Liga

Comment la Liga booste ses droits TV et pourquoi la Ligue 1 devrait s’en inspirer

Alors que la Ligue 1 a connu énormément de galères liées à la vente de ses droits TV ces dernières années, la Liga elle se porte particulièrement bien. Les dirigeants du championnat espagnol viennent d’ailleurs de sceller un nouveau contrat record.

Par Max Franco Sanchez
5 min.
Les droits TV de la Liga augmentent encore @Maxppp

Les temps sont durs pour beaucoup de clubs. Si on met de côté la Premier League, qui vit dans une bulle à part, bon nombre de championnats traversent de grosses difficultés sur le plan financier. C’est le cas de la Ligue 1 par exemple, avec toutes les problématiques liées aux droits TV de ces dernières années qui ont fait des trous dans les poches de la plupart des clubs pros en France. En Espagne en revanche, on se porte plutôt bien. Les mesures drastiques - pourtant très critiquées par le grand public - liées au fair-play financier de la Liga ont certes bien bridé les clubs sur le mercato, mais les résultats sont là et la majorité des clubs, bien que n’ayant pas forcément la possibilité de recruter à tout va sur le mercato, sont à l’équilibre sur le plan financier. Et ce alors qu’il n’y a pas si longtemps que ça, la Liga était clairement le mauvais élève de l’Europe de ce point de vue là.

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Mieux encore, l’Espagne a réussi à faire grimper ses droits TV dans un contexte européen de stagnation ou de régression. Actuellement, depuis l’exercice 2022/2023 et jusqu’à la fin de la saison 2026/2027, les clubs espagnols se répartissent au total légèrement moins d’1,5 milliard d’euros par an. A partir de la saison 2027/2028, la Liga touchera 6,14 milliards d’euros sur cinq saisons rien qu’avec les droits domestiques. Soit 1,23 milliard d’euros par saison en moyenne, une augmentation de 9% par rapport au deal précédent. Il faudra donc rajouter, à cette somme, les autres deals habituels de la vente des droits à l’international et qui vont considérablement faire grimper la note. Une très bonne nouvelle pour la Liga et pour ses clubs, dont Javier Tebas s’est logiquement vanté : « à une époque où de nombreuses ligues perdent de la valeur, le fait que la LaLiga continue de croître et d’atteindre des sommets historiques est particulièrement important à signaler ».

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Un contexte pourtant difficile

Et ce, alors que la Liga semble avoir un peu perdu de sa superbe. Les résultats des clubs espagnols en Ligue des Champions cette saison sont particulièrement mauvais, et de nombreux joueurs charismatiques et très cotés au niveau mondial ont quitté le championnat ces dernières années. Plus étonnant encore, cette hausse des droits TV a été obtenue sans arrivée fracassante de nouvel opérateur dans l’équation, puisque ce sont toujours Movistar (Téléfonica) et DAZN qui diffuseront le championnat en Espagne. Et avec la même répartition, à savoir cinq matchs de Liga par week-end pour les deux. Sans parler du pouvoir d’achat des Espagnols qui reste tout de même inférieur à celui de bon nombre de voisins européens, et c’est un facteur à prendre en compte forcément.

Comment expliquer cette hausse des droits dans ce contexte a priori défavorable ? D’abord, la Liga a misé sur le contenu. Pour rendre plus attractives les rencontres et surtout toutes les émissions autour des matchs, les décideurs du championnat ont mis en place une série de règles imparties aux clubs. Ils les ont d’abord forcés à rendre leur stade plus agréable à l’image et à prendre soin des moindres détails, de la peinture des sièges à l’éclairage général. Puis, la Liga a aussi misé sur la technologie, avec de nouveaux angles pendant les matchs et l’utilisation de drones, qui offre à certains moments des séquences plus immersives. Les clubs, à moitié contraints et à moitié encouragés financièrement par la Liga, se sont donc prêtés au jeu et ont un peu ouvert leurs portes, avec des caméras dans les vestiaires ou pendant les discours de coach en bord de terrain, ce qui permet aux chaînes d’avoir plus de contenu inside, et de façon générale, plus de matériel audiovisuel à proposer à leurs abonnés. Il y a aussi plus d’interviews et de séquences où les joueurs échangent avec les journalistes et les consultants qu’avant. Globalement, le contenu autour des matchs a clairement progressé.

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Du meilleur contenu et une lutte antipiratage acharnée

Si la Liga a perdu bon nombre de stars dernièrement, les récents succès de La Roja ont un peu réconcilié les fans avec le football et leurs joueurs en général. La génération des Pedri, Lamine Yamal ou Nico Williams est venue apporter un nouveau souffle sur le football ibérique. Forcément, avoir des joueurs que les supporters apprécient encourage les gens à s’abonner, et les sommes perçues montent donc. La lutte contre le piratage est aussi une composante essentielle à prendre en compte dans cette histoire. Et pour cause, depuis des années déjà, la Liga mène une lutte féroce contre le piratage ; une guerre qu’elle est en train de gagner, allant parfois jusqu’à bloquer des serveurs entiers avec des victimes collatérales. Le blocage de Cloudflare pendant les matchs de Liga, visant à neutraliser les sites et les plateformes proposant les rencontres gratuitement, empêche d’autres sites et applications légales et n’ayant rien à voir avec le football de fonctionner correctement.

Regarder du football de manière illégale est de plus en plus difficile en Espagne, et souvent, il n’y a pas d’autre choix que de s’abonner. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle ravira Javier Tebas, puisqu’au-delà de l’aspect purement comptable et financier de ce nouveau deal, il s’inscrit parfaitement dans cette politique très protectionniste qu’il applique au football espagnol. A savoir des clubs et un championnat autosuffisants, ne dépendant pas d’investissements étrangers, qu’ils viennent de fonds privés ou étatiques. Avec des droits TV qui continuent de monter et ce contrôle financier toujours aussi strict, les clubs ibériques vont pouvoir continuer de construire des bases saines et des projets durables, quitte à, pour le moment, continuer d’être un peu moins flambeurs sur le mercato…

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