Jean-Luc Arribart, directeur général du FC Versailles 78 : «est-ce qu’on aura envie de monter en Ligue 1 ? Bah pourquoi pas !»

Le FC Versailles 78 s'apprête à disputer un 8e de finale de Coupe de France historique contre Toulouse, leader de Ligue 2. Malheureusement, cette rencontre se jouera ce samedi au Stadium Municipal et non pas dans les Yvelines à cause de problèmes plutôt étonnants liés à la proximité avec le château. Il y a de quoi nourrir de gros regrets mais aussi une certaine ambition. Car le Petit Poucet (avec Bergerac) de la compétition est surtout premier de son championnat de National 2 et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Depuis le printemps dernier, deux nouveaux actionnaires ont offert des moyens bien plus importants au club, et les pleins pouvoirs à leur homme de confiance, un certain Jean-Luc Arribart. Entretien royal avec un homme qui fut tour à tour joueur, consultant et désormais directeur général avec pour mission de propulser Versailles vers le monde professionnel.

Jean-Luc Arribart est le directeur général du FC Versailles depuis le mois d'octobre 2021
Jean-Luc Arribart est le directeur général du FC Versailles depuis le mois d'octobre 2021 ©Maxppp

Foot Mercato : vous êtes arrivé à votre poste de directeur général du FC Versailles 78 en octobre dernier. Quatre mois plus tard, vous êtes leader de National 2 (avec un point d'avance sur la réserve de Lorient qui ne peut pas monter, et surtout cinq sur les Voltigeurs de Châteaubriant, qui ont un match en moins, ndlr) et qualifié en 8e de finale de Coupe de France contre Toulouse. Vous pouviez difficilement rêver pareils débuts...

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Jean-Luc Arribart : j’ai pris le train en marche, qui roulait déjà à vive allure. Je suis très satisfait de ne pas avoir ralenti la course et j’espère surtout l’accélérer un peu encore. Je suis ravi que l’équipe de Versailles continue sur sa très bonne lancée.

FM : c’est la première fois de son histoire que le club atteint ce niveau en Coupe de France, c’est déjà un exploit de réalisé...

JLA : oui, c’est une fierté mais on est conscient aussi que l’on a eu de la chance au tirage au sort parce qu’à part Poissy qui joue dans notre groupe (en National 2), on a eu que des tirages contre des équipes de divisions inférieures. On n’a pas fait d’exploit. S'il y a un exploit à faire, c’est maintenant à Toulouse !

FM : n’y a-t-il pas un regret de ne pas jouer ce match à Versailles, là où il devrait se tenir, ni même en région parisienne ?

JLA : on est d’accord. On le savait de toute façon, car nous étions déjà sous dérogation de la fédération lors du 16e de finale contre La Roche Vendée. On savait que l’on n’aurait pas eu le droit de jouer à Montbauron. En ne jouant pas là bas, la fête est déjà sérieusement gâchée. On a été obligé de trouver une solution, la moins mauvaise des mauvaises solutions. On a essayé d’organiser le match à proximité de Versailles mais on n’a pas pu, pour différentes raisons. Je n’entre pas dans les détails mais ça n’a pas pu se faire. On a décidé avec l’accord de Toulouse d’inverser la rencontre. On va donc jouer dans un contexte à l’extérieur, mais on aurait de toute façon joué à l’extérieur, dans un beau stade, sur une bonne pelouse. Il n’y aura pas une pression trop forte des supporters toulousains puisqu’il y a la jauge de 5000. On se dit que ce n’est pas si mal comme environnement pour montrer ce qu’on vaut et se frotter à une équipe de Ligue 2, qui est bien engagée pour rejoindre la Ligue 1. C’est un énorme morceau, on en a bien conscience et on a beaucoup de respect pour Toulouse qui fait une super saison. On sait que ça va être très dur mais on va jouer notre chance à fond.

«On doit refaire notre retard structurel par rapport à notre projet de sportif, qui lui est en avance»

FM : quel sont les problèmes avec le stade Montbauron, votre terrain habituel et le Stade de Porchefontaine, votre enceinte de «repli» ?

JLA : le stade Montbauron a un problème depuis de nombreuses années. C’est une vieille histoire d'éclairage qui dure depuis plus de dix ans. On a toujours l’espoir qu’on va y arriver (rires). On vient d’arriver, on est peut-être un peu naïf ou optimiste mais on espère que ça va se débloquer. C’est vrai que ce handicap nous oblige à reconsidérer les choses, à essayer de trouver d’autres solutions parce que si on monte en National à la fin de la saison, on jouera le vendredi soir. Là, on n'aura pas le choix, il faudra trouver un terrain en nocturne. Ce qui est aussi critique, c’est que notre terrain de Montbauron est sous dérogation qui est donnée pour le National 2, et le terrain de repli de Porchefontaine l’est aussi. Nos dérogations se terminent à la fin de la saison et quoiqu’il arrive, en National 2 ou en National, il va falloir faire des améliorations sérieuses et sur nos deux stades pour pouvoir les utiliser comme terrain officiel et de repli. Ça veut dire l’éclairage à Montbauron, les accès, la sécurité... Tous ces points-là doivent être traités parce que c’est dans le cahier des charges de la fédération. Elle ne nous fera pas de cadeau et c’est logique. Il faut pouvoir accueillir les équipes et les supporters adverses dans de bonnes conditions et dans la sécurité.

FM : quelle est la nature du souci causée par la proximité avec le château de Versailles ?

JLA : pour faire court, c’est une situation un peu spécial. Tout ce qui est dans un rayon de moins de 5 kilomètres du château dépend des Architectes des Bâtiments de France (ABF). Ce sont eux qui décident d’accorder la possibilité de faire des travaux ou pas, modifier les structures existantes. Porchefontaine et Montbauron en font partie et sont soumis à l’accord des ABF pour toutes modifications des sites. Concernant l’éclairage, il y a un point encore plus particulier qui se pose. Il ne faut pas qu’il y ait un halo lumineux situé à moins de 500 mètres de la chambre du Roi, comme un pylône par exemple. Ça, ce n’est pas possible. Ça paraît compliqué et complètement ubuesque comme situation mais c’est comme ça (rires). On est obligé de faire avec. Ça nous contrarie et ça nous handicape pour mettre aux normes le stade de Montbauron. On a des discussions très constructives avec la mairie de Versailles, avec François de Mazières (le maire, ndlr) et son équipe. On espère trouver des solutions pour continuer à jouer à Versailles.

FM : cette situation n'encourage pas à l'optimisme... (il coupe)

JLA : on fait ce qu’on peut et ce qu’on doit faire sur le terrain et on n’est pas en phase avec la situation structurelle du club, des lieux d’entraînement et de match. On doit refaire notre retard structurel par rapport à notre projet de sportif, qui lui est en avance.

«C’est le championnat le plus important»

FM : revenons en au sportif justement, la Coupe de France permet de mettre en lumière certes équipes amateurs, comme vous le Petit Poucet de la compétition (en compagnie de Bergerac, ndlr) mais c'est toute votre saison en championnat qui est à souligner. Avec cette première place actuelle en National 2, vous visez la montée ?

JLA : oui et c’est ça qui est l’objectif numéro un. Il ne faut pas qu’on se trompe. On n'a pas prévu de gagner la Coupe de France et ça serait extrêmement présomptueux de notre part d’y penser. Mais maintenant qu’on est lancé, on ne va pas abandonner le match à Toulouse. On va y aller pour jouer notre chance à fond. En plus, je dis souvent que c’est la récréation des joueurs. C’est l’occasion pour eux de se faire plaisir dans un match à quitte ou double. Et c’est l’occasion pour eux de se faire connaître, de faire connaître leurs performances, leur talent. Nous sommes bien placés pour le savoir, c’est un match qui génère beaucoup de résonance. Les médias s’intéressent beaucoup aux petites équipes en Coupe de France. On est conscient de cela, et on espère que les joueurs vont en profiter, mais pas au détriment du championnat, qui reste l’objectif numéro un.

FM : craigniez-vous qu'avec l'attention médiatique qu'on leur porte, les joueurs se trompent d'objectif ?

JLA : on est content et fier de ce qu’il se passe en Coupe de France. Mais encore une fois, c’est le championnat le plus important et je tiens toujours à le rappeler, car ça génère des émotions très grandes. Les joueurs y pensent. Ils ont leur quotidien de chambouler. Il y a des événements importants. Ils entendent et lisent tout ce qu’il se dit et tout ce qu’il s’écrit autour d’eux. Ça focalise leur attention et leur concentration sur cet événement. Il ne faut pas que cette compétition nous porte préjudice pour nos matches de championnat. L’ambition, c’est surtout de jouer la saison à fond et la possibilité de monter en National. On est bien parti et il ne faut pas avoir de regret à la fin de la saison.

FM : quelles sont les ambitions à long terme du FC Versailles ?

JLA : on verra mais il y a une ambition à court terme qui est de jouer notre chance à fond pour monter en National. Si on n'y arrive pas cette année, on renforcera l’équipe pour avoir plus de chance, mais quand on sera en National et que vous me demanderez : «est-ce qu'on a envie d’aller en Ligue 2 ?» Je répondrai, « oui ». Et quand on sera en Ligue 2, un jour, «est-ce qu’on aura envie de monter en Ligue 1 ?» Bah pourquoi pas ! Je ne veux surtout pas donner l’impression de jouer les fanfarons. Ce n’est pas le discours que je tiens. Simplement, on a des actionnaires qui sont venus renforcer le club de Versailles et qui ont une double ambition : pérenniser le club en lui donnant des structures, des moyens pour s’entraîner et jouer dans de bonnes conditions, et la volonté d’aller plus haut. Si on peut y arriver vite, tant mieux. Si on y arrive plus doucement, tant mieux aussi. L’idée, ce n’est pas de faire un coup sur 3 ou 4 ans, c’est de durer, de s’installer et de faire profiter le club de leur présence et de leurs moyens pour plusieurs saisons.

«La Ligue 2, c’est une première étape»

FM : ce sont des objectifs très élevés pour un club de National 2...

JLA : nous, on veut aller vers le professionnalisme. J’ai lu, je ne sais où, que notre but ultime c’était d’aller en Ligue 2. Mais non ! Notre but, c’est d’aller dans les divisions professionnelles. La Ligue 2, c’est une première étape. Ça veut dire avoir un centre de formation, comme les autres clubs de la région parisienne. Je ne parle pas du PSG, qui est hors concours, mais je parle du Paris FC, du Red Star, de Créteil. Notre but, c’est de concurrencer les clubs derrière le PSG. Versailles peut très bien avoir sa place depuis l’ouest de la banlieue parisienne. Voilà nos ambitions, aller dans le monde pro pour avoir un centre de formation et développer du recrutement local. Il y a un tel vivier ici. Il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas former nous aussi. Nous avons de très bons éducateurs. Je rappelle que le club de Versailles, c’est plus de 1100 licenciés. On parle beaucoup de l’équipe première aujourd’hui, c’est la vitrine OK, mais derrière il y a un énorme club avec de très bons jeunes, de très bons éducateurs et toute une organisation avec une association qui fonctionne très bien. Notre partenariat avec eux est très dynamique. Le but, c’est de renforcer encore la qualité des joueurs qui vont venir à Versailles, la qualité des éducateurs, de faire de Versailles une vraie place forte du foot du grand Paris.

FM : à titre personnel, vous êtes un ancien joueur qui a ensuite embrassé la trajectoire de consultant, sur Canal + notamment depuis de nombreuses années, comment êtes-vous arrivé à ce rôle de directeur général du FC Versailles 78 ?

JLA : cela fait deux ans que je connais les actionnaires (Christophe Petit et Julien Ridon). Ils souhaitaient investir dans le football et également que je leur donne quelques conseils, que je sois à leur côté pour leur faire connaître un peu mieux cet univers. J’ai joué un rôle de consultant ou de conseiller avec eux. On s’entend très bien. Et puis, ils m'ont demandé de prendre le poste. Ce sont des jeunes qui ont beaucoup de dynamisme et d‘enthousiasme. Ils ont des moyens plus importants qu’avait le club avant, qui arrivait un peu sous un plafond de verre. Le club était parvenu à monter en National 3 puis en National 2 avec quasiment le plus petit budget du championnat (environ 350 000 euros). C’était déjà une sacrée performance d’arriver là mais sans moyen supplémentaire, Versailles était condamné à rester en N2. Je crois qu’il y avait un besoin de faire venir des investisseurs. Les deux actionnaires, qui dirigent la SAS (Société par Actions Simplifiées) aujourd'hui, avaient une volonté de venir dans un club comme Versailles parce que c’est un club à l’excellente réputation, bien géré, qui leur plaisait. Ils sont dans la construction et la promotion immobilière (le Groupe Fiducim - City GC devenu City Immobilier) donc ils ont racheté une boîte de construction dans les Yvelines, y ont installé leur siège. Ça correspond à leur expansion en région parisienne. Versailles correspondait parfaitement à ce qu’ils recherchaient pour leur envie de football.

FM : vous aviez une volonté de revenir au terrain ?

JLA : non, j’étais bien dans un rôle de conseiller. On a fait pas mal de choses, pris pas mal de contacts, rencontré beaucoup de gens, de présidents, etc. On a imaginé plein de choses puis finalement ça s’est fait comme ça. Au début de la saison, le club a démarré avec les personnes qui étaient déjà en place, l’ancien président (Daniel Voisin) et le coach actuel (Youssef Chibhi, ndlr). Et puis il y a eu un problème interne entre les deux, qui fait que les actionnaires ont souhaité réorganiser le club, mettre en place quelqu’un qui allait le diriger, l'organiser, le restructurer, s’en occuper au quotidien. Ils m’ont proposé ce poste que j’ai accepté, sachant que j’allais y passer beaucoup de temps. Et ça, je le confirme. Je crois que je n’ai jamais bossé autant de ma vie (rires). Parce qu’en plus le week-end, je continue à aller commenter les matches en Angleterre. J’adore ça donc je ne veux pas m’en priver. Les semaines sont très chargées depuis 4 mois. Et encore plus cette semaine !

FM : vous serez donc à Toulouse ce week-end et non pas au micro de l'autre côté de la Manche ?

JLA : oui je vais à Toulouse. Il y aura peut-être le maire qui viendra, on attend la confirmation. J’ai entendu dire qu’il souhaitait venir au match. Je crois qu’il connaît bien le maire de Toulouse. C’est l’occasion de se retrouver. Il nous suit à chaque fois. À tous les matches de Coupe de France, il était là. Enfin, pas à Sarre-Union (dans le Bas-Rhin en 32e de finale) mais il m’a envoyé un texto juste après le match quand même. C’est dire sa satisfaction de voir l’équipe poursuivre sa route en Coupe de France. Il était au match contre La Roche Vendée (16e de finale) bien sûr, contre Poissy (8e tour). Je ne dirais pas que c’est un fidèle supporter mais c’est un fidèle suiveur (rires).

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