Le Portugal est écoeuré par la rencontre entre Cristiano Ronaldo et Donald Trump

Depuis hier, les images et les photos de la rencontre entre CR7 et Donald Trump font parler. Et au Portugal, voir l’idole du pays s’afficher avec le président américain agace.

Par Matthieu Margueritte
6 min.
Cristiano Ronaldo et Donald Trump @Maxppp

L’image a fait le tour du monde. Pour la première fois depuis 2009 et les graves accusations portées par Kathryn Mayorga (qui a accusé le Portugais de l’avoir violée dans un hôtel à Las Vegas), Cristiano Ronaldo a foulé le sol américain. La star d’Al-Nassr faisait partie de la délégation saoudienne emmenée par le prince Mohammed ben Salmane et reçue en grande pompe au 1600 Pennsylvania Avenue à Washington. Accueilli à bras ouverts par Donald Trump à la Maison-Blanche, Ronaldo a reçu les honneurs du chef de la première puissance mondiale. «Vous savez mon fils est un grand fan de Cristiano Ronaldo. Nous avons Ronaldo avec nous ici (au dîner). Barron a pu le rencontrer et je pense qu’il respecte un peu plus son père maintenant que je vous ai présenté (rires). Merci d’être là, c’est un honneur.»

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Quelques instants plus tard, les services de communication de la Maison-Blanche publiaient une vidéo de CR7 et Trump marchant côte à côte en qualifiant les deux hommes de GOATS « Deux GOATS. CR7 x 45/47 (Trump est le 45e et le 47e président des États-Unis, ndlr) ». Un post liké par plus de 7,7 millions de personnes, dont Neymar Senior, Luis Figo, Marcelo ou encore Javier Pastore. Pour la finesse diplomatique, on repassera, mais toujours est-il que Ronaldo s’est largement affiché avec le président américain en photo et sur les réseaux sociaux. Plus tard, ce fut au tour du Lusitanien d’y aller de son post pour remercier son hôte. «Merci, Monsieur le Président, pour votre invitation et pour l’accueil chaleureux que vous et la Première Dame avez réservé à ma future épouse, Georgina, et moi-même. Chacun d’entre nous a quelque chose d’important à offrir, et je suis prêt à faire ma part pour inspirer les nouvelles générations à bâtir un avenir fondé sur le courage, la responsabilité et une paix durable». Une publication likée par 18 millions de personnes dont plusieurs autres célébrités encore une fois (Neymar père et fils, Luis Figo, Blaise Matuidi, Marcelo, Thiago Silva, Radamel Falcao entre autres). Niveau communication, cette rencontre des genres a donc été un énorme succès. Mais en termes d’image, c’est nettement moins unanime.

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Un coup de com’ XXL

Sur les réseaux sociaux, Cristiano Ronaldo est accusé de complaisance vis-à-vis de Trump et de ben Salmane, et d’avoir été utilisé médiatiquement par deux chefs d’État pour le moins controversés. Le premier est critiqué pour fournir des armes dans la guerre de Gaza, tandis que le second a souvent été pointé du doigt ces dernières années pour ses méthodes liberticides et soupçonné dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul. Vous l’aurez compris, beaucoup ont été déçus de voir l’une des plus grandes idoles de l’histoire du football privilégier des relations business aux valeurs morales. Et au Portugal, cet événement n’est bien évidemment pas passé inaperçu. Du côté du président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, il faut remercier CR7 d’avoir placé le pays de 10 millions d’habitants sur la carte du monde. « Ronaldo est un génie. Le Portugal lui doit énormément en termes de prestige. Vu sa notoriété, ce n’est une surprise pour personne », a-t-il déclaré, tout en prenant soin de ne pas évoquer la polémique déclenchée par cette visite.

Cependant, des voix se sont quand même élevées pour dénoncer la visite de CR7 à la Maison-Blanche. Sur les réseaux sociaux, l’ancienne journaliste Ana Garcia Martins (près de 1 million de followers) a lâché un commentaire acide sur le selfie pris par Cristiano Ronaldo, sur lequel on le voit aux côtés de sa compagne Georgina Rodríguez, d’Elon Musk, de Howard Lutnick (secrétaire au Commerce des États-Unis), et de David Sacks (président du conseil consultatif du président américain pour la science et la technologie). « Assister au dernier match de qualification de l’équipe nationale ? Non, car il n’aime pas être le centre de l’attention. Aller à la Maison-Blanche pour tapoter le dos de Trump devant tout le monde ? Bien sûr, sans problème », a-t-elle écrit. Dans les médias, si la presse sportive a été très discrète à ce sujet, les canaux plus généralistes ont abordé le sujet, comme João Nuno Assunção, éditorialiste international de la chaîne SIC.

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«Cristiano Ronaldo n’avait pas besoin de ça»

« Cristiano Ronaldo n’avait pas besoin de ça. Ronaldo est un joueur avec un palmarès énorme, connu dans tout le monde, il n’avait pas besoin de s’associer à un gouvernement accusé de violations des droits de l’Homme. Il n’avait pas besoin d’associer et d’entacher son nom avec un roi, en l’occurrence le prince héritier saoudien soupçonné d’avoir ordonné la mort d’un dissident (Jamal Khashoggi). C’est difficile de croire que Ronaldo a été invité personnellement et ne pas l’associer à la délégation saoudienne. (…) Ronaldo a une fortune considérable et a le respect unanime du pays où il est né. Il véhiculait aussi une image de paix, il n’avait pas besoin de mettre son nom comme ça… surtout lui qui a si souvent, et de façon anonyme, financé des causes humanitaires. Il a risqué d’apposer son nom aux côtés d’un régime qui laisse beaucoup à désirer au niveau du respect des droits de l’Homme. » De son côté, le journaliste de CNN Portugal, Tiago André Lopes, a lui aussi taclé l’idole lusitanienne. «Cette visite est avant tout une tentative de l’Arabie saoudite de se normaliser sur la scène internationale et le joueur portugais s’est prêté à être utilisé comme un moyen d’adoucir l’image du régime. Ronaldo s’est laissé instrumentaliser. Je comprends que le régime est l’actuel employeur de Ronaldo - c’est là qu’il développe sa carrière -, mais quoi qu’il en soit, cela me semble être un rôle très peu digne pour un joueur qui, jusqu’à présent, est resté très apolitique.»

Enfin, l’ONG Amnesty International a profité du micro ouvert de CNN Portugal pour faire part de sa déception. «Cristiano Ronaldo est un exemple pour beaucoup de gens à travers le monde, surtout les enfants et les jeunes. On attend plus de lui. On attend de lui qu’il se batte pour les droits humains. Si nous avons regretté que le joueur portugais n’ait pas profité de l’occasion qui lui était offerte de rencontrer Donald Trump pour faire entendre sa voix, qui est une voix écoutée, nous regrettons encore plus qu’à ce jour, Ronaldo ne se soit pas fait entendre auprès des autorités saoudiennes pour rappeler au prince héritier Mohammed ben Salmane que les nombreuses violations des droits humains commises quotidiennement par son pays doivent cesser. Cette formidable machine de relations publiques des autorités saoudiennes, dont Cristiano Ronaldo fait également partie, vend au monde une image de progrès et de glamour, en faisant venir des fans et des artistes célèbres dans le pays pour différents événements. Au fond, cela ne fait que détourner l’attention du public de son bilan atroce en matière de droits humains.» Cristiano Ronaldo se remettra-t-il de cette polémique ? « Malheureusement, les gens oublient vite », a conclu Assunção.

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