Pendant une journée, cela a ressemblé à un bon tirage. Le 17 décembre aux alentours de 12h20, le PSG découvrait son adversaire pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions : Manchester United. Un adversaire dans un état déplorable, celui dans lequel l’avait plongé José Mourinho, dans une ambiance de fin de règne. Et ce règne, justement, a été interrompu dès le lendemain par les dirigeants mancuniens. Le 18 décembre, l’annonce tombait, Mourinho était limogé. Le 19 décembre, Ole Gunnar Solskjaer, ancien attaquant des Red Devils, était nommé entraîneur intérimaire. Depuis ce jour, MU écrase tout sur son passage. Hormis un 2-2 contre Burnley à domicile (et encore, cela a témoigné d’un solide mental avec deux buts inscrits en fin de rencontre pour arracher le match nul), les Mancuniens ont tout gagné. Ils étaient moribonds, les voilà pleins de confiance avant d’aborder le match contre le PSG à Old Trafford mardi prochain. Comment Ole Gunnar Solskjaer a-t-il fait pour transformer cette équipe ?

D’abord, le choc psychologique. Pour beaucoup, Solskjaer y est étranger malgré lui. Après Mourinho, peu importe l’identité de l’entraîneur qui allait débarquer, il aurait trouvé un groupe de joueurs soulagé par le départ du Special One. Mais n’enlevons pas de crédit au Norvégien. Car, un peu à l’image de Carlo Ancelotti au Real Madrid, la bonhomie du Norvégien a clairement été un atout. Après la froideur de Mourinho et sa manière de mettre la pression sur ses hommes, Solskjaer a privilégié un management positif. « Ma conviction, c’est de faire confiance aux joueurs. Croire en leur capacité à bien jouer. Essayer de dominer l’adversaire, de gagner de la bonne manière, de jouer tel que nous le faisons actuellement à Manchester United », a-t-il récemment confié dans un entretien accordé à Skysports. Pour cela, il s’appuie énormément sur son staff, un mix entre celui présent avec Mourinho (Michael Carrick, Kieran McKenna et Emilio Alvarez) et deux anciens joueurs et entraîneurs de MU (Mike Phelan et Mark Dempsey).

Solskjaer aimait la manière qu’avait Sir Alex Ferguson de parler aux joueurs. Alors il applique la même recette. « J’aime les entretiens individuels, mais ce n’est pas seulement moi. C’est Kieran (McKenna), c’est Michael (Carrick), c’est Mark (Dempsey), c’est Mike (Phelan), c’est Emilio (Alvarez, tous membres de son staff, ndlr). Nous avons un grand staff. Bien sûr, je prends les décisions mais je leur donne toute ma confiance et des responsabilités. Nous avons plein de joueurs à qui parler. Et il n’y en a pas beaucoup qui peuvent apprendre à David de Gea des choses sur le métier de gardien de but qu’il ne connaît pas encore. » La première réussite de Solskjaer a donc été de trancher avec les manières dictatoriales d’un José Mourinho. Personnalité affable, le Norvégien a multiplié les discussions avec son staff et ses joueurs. Pour les dérider puis les débrider.

Tout pour l’attaque...

Le style Mourinho était jugé trop défensif et liberticide ? Soit. Solskjaer a demandé de l’allant, en cherchant à imprégner ses joueurs de la culture du club telle que lui l’avait connue. « C’est plus facile pour moi car je connais l’ADN et l’identité du club, et ce que c’est d’être un joueur de Manchester United. Cette identité, c’est une mentalité de gagnant. C’est avoir de la confiance, vouloir prendre des risques. Attaquer pour marquer le deuxième, le troisième, le quatrième but parce que c’est comme ça que sont les choses à MU. Si tu ne comprends pas ça ici, alors tu es dans le mauvais club », explique-t-il. « Nous ne devons jamais oublier notre histoire de contre-attaquants. Bien que nous aimions dominer le match, nous devons toujours jouer avec rapidité et puissance. Pour gagner des matches, il faut aller de l’avant. » Aussi simple et évident que bon à rappeler.

Le calendrier l’aide dans sa tâche avec un déplacement sur la pelouse du modeste Cardiff. Résultat : 5-1 avec un quatuor offensif Pogba-Martial-Rashford-Lingard qui fait des merveilles. Bournemouth, Newcastle et Reading (en FA Cup) suivent. Pas vraiment des terreurs et MU peut tranquillement poursuivre sa mue, en même temps que Solskjaer affine son schéma tactique. Il oscille entre le 4-3-3, avec Pogba en milieu relayeur gauche, et le 4-2-3-1 avec Pogba placé en meneur de jeu. Rashford devient le choix numéro 1 dans l’axe de l’attaque, avec Martial et Lingard pour animer les ailes. Mais, en tant qu’ancien "supersub", Solskjaer parvient à maintenir concernés les grands perdants Romelu Lukaku et Alexis Sanchez. Après cette série de 4 matches gagnés face à une adversité toute relative, Solskjaer emmène tout son petit monde pour un rapide stage à Dubaï (auquel Pogba ne participe pas). Le programme à venir est alors plus redoutable, avec un déplacement à Tottenham en Premier League puis à Arsenal en FA Cup.

...mais pas seulement

C’est là que le style Solskjaer diffère à nouveau de Mourinho. Durant le stage, outre la grande liberté qu’il accorde aux joueurs, qui le lui rendent bien en affichant un profond respect et une écoute totale, il n’hésite pas à demander à ses ouailles comment ils souhaitent jouer face à Tottenham, et plus globalement face aux plus grosses équipes qui s’annoncent (dont le PSG). De ces discussions ressort la tactique utilisée face aux Spurs, plus défensive, avec une concentration extrême dans le replacement, et avec un sang-froid clinique dans la manière de mener les contres. Comme l’explique le journal Manchester Evening News, les joueurs adhèrent totalement au management de leur entraîneur, qui joue la carte tradition à fond. Exemple parlant avec l’image renvoyée : terminé les arrivées en survêtement au stade, place aux blazers aux couleurs mancuniennes.

Transcendé par la culture club, Ole Gunnar Solskjaer affiche un bilan quasi parfait, à moins d’une semaine du choc face au Paris Saint-Germain. Alors qu’il n’avait gagné que 9 matches sur 30 lors de son passage sur le banc de Cardiff en 2014 (en Premier League), il n’a toujours pas perdu la moindre rencontre (sur 10 disputées). Sous ses ordres, Manchester marque 2,5 buts de moyenne en Premier League, n’en concède que 0,8, et comparativement à l’ère Mourinho, les joueurs se créent plus d’occasions et fournissent plus de sprints. Solskjaer n’a pas fait que remonter le moral des troupes. Il a rehaussé toutes les statistiques. Le PSG est prévenu.