Trois victoires, quatre nuls et huit défaites lors des 15 dernières rencontres disputées par l’Olympique de Marseille. L’heure est à la crise sur la Canebière et le mercato hivernal est suffisamment avancé pour qu’elle s’accompagne d’une légère panique. Panique face aux aiguilles qui tournent et face à la colère rugissante des supporters olympiens, excédés par l’absence de révolte visible. Jacques-Henry Eyraud se retrouve en première ligne en compagnie de l’entraîneur qu’il a prolongé il y a quelques mois seulement, Rudi Garcia. Leur solution ? Espérer que l’équipe se redresse au cours des prochains matches, avec un calendrier abordable (hormis un match périlleux face au LOSC), et surtout réaliser un gros coup sur le mercato hivernal en chipant Mario Balotelli à Nice. Mais tout miser sur le fantasque attaquant italien n’est-il pas pure folie ?

Pour Valentin Pauluzzi, correspondant de L’Équipe en Italie, l’arrivée de Super Mario pourrait insuffler une nouvelle dynamique à Marseille malgré ses six derniers mois catastrophiques à Nice. « Quand il vient au Milan en janvier 2013, la situation est plus ou moins identique. Milan avait fait un début de saison catastrophique. Et Balotelli avait mis un but en une demi saison à Manchester City. Et il fait peut-être les six meilleurs mois de sa carrière. Il remonte à lui tout seul le club, avec 12 buts en 13 matches de Serie A. Milan avait obtenu la troisième place in extremis. Balotelli a quand même fait de belles choses dans sa carrière. A ce moment-là, tout le monde s‘est dit : ça y est, il a la carrure pour s’imposer au très haut niveau. La configuration rappelle cela. »

Quand on l’attend comme le sauveur, Balotelli peut décevoir

Si l’international transalpin bénéficie encore d’une immunité surprenante malgré son côté imprévisible, l’identifier comme le sauveur de la patrie peut s’avérer risqué. En effet, ce qui pourrait s’apparenter en gagnant-gagnant pourrait aussi s’avérer être une belle catastrophe. « C’est dur de faire confiance à Balotelli. Dernier exemple en date avec son retour en sélection italienne. Il s’est loupé l’été dernier, il revient en sélection après 4 ans d’absence et Mancini mise sur lui. C’était un peu le retour en grâce. Et derrière il y a eu l’affrontement avec Nice, il zappe la préparation, il rejoue contre la Pologne, hors de forme. Tout le monde s’est dit : mais pourquoi ? Il revenait une énième fois. Tu as toutes les cartes en main et tu te plantes. Il a du mal à trouver de la continuité, un plan de carrière intelligent, » estime ainsi Pauluzzi. Connu pour son caractère bien trempé, Balotelli a souvent offert quelques maux de tête à ses différents entraîneurs. Saura-t-il s’adapter au vestiaire marseillais rempli d’egos surdimensionnés ? Réussira-t-il à se fondre rapidement dans le moule phocéen ? Le débat reste ouvert sur ce point.

Souvent, le caractère de Balotelli a empoisonné les débats autour de son intégration. Dans un vestiaire déjà sur les nerfs concernant les salaires des uns et des autres, comme l’a rappelé Luiz Gustavo, son arrivée ne pourrait-elle pas aggraver les choses et surtout créer un problème d’égo ? « Ce n’est pas tant un gros caractère que ça. Ce n’est pas un leader qui va prendre la parole, il n’a pas l’âme d’un capitaine. C’est une personnalité qu’il faut encadrer, qu’il faut beaucoup surveiller, il faut toujours être derrière son dos. Patrick Vieira, qui l’a connu comme joueur, qui est très patient, au bout d’un moment il en a eu marre. On ne peut pas tout le temps être derrière lui et attendre, il faut qu’il se prenne en main et qu’il se débrouille un peu tout seul. Vieira s’est dit qu’il fallait passer à autre chose quand, au bout de six mois, il a vu que ça ne suivait pas sur le terrain. Il s’est dit "je ne vais pas passer mon temps à être son professeur si je n’ai pas de résultat. Je ne peux passer mon temps à m’occuper que de lui dans un groupe de 20 joueurs". C’est ça qui est un peu compliqué. Ce n’est pas vraiment un gros caractère, il a besoin d’attention, de beaucoup de règles. Il faut le manier avec précaution parce qu’on a, parfois injustement, eu peur de lui alors que ce n’est pas un mec méchant qui va te bazarder le vestiaire. Je pense qu’il va plutôt se renfermer et être silencieux. Il faut trouver la bonne manière de le gérer. Favre l’avait trouvée. C’est un travail d’horloger. Est-ce que Garcia va avoir le temps ? L’envie ? Pareil pour le vestiaire ? C’est encore autre chose, » analyse Mathieu Faure, journaliste à Nice Matin.

Le statut de Balotelli peut créer la panique dans un vestiaire

De son côté, l’agent Yvan Le Mée s’interroge sur le jugement des joueurs marseillais par rapport à l’arrivée de Mario Balotelli dans un vestiaire pollué par les histoires salariales des uns et des autres. « Quand je vois tous les soucis qui polluent le vestiaire de l’OM, son gros salaire, parce qu’il ne viendra pas avec un petit salaire, cela peut créer la panique. Les émoluments de Strootman ont déjà posé problème dans le vestiaire. On parle de Balotelli comme si c’était Higuain ou Aguero, cela me paraît dangereux de donner autant de responsabilités à un joueur qui n’a pas marqué depuis six mois, » révèle celui qui gère notamment les intérêts de Romain Alessandrini. Ballotté depuis plusieurs semaines par les supporters, le duo Jacques-Henri Eyraud et Rudi Garcia est propulsé sur le banc des accusés par les amoureux du club olympien. La venue de Mario Balotelli peut-elle offrir plus qu’un sursis au président et à l’entraîneur marseillais dans le futur ? La question mérite clairement d’être posée d’autant qu’on a du mal à voir plus loin que les six mois proposés par l’Olympique de Marseille. On se demande encore si les stratèges olympiens sont sur une stratégie à long terme. « On se projette sur du court terme, c’est inquiétant. C’est de l’acharnement, ça fait peur en terme de stratégie de club. Car il faut savoir que les clubs ne lui courent pas après. Que cela soit en Serie A ou les clubs chinois d’ailleurs. Je trouve cela un peu too much. Cela me paraît risqué comme projet. S’il s’investit autant qu’à Nice sur le terrain avec le maillot de l’OM, cela peut poser encore des soucis avec les supporters et il y en a suffisamment comme ça, » souligne Le Mée.

Si les deux hommes forts de l’OM donnent l’impression d’abattre leur dernière carte avec Mario Balotelli, difficile d’extrapoler sur les conséquences de son arrivée sur l’avenir du duo Garcia-Eyraud, déjà bien chahuté par les supporters en attendant la réception de Lille sous les yeux de Frank McCourt, vendredi prochain. « Il peut dans l’urgence, sur quatre cinq matches, donner, redonner un sursis. Dans un premier temps. On saura vite en mi, fin-février. Je pense qu’il peut te donner un mois de sursis. Si fin février il n’a toujours pas planté, c’est sûr qu’ils vont se prendre un retour de bâton. Ce sera alors facile de dire "on vous l’avait bien dit, c’est un nid à emmerdes. Le mec n’a pas marqué pendant six mois, il n’a pas mis un pied devant l’autre, comment voulez-vous qu’il s’adapte si vite". Après, il a de telles qualités intrinsèques que moi je reste persuadé que si lui a envie, il y a aura des occasions qu’il mettra qu’aujourd’hui aucun autre joueur de l’OM n’est capable de mettre. Je ne le vois pas faire une traversée du désert pendant six mois à l’OM. Sportivement je ne vois pas comment c’est possible, » ajoute Tony Selliez journaliste sur France Bleu Provence. La future arrivée de Mario Balotelli à l’Olympique de Marseille suscite en tout cas une certaine effervescence. Qui retombera vite en cas de mauvaises performances, ou qui s’accentuera si jamais Balotelli retrouve son efficacité.

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