«Il aime les riches» : Michel Platini sort la sulfateuse et dézingue Gianni Infantino
Les tensions entre Michel Platini et Gianni Infantino ne retombent pas. Invité de l’After Foot sur RMC Sport, l’ancien patron de l’UEFA a de nouveau chargé le président de la FIFA, qu’il juge incapable d’incarner le rôle de numéro un du football mondial en poste depuis 10 ans.
Les critiques visant Gianni Infantino se multiplient depuis plusieurs mois et l’actuel patron de la FIFA apparaît de plus en plus isolé face aux reproches. Sa proximité affichée avec plusieurs dirigeants politiques, dont Donald Trump lors d’événements publics récents, alimente les soupçons d’un président davantage tourné vers les cercles de pouvoir que vers la défense des valeurs du football. Dans le même temps, ses prises de position sur les grands conflits internationaux sont jugées extrêmement timides. L’instance mondiale avait rapidement sanctionné la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022, excluant la sélection et les clubs russes des compétitions. En revanche, la FIFA est restée beaucoup plus silencieuse concernant la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, suscitant des accusations de traitement à géométrie variable. Même constat au sujet de la situation en Iran où les questions liées aux droits des femmes et au football ont rarement provoqué de réactions fortes de Zurich, pas plus depuis les manifestations de janvier où l régime a tué 30 000 personnes ou les bombardements de février.
Cette prudence diplomatique nourrit un procès récurrent fait à Infantino, celui d’un dirigeant plus préoccupé par les équilibres politiques et économiques que par un discours moral clair. Le mandat du président helvético-italien reste également marqué par de nombreuses polémiques liées à l’évolution du football mondial. La Coupe du Monde 2022 au Qatar a cristallisé les critiques avec les accusations sur les conditions de travail des ouvriers migrants et sur le processus d’attribution du tournoi. Au-delà de ce dossier explosif, beaucoup d’acteurs du football dénoncent un calendrier devenu étouffant. L’extension de la Coupe du Monde à 48 équipes, le nouveau format de la Coupe du Monde des clubs et la multiplication des compétitions internationales sont perçus comme la preuve d’une fuite en avant commerciale. Joueurs et entraîneurs évoquent une surcharge de matches qui menace la santé des sportifs et l’équilibre des championnats. Gianni Infantino symbolise pour ses détracteurs un football toujours plus mondialisé et financiarisé, loin de l’esprit originel du jeu.
Un faux numéro 1
Invité exceptionnel de l’After Foot sur RMC Sport ce lundi soir, Michel Platini n’a pas hésité à remettre une pièce dans la machine. L’ancien président de l’UEFA a assumé ses critiques déjà formulées ces derniers mois contre celui qui fut autrefois son bras droit. «Il fait de la politique mais je ne pense pas qu’il soit bon en politique. C’est un bon administratif. Il n’est pas charismatique, je ne pense pas qu’il dise de bonnes choses, mais ça a été mon secrétaire général et c’était un bon numéro 2. D’ailleurs quand il s’est présenté, je n’étais pas tout à fait partisan qu’il le fasse, parce que je pense que ce n’était pas forcément le président dont avait besoin le football. Mais c’est un mec passionné par le football, qui ne dort pas beaucoup, qui travaille énormément». Selon le triple Ballon d’Or, le boss de la FIFA n’a tout simplement pas l’envergure pour diriger le football mondial. Platini reconnaît volontiers ses qualités d’administrateur et rappelle qu’il fut un secrétaire général efficace lorsqu’ils travaillaient ensemble à l’UEFA. Mais pour l’ancien numéro 10 des Bleus, la fonction suprême exige autre chose.
La relation entre les deux hommes est glaciale depuis plusieurs années. Platini n’a jamais digéré l’épisode judiciaire qui a brisé sa candidature à la présidence de la FIFA en 2015. «C’est un bon secrétaire général qui faisait travailler l’équipe, mais président, c’est autre chose. Il faut être numéro 10. Il est très fan des gens qui sont riches et qui ont du pouvoir. Il a toujours été comme ça. Mais quand il était secrétaire général, il avait un président et d’autres personnes à l’UEFA qui le géraient. Je pense qu’il a profité de mes problèmes, mais je ne pense pas qu’il m’ait fait du mal. Je ne pense pas qu’il l’a voulu. Ensuite, il m’a mis au pénal parce qu’il ne voulait pas que je revienne, certes, mais il n’est pas à l’origine de cette affaire». L’ex-dirigeant français, finalement acquitté aux côtés de Sepp Blatter après près de dix ans de procédure en Suisse, reste persuadé que son ancien collaborateur a profité du contexte pour accéder au sommet du football mondial. Même s’il affirme aujourd’hui ne pas penser qu’Infantino soit à l’origine directe de l’affaire, la fracture entre les deux hommes semble désormais irréversible.
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