Breiðablik, Ħamrun Spartans, Lincoln Red Imps : ces clubs qui vivent déjà leur rêve en Ligue des Champions
Ils viennent des confins de l’Europe, là où le football se vit avec humilité mais passion. Qu’ils soient Islandais, Maltais ou Gibraltariens, les joueurs de Breiðablik, Ħamrun Spartans et Lincoln Red Imps ont déjà inscrit leur nom dans l’édition 2025/2026 de la Ligue des Champions. Dans l’ombre des géants du continent, ces trois clubs ont franchi le premier tour qualificatif avec panache, au terme de scénarios riches en émotions. À travers un renversement spectaculaire, une séance de tirs au but irrespirable ou une double confrontation parfaitement maîtrisée, ils rappellent que le rêve européen n’appartient pas qu’aux puissants. Pour ces formations venues de terres souvent oubliées des projecteurs, chaque tour franchi est un chapitre d’histoire.

À peine le temps de digérer la finale, et déjà l’heure de repartir au combat. Un mois et demi seulement après l’apothéose vécue par le Paris Saint-Germain à Munich, où le club de la capitale a soulevé sa toute première Ligue des Champions face à l’Inter Milan, la plus prestigieuse des compétitions européennes reprend déjà ses droits. Dans une relative discrétion médiatique, le premier tour de qualification de l’édition 2025/2026 marque le coup d’envoi d’un nouveau marathon continental. Ce tour inaugural concerne les champions nationaux des associations classées entre la 25e et la 55e place du classement UEFA, à l’exception du Liechtenstein, qui ne possède pas de championnat national. Pour ces clubs venus de Géorgie, du Kosovo, d’Islande ou encore d’Arménie, le rêve européen commence dès la mi-juillet. Si la route est encore longue vers la phase de ligue, ces premiers matchs sont déjà porteurs d’une intensité particulière : chaque confrontation se joue en aller-retour, et les vainqueurs accèdent au deuxième tour de qualification. Les perdants, quant à eux, voient leur parcours se poursuivre en Ligue Conférence, où ils seront reversés au deuxième tour de qualification de cette troisième compétition européenne.
Le nouveau format de la Ligue des Champions rend chaque tour qualificatif encore plus crucial. En 2025/2026, pour la deuxième saison sous le format dit de la “phase de ligue”, 36 clubs participeront à une seule poule géante, avec huit matchs par équipe contre huit adversaires différents. Pour atteindre cette phase, le chemin est toujours semé d’embûches pour les champions des “petits” pays, qui passent par ce qu’on appelle la voie des champions. Le parcours de qualification comporte quatre tours : le premier, deuxième, troisième tour de qualification et les barrages. À chaque étape, les matchs se disputent en aller-retour, et seuls les vainqueurs poursuivent l’aventure dans la voie de la Ligue des Champions. À noter que cette voie garantit désormais cinq billets pour la phase de ligue, contre quatre dans le système précédent, une ouverture pensée pour préserver les chances des champions nationaux issus des associations moins bien classées. Les clubs éliminés à chaque stade ne sont pas pour autant privés d’Europe : selon le tour auquel ils sont sortis, ils sont repêchés en Ligue Europa ou en Ligue Conférence, assurant ainsi une présence européenne prolongée pour nombre d’entre eux. Ce système favorise non seulement la compétitivité, mais aussi l’exposition et le développement de ces clubs issus de championnats plus modestes, qui vivent là leurs plus belles nuits européennes.
Des histoires à raconter !
Quand Breiðablik s’est incliné (1-0) en Albanie face à KF Egnatia, rares étaient ceux qui leur prédisaient un avenir au-delà de ce premier tour de qualification. Le score semblait presque flatteur tant les Islandais avaient subi, incapables de poser leur jeu dans une rencontre tendue et fermée. Pourtant, une semaine plus tard, à Kópavogur, tout a changé. Porté par un vent glacial et une ferveur populaire rarement atteinte dans l’enceinte intime du Kópavogsvöllur, Breiðablik a livré un récital inattendu, infligeant un retentissant (5-0) aux Albanais, méconnaissables. Emmené par le buteur Kristall Máni Ingason, auteur d’un doublé, et une intensité collective remarquable, le club islandais a signé l’un des plus grands renversements de ce premier tour. Ce genre de match, où le souffle du football dépasse les logiques sportives, rappelle que la magie européenne vit aussi dans ces marges. Fondé en 1950, Breiðablik a longtemps été un club de formation, discret mais structuré, produisant régulièrement des talents pour l’élite islandaise. Ce n’est qu’en 2010 que le club a décroché son premier titre de champion, amorçant une nouvelle ère. En 2023, il devenait le premier club islandais à atteindre le troisième tour de qualification, une performance historique. Le revoilà lancé sur une trajectoire similaire. Dans un pays où les conditions climatiques rendent le football exigeant, où les pelouses synthétiques sont la norme, Breiðablik incarne une ambition moderne, fraîche et sincère. Et si le rêve devait continuer, il le ferait dans le sillage de cette nuit inoubliable où tout un club a défié l’hiver en plein été. Le football islandais, dont le conte de fées de l’Euro 2016 reste encore gravé dans les mémoires, tient peut-être avec Breiðablik un nouveau chapitre à écrire.
Dans l’histoire récente du football maltais, rares sont les moments où les clubs locaux ont pu prétendre rivaliser à l’échelle européenne. Et pourtant, Ħamrun Spartans a écrit une page nouvelle et lumineuse à Vilnius. Battus (2-0) à l’aller par le Žalgiris, un adversaire plus expérimenté et habitué des joutes continentales, les Spartans se savaient dos au mur. Mais il régnait chez eux une conviction farouche, nourrie par leur passé de club historique — fondé en 1907, sept fois champion national, mais tombé dans l’oubli pendant des décennies avant de renaître récemment grâce à une solide reconstruction sportive et financière. Sur la pelouse lituanienne, le miracle a eu lieu. Deux buts venus d’ailleurs, une intensité défensive inébranlable, puis une séance de tirs au but digne d’un thriller : dix tirs réussis de chaque côté avant que le gardien Jonathan Debono ne devienne le héros d’une île, arrêtant le onzième penalty lituanien. Les scènes de liesse qui ont suivi rappellent que, parfois, le football rend au centuple ce que la passion lui donne. Ħamrun devient ainsi le premier club maltais à franchir deux fois le premier tour de Ligue des Champions en trois saisons. Leur épopée s’inscrit dans un renouveau du football maltais, où les clubs, longtemps semi-professionnels, investissent davantage, attirent des talents étrangers, et rêvent de plus grandes scènes. Mais c’est aussi un conte romantique : celui d’un petit club méditerranéen, forgé dans le vent salin et les ruelles de La Valette, qui refuse de se contenter de figurer. Sur la scène européenne, Ħamrun ne veut plus être invité. Il veut jouer les rôles principaux. Sur ce petit archipel passionné, la liesse fut totale. Plus qu’un exploit, cette victoire symbolise la résilience d’un club qui, à force de croire à l’impossible, finit par le provoquer.
S’ils ne créent plus la surprise comme autrefois, les Lincoln Red Imps restent les inlassables ambassadeurs d’un territoire minuscule qui, à chaque campagne européenne, défie les lois du possible. Face à Víkingur Gøta, champion des Îles Féroé, les Gibraltariens ont su faire parler leur expérience continentale : une victoire renversante 3-2 à l’extérieur, puis une confirmation sereine 1-0 à domicile, dans l’antre du Victoria Stadium, coincé entre la mer et le Rocher. Fondé en 1976, Lincoln a dominé sans partage le football local depuis l’entrée de Gibraltar dans l’UEFA en 2013. Mais c’est en 2016, avec une victoire historique contre le Celtic Glasgow, qu’ils sont passés de l’anonymat au statut de curiosité européenne. Depuis, le club s’est professionnalisé, renforcé, et surtout appris. Leur parcours en 2021 jusqu’aux phases de groupe de la Ligue Europa Conférence a été un tournant, prouvant que même depuis un territoire de moins de 35 000 habitants, le haut niveau n’était pas une chimère. Cette année encore, leur solidité, leur sang-froid et leur réalisme font merveille dans un tour de qualification souvent piège. Et si les Lincoln Red Imps continuent d’avancer, ce n’est pas seulement pour eux. C’est pour Gibraltar tout entier, pour cette petite enclave passionnée où le football sert de miroir à l’identité locale. En accédant une fois de plus au deuxième tour de qualification, ils prolongent un rêve que bien peu pensaient possible : exister, vraiment, dans l’univers des géants. Voir son club phare progresser dans les tours de la plus grande compétition de clubs est un exploit qui relève presque du miracle. Et si cette aventure devait s’arrêter plus loin, elle aura déjà offert à tout un peuple l’illusion, le temps de quelques soirées, d’exister au cœur du concert européen.
Tous les résultats du 1er tour de qualification
- Žalgiris Vilnius (LIT) vs Ħamrun Spartans (MLT) (2-0, 0-2, 10-11 tab)
- KuPS (FIN) vs FC Milsami (MDA) (1-0, 0-0)
- New Saints (WAL) vs FK Shkëndija (MKD) (0-0, 1-2)
- FC Iberia 1999 (GEO) vs Malmö FF (SUE) (1-3, 1-3)
- Levadia Tallinn (EST) vs FK RFS (LVA) (0-1, 0-1)
- KF Drita (KOS) vs FC Differdange 03 (LUX) (1-0, 3-2)
- Víkingur Gøta (FRO) vs Lincoln Red Imps (GIB) (2-3, 0-1)
- KF Egnatia Rrogozhinë (ALB) vs Breiðablik (ISL) (1-0, 0-5)
- FCSB (ROU) vs Inter Club d’Escaldes (AND) (3-1, 1-2)
- AC Virtus (SMR) vs HŠK Zrinjski Mostar (BOS) (0-2, 1-2)
- Olimpija Ljubljana (SVN) vs Kaïrat Almaty (KAZ) (1-1, 0-2)
- FC Noah (ARM) vs Budućnost Podgorica (MNE) (1-0, 2-2)
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