Info FM : profession recruteur, de l'autre côté du miroir

Recruteur, « scout » ou tout simplement observateur, il arpente les terrains du département, de la région, voire du continent, en quête du joueur qu'il manque à son club. Dénicheur de talents, s'il agit dans l'ombre et doit faire preuve de discrétion, sa bienveillance et sa communication restent des atouts indispensables pour gagner la confiance des footballeurs du futur. Focus sur un métier qui attire curieux et passionnés.

Recruteur, un métier qui cherche à sortir de l'ombre
Recruteur, un métier qui cherche à sortir de l'ombre ©Maxppp

Assise face au tableau, l’audience écoute attentivement Philippe Brutsaert dans la salle de conférence d’un hôtel de la banlieue parisienne. D’horizons différents, ces jeunes hommes - une vingtaine - 19 ans pour le plus jeune, 38 pour le plus âgé, se retrouvent autour d’une passion commune. Le ballon rond. Éducateurs, préparateurs physiques ou mentaux, analystes vidéos, arbitres ou amateurs passionnés, ils viennent d’Angoulême, du Havre, d'Ile-de-France, de Toulouse, Strasbourg, Marseille ou encore d’Algérie. Avec un seul but. Découvrir les secrets du monde très concurrentiel et assez mystérieux du recrutement. Avec un objectif commun : devenir dénicheur de talents ou « scouts » et frapper aux portes des clubs français et étrangers.

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Agrégé en langues germaniques, enseignant à temps plein, Philippe Brutsaert occupe à mi-temps le poste de responsable de recrutement du KV Courtrai, club de Jupiler Pro League. Également au service de la Fédération belge, il est en charge de la formation des entraîneurs et des personnels encadrants. S'il est employé par le club belge à mi-temps, c'est que, chez nos voisins, la limite entre le salariat et le bénévolat est mince. « Ce n’est pas un métier en Belgique parce qu’on ne sait pas le professionnaliser, à temps plein. C’est une fonction pour laquelle tu es défrayé, mais tu ne vas pas dire que ton métier c’est recruteur, en tout cas au niveau des jeunes,» raconte celui qui, au nom de la Belgique, intervient également auprès de l’UEFA sur le développement du football des petits (Grass roots).

La passion avant l’argent

Deux-cents-cinquante matches par an, 6 ou 7 par week-end, pour quelques 20 joueurs signés. Lorsque l'on sait qu'il ne s'agit pas de sa principale activité, la semaine d’un directeur de cellule de recrutement belge est bien chargée. Lundi, encodage. Philippe Brutsaert intègre les données dans la base. Comprendre, les rapports des matches du week-end envoyés par son équipe de scouts. Mardi, préparation des prochaines missions de scouting et accueil des parents. Chaque joueur qui vient en détection au club de Courtrai est reçu avec ses parents et se voit offrir une explication détaillée des méthodes utilisées au club. Les principes, l’ADN et les aspects distinctifs de l’entité sont évoqués. Mercredi, Philippe Brutsaert va sentir l’odeur du terrain et réalise ses propres missions de scouting, alors que le jeudi lui sert à affiner les missions qu’il déléguera à son équipe.

À Courtrai, Philippe Brutsaert dispose d'une enveloppe de 6 000 euros par mois pour payer les cinq recruteurs qu'il envoie en mission chaque week-end. À quinze euros le rapport détaillé, il faut en écumer des terrains pour pouvoir assurer ses fins de mois. La passion anime ces jeunes observateurs, déclarés « bénévoles » aux yeux de la législation belge. Si Courtrai fait partie des clubs « moyens » de Belgique, Philippe Brutsaert estime que le budget de la cellule de recrutement des plus grands clubs ne dépasse pas les 20 000 euros de l'autre côté des Ardennes. Sur une année, le budget global de la formation d'un club comme Courtrai avoisine les 600 000 euros. À titre de comparaison, le budget de la formation des jeunes du LOSC avoisine les 7 millions d'euros par an. « Si la passion est le but premier, si tu travailles bien, l'argent viendra. Mais il ne peut pas être le but premier » rappelle Philippe Brutsaert.

Un directeur de cellule qui va sur le terrain

« On est dans un autre monde, dans une autre réalité. L'effet bénéfique, c'est que si tu es dans ce milieu-là en Belgique, c'est que tu es passionné. Il n'y a pas d'argent à ce faire. En France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, il y a beaucoup plus d'argent ». L'Angleterre a investi énormément d'argent dans le recrutement ces derniers années et engagé beaucoup de gens dans ce domaine. Aujourd'hui, un effet pervers se fait ressentir. « Une fois engagés, ces gens deviennent des fonctionnaires. Cela devient un métier. » Entre bénévoles passionnés qui se démènent pour pas grand-chose et recruteurs « installés » grassement payés aux frais de la Fédération anglaise, le fossé est immense.

Le vendredi, dans ce club situé à une trentaine de kilomètres au nord-est de Lille, le directeur de la cellule de recrutement reste une nouvelle fois auprès des parents et des joueurs en tests, et se réunit avec les entraîneurs pour évaluer leurs besoins. Il en profite également pour affiner son programme de scouting pour le samedi. Philippe Brutsaert comble les trous. Samedi et dimanche matins, il squatte les mains courantes de la région des Flandres. Le mois de mai approchant, Philippe Brutsaert se prépare à arpenter les terrains à la recherche de U6, U7, U8 et U9 pour la saison 2019/20. On anticipe, finalement le métier ne laisse que très peu de repos, surtout en Belgique.

### « On invite les joueurs à s’entraîner »

« Chez nous, à Courtrai, le scouting dure du mois d’août au mois de février. Puis de février à avril, nous réalisons les périodes de tests », raconte le Belge, ou de détections, même s’il n’aime pas le terme. « Nous, on invite les joueurs à s’entraîner. Cela leur évite toute pression, qui serait contre-productive ». Philippe Brutsaert exècre le discours moralisateur et rempli d’angoisse de certains « recruteurs » lors de détections qui ressemblent davantage à une reproduction grandeur nature du 3 de Mayo de Goya qu'à une partie de football entre amis. Une longue ligne de jeunes garçons qui, tétanisés, attendent, bien malgré eux, d’être mis en concurrence, finissant bien souvent par perdre leurs moyens. « Cela va être difficile aujourd’hui », « vous allez être observés », « seuls les meilleurs d'entre vous serons sélectionnés »...

Si le recrutement se fait dès la catégorie U6, alors même que les apprentis footballeurs tapent leurs premiers ballons en clubs, c'est que la concurrence est féroce rappelle Philippe Brutsaert. « D'abord, il y a tellement de concurrence en Belgique que si tu ne les a pas en U7, U8, tu ne les as plus. Ensuite, la Fédération belge a - au contraire de son homologue française - organisé des formations de scouting. On a 3 000 personnes en Belgique qui en ont bénéficié et c'est même obligatoire pour un club d'avoir une cellule de recrutement ». Une obligation qui va dans le sens de l'enfant. Un processus de recrutement qui permet au jeune joueur d'être à son niveau au moment de la formation.

Tolérance zéro sur la fuite des talents en Belgique

« Un enfant de 7 ans qui est doué doit avoir accès à un club élite, où il bénéficiera de plus d'entraînements. En Belgique, on ne veut pas rater un seul talent. On n'est pas un grand pays donc on a la tolérance zéro. En France, où il y a un millions de joueurs, si tu en rates dix ce n'est pas grave. Nous, si on en rate dix, c'est une équipe nationale entière. C'est là que réside le problème de notre équipe nationale. On a pour l'instant une très bonne équipe nationale, mais si on a cinq blessés, on a une équipe nationale tout à fait normale. La France, elle, a trois équipes nationales. Elle pourrait envoyer trois équipes nationales à la Coupe du Monde, » explique un Philippe Brutsaert au discours implacable.

Ce dernier n'hésite pas un instant lorsqu'on lui demande quelle est la partie la plus plaisante de son métier. « Le contact avec les gens, avec les enfants. Voir des enfants qui s'épanouissent. Un enfant que tu es allé chercher dans un petit club, quand tu le mets dans un grand club et que tu vois qu'il prend encore plus de plaisir, qu'il est bon, qu'il monte, qu'il progresse... Et le plaisir ultime, c'est quand il signe un contrat pro et qu'il joue. » Un plaisir que le technicien belge tient à partager avec son équipe. « On ne va jamais découvrir un joueur seul. Il y a tout un travail du club par rapport à l'accompagnement, au plan d'apprentissage. Mais tu te sens utile. »

« Les éducateurs qui se gargarisent d'avoir formé untel ou untel... »

Un raisonnement qui rejoint celui de Yannick Menu. Lorsque ce Breton de 48 ans prend place devant l'assistance et commence son exposé, il est loin de se douter qu'une avalanche de questions l'attend. Il faut dire que le personnage transporte sur son dos un sacré bagage et que sa récente prise de fonction a de quoi impressionner les aspirants recruteurs présents ce jour-là. Assistant du directeur sportif de l’AS Monaco, Michael Emenalo, depuis janvier, Yannick Menu a fait ses armes au FC Lorient (1990-2000), joueur puis éducateur, avant de rejoindre le Stade Rennais, pendant 15 ans (2000-2015), formateur, entraîneur, coordinateur des contenus d’entraînement du centre de formation, directeur adjoint et enfin directeur du centre de formation.

« Tous les éducateurs qui se gargarisent d’avoir formé untel ou untel... il faut tordre le coup à cette idée, » commence Yannick Menu. À Rennes, il a notamment vu passer un certain Ousmane Dembélé. En formation au Stade Rennais de 2010 à 2015, l’attaquant international français a laissé une trace dans le paysage du football français. Mais pas de quoi s’enflammer pour l’ancien directeur du Centre de formation. « À Rennes, on a vu quelques bons joueurs passer, voire de très très bons joueurs. Je n’ai pas la prétention de dire que je les ai formés. Ce serait m’approprier quelque chose qui ne m’appartient pas. On participe à un parcours de formation,» rappelle celui qui a également accompagné Tiémoué Bakayoko lors de sa formation à Rennes.

Anticiper les besoins du club

La première étape est de savoir quel joueur est-ce que l’on veut. Quand on se déplace, on sait ce que l’on va voir. Dans un centre de formation, il est important d’identifier le joueur que l’on veut recevoir ou recruter. « Des grands, des petits, des bons footeux, des mecs qui vont vite, des garçons à forte personnalité... l’important étant de savoir où l’on veut aller, » énumère Yannick Menu. On en vient à évoquer l’identité du club. Pour éviter la prise de risque et l’erreur de casting, il ne faut parfois que quelques instants d’observation. « Il ne faut parfois que cinq minutes, mais très souvent on assure une prise de risque limitée après le maximum d’observation, » reconnaît Philippe Brutsaert. « Si on dit « ouahou » après cinq minutes, que l’on est au bord de la pelouse avec des gens expérimentés, et que d’un commun accord on est bluffés, là, c’est bon, on ne va pas se tromper ».

« Après, tu peux te tromper sur la personnalité et sur l’entourage. Sur le joueur en tant que tel tu ne vas pas te tromper ». Mais c’est rarement comme ça que cela se passe. C’est beaucoup plus souvent sur un maximum d’expériences, dans des conditions différentes. Il faut voir le joueur contre une équipe faible, contre une équipe forte, dans sa position, dans une position différente, contre son pied, avec son pied, avec un entraîneur vindicatif, avec un entraîneur complaisant. Un travail sur le long terme qui est un autre gage de succès. « La grosse erreur est de faire une journée de détection et qu’au soir de cette journée dire « lui peut signer, lui peut signer, lui ne peut pas signer ». Tu passes à côté de certaines choses, » regrette le Belge.

Il est important de différencier la performance du moment et le potentiel à venir. Le joueur observé n'a pas forcément tous les critères recherchés et ceux-ci seront différents selon la catégorie d’âge, « mais par exemple, la vitesse n'évoluera que très peu, » précise Yannick Menu. Le profil morphologique est à prendre en compte, il peut s'avérer déterminant notamment pour les défenseurs axiaux et les gardiens. Yannick Menu évoque un défenseur formé au Stade Rennais. « Génération 2005, vainqueur de la Coupe Gambardella, ce joueur était précoce dans sa personnalité, mais également physiquement. Il a évolué au poste de défenseur central et n'a jamais avancé dans sa formation. Il n'a fait que reculer ». Philippe Brutsaert rebondit et vient lui évoquer Romelu Lukaku, buteur à 16 ans en équipe première d'Anderlecht et qui peine à exploser au très haut niveau, malgré une ascension indéniable du côté de Manchester United.

Avoir un oeil partout

« Les joueurs que j’ai vus, d’autres observateurs vont aller les vérifier, » poursuit Yannick Menu. On croise, on recoupe les informations. Le recrutement n’est jamais l’affaire d’une personne. Une fois les informations vérifiées, vient le temps des recommandations. Les scouts recommandent des joueurs au club. Ensuite, des recommandations finales sont faites. « Dix scouts vous ramènent trois joueurs à chaque poste. Derrière, il faut bien faire un tri. À trente joueurs par scout, on ne peut pas se retrouver avec 300 joueurs. Des investigations plus poussées doivent être menées. Est-ce possible que le joueur vienne chez nous ? Est-ce que le club va lui convenir ? Est-ce que financièrement c’est possible ? Au final, on retient 3, 4, 5 joueurs par poste, selon la méthode employée».

Le dirigeant de l'ASM fait attention au moindre détail. Il faut observer le joueur avant le match, pendant l'échauffement, à la mi-temps, après le match. Observer ses qualités mentales et sa mentalité. « Un match dure 90 voire 95 minutes. Voir un scout partir à la 75e minute pour éviter les bouchons, c'est non ! À la 89e, vous aurez peut-être l'information qu'il vous manque » s'exclame-t-il, avant d'évoquer un souvenir pour étayer son raisonnement. « Je m'en vais observer un joueur de National 3, mais ce dernier sort à la 40e minute. Je reste. Un U18 de l'équipe de France jouait, j'ai donc fait un focus sur lui. Son coach le sort à la 90e et lui tend la main. Le joueur refuse de la serrer et les deux hommes se disputent. C'est un signal fort qu'il m'envoie », raconte Yannick Menu. Se montrer curieux, observer les à-côtés - de sa page Facebook à ce qu'il mange - des détails qui pourraient avoir leur importance au moment où l'agent appellera.

Léo, 19 ans, aspirant-scout

La passion d’abord. Une capacité de veille et d’investigation, des heures passées derrière l’ordinateur et les mains courantes des stades du département, de la région. Des caractéristiques du recruteur aguerri ou en devenir. Mêlées à la mise en place d'exercices de terrain. Des traits de qualités que l'on retrouve chez Léo, 19 ans, benjamin de la formation ATK Sports, dédiée au métier de recruteur de joueurs de football, ancien footballeur et abonné au Stadium de Toulouse. En licence STAPS, il n'a pas hésité à monter à Paris pour tenter de toucher d'un peu plus près son rêve. « Je suis certes le plus jeune de la formation mais je me considère au niveau de mes camarades, j'ai confiance en mes compétences au niveau du football, car cela fait plusieurs années que je m'intéresse à ce monde, depuis longtemps j'essaie de repérer des jeunes joueurs que je suis par la suite. Origi, Musonda, Loftus-Cheek, Cuisance ou encore Harit sont des joueurs que je suis depuis longtemps ».

Comme la majeure partie des stagiaires, Léo a d'abord été footballeur. Comme d'autres, il cherche à se reconvertir, ayant rangé les crampons au vestiaire suite à des blessures récurrentes. « Au niveau de ma routine, chaque week-end, je vais voir jouer les U17-U19 et la N3 du TFC quand ils jouent à domicile, je regarde les matches de Ligue 2, beaucoup ceux de Bundesliga, ceux de Ligue 1 évidemment, et ceux en Espagne et en Italie aussi. Les coupes d'Europe en semaine bien sûr. Je suis aussi beaucoup de jeunes joueurs à fort potentiel sur les réseaux sociaux, ou je trouve des vidéos, car les matches de jeunes sont rarement retransmis. J'ai eu l'occasion d'en voir certain durant la Youth League que je suis très rigoureusement ». Foot, foot, foot. Les formateurs ne passent pas par quatre chemins, mieux vaut être célibataire ou partager la vie de quelqu'un de très conciliant pour se lancer dans l'aventure « scout ».

Un métier aux multiples facettes

Comme l'agent de joueurs ou le journaliste, dans le milieu très concurrentiel du football, le recruteur doit inspirer confiance. Il doit s'entourer d'un réseau fiable et donner aux autres l'envie de travailler avec lui. Sa communication doit être irréprochable, le premier contact étant primordial, les 30 premières secondes considérées comme clés. En « écoute active », il parvient à interpréter des réactions, des gestes, à sonder le contexte et a la capacité de lire entre les lignes, notamment lors de ses échanges avec les parents. Force de persuasion, il doit disposer d'un sens commercial et éthique, pour que le jeune ait envie de rejoindre son club. Enfin, sa persévérance doit être sans faille. Sans être dans le harcèlement, il doit s'armer de patience et ne rien lâcher.

Une étude réalisée en Angleterre a prouvé que le moment le plus détesté par les jeunes footballeurs les jours de matches était le retour dans la voiture avec leur papa. « Pourquoi tu lui as passé le ballon alors que tu aurais pu tirer ? », « Tu as mal joué aujourd'hui »... L'accompagnement de la famille est l'un des maître-mots du métier de recruteur. « On accompagne les familles, on ne les force jamais. Comme chez nous, il n'y a pas d'argent, il n'y a que le plaisir de pouvoir jouer dans un club supérieur. Lorsque l'on engage un joueur, le rôle du recruteur est également le suivi de ce dernier. Aller régulièrement le voir, lui demander comment il va, comment cela se passe à l'école, avec sa copine, avec ses parents, avec son petit chien... ce sont des moments très riches,» explique Philippe Brutsaert. On ressent de la bienveillance dans le discours du prof.

Se laisser une marge d'erreur

« Soyez dans la logique « je me tromperai ». On ne peut pas être dans le 100%, » conseille Yannick Menu aux aspirants recruteurs. Repérer le jeune joueur prometteur qui s’intégrera à l’effectif du club n’est pas chose aisée. Surtout au jeune âge auquel les joueurs sont observés. Faire signer un tout jeune footballeur de 8 ans avec l’ambition qu’il fasse les beaux jours du club est en soi un risque énorme. Et qui dit prise de risque énorme dit taux d’échec important. « Quand on recrute un garçon de 12, 13, 14 ans, on vous pose parfois la question « est-ce que ça fera un joueur de Ligue 1 ? ». On n’en sait rien. On part toujours du prérequis « quel joueur est-ce que vous cherchez ?». La grande difficulté que l’on a dans un centre de formation, c’est que l’on observe, des jeunes qui ont 10 ans, 11 ans, 12 ans, c’est difficile, » raconte Yannick Menu.

Il est plus facile d’être un observateur, un recruteur chez les pros, où l'on travaille sur un « produit » quasi-fini, alors que sur les jeunes on observe un « produit » qui est en évolution. Yannick Menu insiste sur un point. « Le meilleur à 15 ans ne sera pas forcément le meilleur à 20 ans ». Réussir à repérer le talent de demain, qui n’est peut-être pas celui de l’instant T, telle est la difficulté du métier de recruteur. « Peut-être le sera-t-il. Mais il faut toujours se poser la question « pourquoi est-il meilleur que les autres ? » Si c’est juste parce qu’il est plus grand et plus fort, que c’est un garçon précoce, on n’a pas la réponse à toutes ces interrogations, mais on se doit de se les poser. Après, il faut se faire une conviction. C’est une croyance ».

Vers une professionnalisation du métier de scout

« Si le recrutement n’est pas bon, tout le reste n’est qu’une perte de temps », martèle Philippe Brutsaert. Dans cette formation ultra-participative, les recruteurs-formateurs donnent un maximum de données, sur la législation, sur la marche à suivre dans les centres de formation… « Ils doivent connaître le produit, après c’est à eux de l’entretenir et de remplir leur sac à dos d’informations pour se rendre crédible par rapport aux gens qu’ils rencontrent ». Les parents, les clubs, les sociétés de management. Ils doivent se faire un nom. « Cela demande du temps et du travail. En travaillant bien, en étant honnête et intègre ». Philippe Brutsaert a un principe : « il faut rendre le jeu aux enfants. C’est leur jeu », martèle-t-il.

Un discours qui n’est pas très éloigné de celui de Yannick Menu. « Si vous n’avez pas de bons joueurs, voire de très bons, en tout cas qui soient capables de répondre à votre ambition, vous serez en échec. Le rôle du recruteur est de détecter et d’apporter la ressource nécessaire à la réussite de son club. Le rôle d’un observateur, ou d’un recruteur, est prépondérant ». Est-ce que cela peut s’apprendre ? Oui, mais cela demande du temps et, surtout, beaucoup de travail. Cet ancien joueur, qui a dû interrompre sa carrière en raison d'un problème cardiaque, évoque un père rarement présent au stade mais qui lui demandait d'être « comme Drogba ». « Il est venu me voir une fois, j'ai voulu trop faire et j'ai été nul, » raconte cet apprenti recruteur, dans une formation qui se veut participative et ressemble parfois, pour le meilleur, à une thérapie de groupe. Les stagiaires révèlent leurs expériences personnelles dans le but de ne pas répéter les erreurs du passé.

Une formation en France

Pionnier en la matière, l’organisme de formation ATK cherche à sortir le métier de recruteur de l’ombre, en proposant une formation en 9 jours, étalée sur les week-ends, pendant près d’un mois. Un planning serré pour qu’une trentaine de passionnés puisse, en marge de leur profession, découvrir et s’approprier les secrets du métier. Le tout encadré par des formateurs de terrain. « Si le recruteur a un statut officiel auprès du club, au travers de la cellule de recrutement, son statut n’est pas reconnu par la FFF. L’idée de cette formation est, dans un futur proche, qu’elle devienne diplômante et que le métier de scout soit reconnu par les instances du football français », raconte Teddy Kefalas, responsable de l’organisme. Avec, à long terme, l'ambition de « disposer d'un maximum d'émissaires auprès des clubs ».

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