terrain.

L’organisation des hommes en charge des matches

Très bien, mais dans les faits, comment cela se passe ? Les opérateurs d’Hawk Eye arrivent sur place six heures avant la rencontre. Les arbitres, eux, deux heures avant. S’en suit alors une phase de test. Tout d’abord des essais audio et vidéo pour s’assurer que tout fonctionne correctement, ensuite un manager de la DTA effectue un briefing de 20-25 minutes avant qu’un ultime test technique, avec un opérateur, se déroule 45 minutes avant le début de la rencontre. Après les matches, un débriefing a lieu, mais c’est plus sur la forme : le ressenti des arbitres, le partage d’expérience, etc.

« La décision finale doit toujours être prise par le terrain. La décision finale reste à l’arbitre », explique Pascal Garibian, qui ne veut pas tendre vers le ré-arbitrage et qui précise (souvent) que la VAR fonctionne uniquement sur une erreur claire et évidente de l’arbitre. Pour cela, il est aidé. Dans la VAR Room, trois personnes sont donc sur un match. L’assistant VAR (AVAR), la VAR et l’opérateur de Hawk Eye qui récupère les flux des diffuseurs (protocolairement parlant, deux opérateurs sont nécessaires s’il y a plus de douze caméras, ce qui arrive pour les gros dispositifs). Sur les postes, la VAR dispose d’un plan large et ensuite, d’un autre écran, divisé en quatre avec d’autres plans et surtout, un écart de trois secondes avec ce qui se passe en réalité.

Nous nous sommes trompés

Dans notre expérience, on peut dire que rien n’est aisé. Prenons exemple sur le penalty sifflé la saison passée, entre Guingamp et Nantes. Presque à la fin de la rencontre, Valentin Rongier, à la lutte avec Jérémy Sorbon, est lancé dans la surface par une balle en profondeur. Eboa Eboa débarque et prolonge le cuir en corner de la main. Aucun des acteurs ne demande quoi que ce soit, mais l’assistance vidéo intervient. De notre côté, dans une mise en situation réelle, nous n’avons pas appuyé sur un des deux boutons à notre disposition (un vert pour taguer une action où une situation litigieuse existe et un rouge afin de communiquer avec l’arbitre central).

Pourtant, lors de cette rencontre la VAR est bien entrée en communication avec l’arbitre central pour annoncer cette main. Pour pouvoir correctement juger des situations, les arbitres ont été formés à des parties théoriques et pratiques, comme le veut l’International Football Association Board (IFAB). Mais l’ancien arbitre Laurent Duhamel nous explique qu’il faut compter des dizaines, voire des centaines d’heures pour être bien formé.

Ce que peut vérifier la vidéo sur une action

Autre exemple marquant, qui nous est expliqué par Sébastien Moreira, ancien arbitre et aujourd’hui à la DTA, le but contre son camp de Gabriel lors d’OM-LOSC (2-1), lors de la 12e journée. Quatre situations sont vérifiées pour valider le but. La première concerne l’éventuelle faute de Kamara lors de la récupération du ballon, la seconde un éventuel hors-jeu de Maxime Lopez, une main éventuelle ou un hors-jeu de Benedetto et enfin une potentielle main de Dimitri Payet. Tout cela doit être jugé dans un espace de temps extrêmement réduit et, il faut le reconnaître, une concentration maximale, qui est épuisante. La bonne décision est prise, l’arbitre valide le but. On a parfois l’impression que cela dure une éternité, mais les décisions prises sont relativement rapides et il faut souligner que, et notre expérience l’a montré, rien n’est absolument évident dans tout cela.

Sur une réalisation, un but est marqué et si une situation litigieuse arrive, on remonte jusqu’au début de l’action offensive afin d’éviter une erreur précédente qui annulerait la décision finale. Là aussi est la difficulté d’analyser rapidement une multitude de situations propices, parfois, voire souvent, à interprétation. Sur l’action amenant le penalty de Payet, contre l’Olympique Lyonnais, sont analysées beaucoup de choses. Sur le corner, on vérifie que le cuir n’est pas sorti, ensuite on s’assure que Sanson ne fasse pas de faute et ensuite on se pose les questions sur la main, pour savoir si sa position est naturelle ou non.

Les grosses difficultés

Mais cela n’a pas empêché l’erreur puisque Morgan Sanson a fait une main avant, qui n’a pas été détectée. La raison est simple, les diffuseurs ont montré l’image huit minutes après, ce que les trois hommes dans la VAR Room n’ont pas pu observer, ils se sont donc directement focalisés sur la main de Thiago Mendes. Surtout que les corrections d’erreurs ont un impact sur l’arbitre qui est sur le rectangle vert. « Un arbitre qui se trompe sera impacté dans sa note technique. Ils sont évalués sur leur technique, à savoir les coups de sifflet, la gestion humaine. Mais ils doivent d’abord être performants sur le terrain. On n’a jamais dit que la vidéo trancherait tout. La vidéo peut altérer la réalité du terrain », détaille encore et toujours Pascal Garibian.

Justement, voici une difficulté à laquelle nous avons eu affaire. Prenons la rencontre entre le Paris Saint-Germain et Nice la saison passée. Sur un ballon dans le dos de la défense, Neymar contrôle le cuir et envoie une volée dans les tribunes. Toutefois, après son enchaînement, Dante pose sa semelle sur le haut du pied du Brésilien. À ce moment précis, l’arbitre qui était sur place (dans le rôle pour nous, Laurent Duhamel) communique avec nous : « les joueurs sur le terrain réclament un penalty, que s’est-il passé ? » Notre travail débute alors. Nous vérifions si Neymar n’était pas hors-jeu au départ. Ce n’est pas le cas. En regardant de plus près la suite de l’action, on se rend compte qu’il s’emmène le ballon de l’avant-bras droit.

La décision finale appartient à l’arbitre, hors erreurs claires et évidentes

Avec cette première infraction, la suite nous est inutile puisque la main sera sifflée et il n’y aura donc pas d’analyse sur le penalty. Mais ce n’est pas terminé. Le Brésilien se tord de douleur, il faut donc observer ensuite ce qu’a fait le défenseur niçois. Le geste n’est clairement pas maîtrisé et si, de notre côté, nous pensons, devant le poste, qu’un carton rouge peut être donné, l’erreur de l’arbitre central n’est pas claire et évidente. Il faut donc lui dire qu’il n’y a pas penalty parce que Neymar s’emmène le cuir de la main d’abord et que donc le jeu peut se poursuivre.

Ce qu’il convient en plus d’expliquer, c’est qu’une décision antérieure annule une situation suivante. Petit exemple sur un ballon dans le dos de la défense. Un joueur pénètre dans la surface, un penalty est accordé et un second carton jaune, synonyme d’exclusion, est donné par l’arbitre central. Les hommes dans la VAR Room observent que le joueur offensif était hors-jeu, le penalty et le carton jaune ne sont donc pas valables. Le défenseur est rappelé sur le terrain et la défense dispose d’un coup franc. Une seule exception existe à cette règle. Si le défenseur annihile clairement une action de but (carton rouge dans les règles) ou effectue une faute grave (exclusion aussi), la défense écope d’un carton rouge et d’un coup franc défensif pour le hors-jeu précédemment cité dans notre situation.

Ce qu’il faut retenir, et même si nous avions quelques idées reçues sur l’assistance vidéo et son utilisation, c’est que c’est extrêmement compliqué. Les arbitres (anciens ou actuels) ont tous été très pédagogues sur les situations que nous avons eu à juger. La concentration, sur plusieurs écrans, avec différents angles, pendant 90 minutes peut altérer certaines perceptions tout comme les ralentis et la focalisation sur un événement donné. Il convient d’aller vite, de prendre les bonnes décisions et de les communiquer clairement avec l’opérateur, pour obtenir les bonnes images et donc bien vérifier, puis avec l’arbitre central afin de lui confirmer sa décision ou de l’inviter à aller voir les images. On peut clairement penser que les minutes passées sur la vérification semblent une éternité dans un stade alors qu’en réalité, la vitesse à laquelle tout est jugé pour éviter des erreurs claires et évidentes est minime. C’est ce que nous avons retenu de cette VAR expérience ce mardi après-midi.