«Le foot n’a rien à voir avec tout ça» : la Russie est sous le charme du roc malien Nathan Gassama
Nathan Gassama n’a pas choisi la voie la plus classique pour se faire un nom. Passé par la Bulgarie avant de s’imposer au Baltika Kaliningrad, le défenseur central malien revient pour Foot Mercato sur son parcours atypique, son expérience en Russie et ses ambitions avec le Mali.
Il y a des trajectoires qui suivent les autoroutes du football… et d’autres qui préfèrent les routes moins empruntées. Celle de Nathan Gassama appartient clairement à la seconde catégorie. Formé au FC Nantes après ses débuts à Évry, le solide défenseur central gaucher n’a jamais hésité à sortir des sentiers battus pour construire sa carrière. De la France à la Bulgarie avec le Slavia Sofia, puis jusqu’aux confins de la mer Baltique avec le Baltika Kaliningrad, le Franco-Malien a avancé avec patience, curiosité et caractère. À seulement 25 ans, le natif d’Évry s’est déjà forgé une solide expérience à l’étranger et s’impose désormais comme l’un des visages prometteurs de la nouvelle génération du Mali. Entre adaptation en Russie, souvenirs fondateurs en Bulgarie et rêves grandissants avec les Aigles, Gassama nous raconte un parcours singulier qui pourrait bien n’être que le début d’une aventure beaucoup plus grande.
«Je n’ai jamais rien ressenti de bizarre en Russie»
Foot Mercato : quand vous êtes arrivé au Baltika Kaliningrad en Russie, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre adaptation, que ce soit dans la vie quotidienne ou sur le terrain ?
Nathan Gassama : ce qui m’a le plus surpris, c’est la langue. La langue était compliquée au début. Après, franchement, ils m’ont tout de suite très bien intégré parce qu’ils ont mis à ma disposition un traducteur qui m’accompagnait. Les gens ont été gentils avec moi direct, ils m’ont mis à l’aise. Au premier abord, les Russes peuvent paraître un peu froids, mais en réalité, ils sont très gentils et très accueillants. Et sportivement, sur le plan du foot, l’intensité m’a un peu surpris. J’ai mis un petit temps à m’adapter. Il y a beaucoup d’intensité et de duels, mais avec le staff et les autres joueurs, ça s’est bien passé.
FM : comment décririez-vous le niveau et les caractéristiques du championnat russe aujourd’hui ?
NG : c’est un bon niveau ici. Le jeu se ressent plus dans l’intensité et les duels. Je trouve que c’est un championnat très physique. Il y a aussi beaucoup de qualité et de bons joueurs techniquement. Mais on va dire que les gros points forts, ce sont dans l’intensité et les duels.
FM : quelle est l’ambiance au sein du club et dans la ville de Kaliningrad ? Est-ce un environnement agréable pour un joueur étranger ?
NG : il y a une très bonne ambiance. Il y a des gens de partout. Beaucoup de Latinos, des Russes, des pays de l’Est, des Africains… C’est une superbe ambiance, même dans la ville. Les supporters et les gens de manière générale sont toujours très gentils et bienveillants. Sur ça aussi, ça a été vraiment bien.
FM : le football russe est actuellement privé de compétitions européennes depuis le début de la guerre en Ukraine. Est-ce quelque chose qui pèse sur les joueurs au quotidien ?
NG : bien sûr que le football russe manque. Tout le monde a envie de jouer ces grandes compétitions. Même ici, ils ont tous envie de rejouer les compétitions européennes. Sur ce point-là, c’est vrai que c’est impactant. Mais après, pour ce qui est dans la vie de tous les jours, franchement, moi, je n’ai jamais rien ressenti de bizarre par rapport au contexte. C’est une vie normale comme chez nous. Il y a les restos qui sont ouverts, on peut sortir la nuit, on peut faire ce qu’on veut, se balader tranquille. J’ai jamais eu un problème en tout cas. Le club a tout mis en place pour que l’on puisse tous travailler dans les meilleures conditions, pour que l’on puisse rester concentré sur notre football. J’espère que ça va revenir le plus vite possible parce que bon, je ne vais pas faire le politicien, mais le foot n’a rien à voir avec tout ça. C’est vrai que c’est dommage.
FM : Revenons un peu en arrière… Comment s’est faite votre arrivée en Bulgarie au Slavia Sofia ?
NG : l’offre de Sofia est venue à moi naturellement. On m’a proposé au Slavia Sofia, on m’a dit qu’il y avait moyen d’intégrer cette équipe et d’aller voir comment ça se passe là-bas. Je ne connaissais pas ce pays et cette ville, donc je n n’étais pas trop intéressé. Après, on m’a dit qu’il y avait possibilité d’aller faire un essai. Je suis resté cinq jours là-bas et j’ai tout de suite bien aimé. Que ce soit les gens, l’accueil et même la ville.En plus, il y avait déjà deux Français dans l’effectif qui ont facilité mon intégration. J’avais besoin de temps de jeu et je sentais que je pouvais en avoir ici.
FM : avec le recul, qu’est-ce que cette expérience en Bulgarie vous a apporté dans votre progression ?
NG : je pense que j’ai fait le bon choix, parce qu’il y avait quand même un bon niveau. Je ne dirais pas que c’est un top niveau, mais c’est un bon niveau pour un jeune joueur, pour progresser et pour prendre de l’expérience. J’ai fait 6 mois là-bas. Je retiens que du positif de Sofia. J’ai bien progressé, j’ai pris en maturité dans mon jeu. Il y a aussi beaucoup d’anciens qui m’ont conseillé.
FM : après cette étape, comment l’opportunité de rejoindre le Baltika Kaliningrad en Russie s’est-elle présentée à vous ?
NG : ils ont contacté mon club. Ils sont rentrés en contact avec moi et ma famille. Ils m’ont présenté le projet. J’en ai discuté avec ma famille. Notre question principale portait surtout sur la sécurité. Ils nous ont garanti que tout allait bien, qu’il n’y avait pas de problème dans la ville. Le choix de la Russie était la suite logique, parce que je savais très bien qu’après la Bulgarie, je n’allais pas revenir directement dans les grands championnats vers chez nous.
FM : quels sont aujourd’hui vos objectifs avec Baltika et, plus globalement, pour la suite de votre carrière ?
NG : je veux d’abord donner le maximum pour l’équipe, de faire tous les matchs. Et après, collectivement, de finir le plus haut possible. On a vu qu’on pouvait poser des problèmes à toutes les équipes, même les plus grosses de Russie. On veut finir le plus haut possible et faire une belle saison. En tant que joueur, on rêve toujours de jouer le plus haut possible. C’est pour cela que j’essaye de faire la maximum à chaque match pour être performant. On verra de quoi demain sera fait. Je reste concentré sur Baltika et la fin de saison, et ce qui viendra viendra j’ai envie de dire.
«C’est une fierté de mettre le nom de Gassama sur le maillot»
FM : vous avez choisi de représenter le Mali. Quel lien entretenez-vous avec le Mali et comment s’est passée votre intégration en sélection ?
NG : c’est mon père qui est malien. Je suis donc moitié malien, moitié français. J’ai toute une partie de ma famille qui est malienne. J’ai toujours eu ce rapport très fort avec mon pays d’origine. En sélection, franchement, ça s’est fait naturellement et ça s’est très bien passé. On m’a tout de suite bien accueilli, que ça soit le staff et tous les joueurs. J’ai eu que des personnes incroyables. Ils m’ont mis à l’aise. J’ai pu faire de bonnes performances tout de suite.
FM : lors de la dernière CAN, il y a eu un sentiment de frustration après l’élimination face au Sénégal sur la plus petite de marges en quart de finale. Quels souvenirs gardez-vous de cette compétition ?
NG : franchement, un peu de regrets. Tout le monde était déçu. Après, bien sûr, on a donné le maximum. Tout le monde était concerné, tout le monde était concentré, tout le monde voulait donner le maximum. Mais c’est sûr qu’il y a un peu de regrets parce que dans une compétition comme ça, on veut tous aller au bout. Surtout pour le Mali, pour tous les supporters, c’était important. Mais en vrai, notre parcours à cette CAN est encourageant pour la suite.
FM : après votre élimination, vous avez suivi la fin de la compétition à distance. Quel regard avez-vous porté sur la suite de la CAN et sur certains épisodes marquants de cette finale historique et polémique entre le Sénégal et le Maroc ?
NG : j’ai continué à regarder. On est tous rentrés dans nos clubs et tout. Chacun est retourné à sa vie quoi, donc on n’était pas ensemble pour la regarder, mais moi, je l’ai regardée. Je trouve ça un peu dommage pour l’image du foot africain, mais voilà, c’est le football. Parfois, sur le moment, il y a des émotions et une envie de gagner, surtout dans une grande compétition comme celle-ci, quand tu représentes ton pays. C’est un petit épisode, mais c’est un peu dommage, mais bon, pour moi, ça n’a pas gâché toute la fête parce que franchement, c’était une super organisation au Maroc, vraiment incroyable.
FM : aujourd’hui, quel est votre état d’esprit vis-à-vis de la sélection malienne et de votre avenir avec les Aigles ?
NG : on reste quand même en contact avec le staff. Je suis à la disposition du Mali. Quand ils auront besoin de moi, je serai là. Je donnerai toujours le maximum, parce que c’est quand même une grande fierté de pouvoir porter ce maillot et de représenter son pays.
FM : que représente pour vous le fait de porter le maillot du Mali et d’y voir inscrit votre nom, Gassama ?
NG : c’était une grande fierté, que ça soit pour moi, pour toute ma famille. Mettre le nom Gassama sur le maillot du Mali dans cette belle équipe. Tout le monde était content pour moi. Tout le monde m’a soutenu. J’ai reçu beaucoup de messages et c’est une immense fierté.
FM : quels joueurs maliens vous ont inspiré dans votre parcours ? On pense notamment à des figures comme Seydou Keita, Frédéric Kanouté, Salif Keita, Mahamadou Diarra encore Mohamed Sissoko.
NG : ils m’ont beaucoup inspiré, mais je dirais que le plus grand reste quand même Seydou Keita. Ce qu’il a fait, avoir joué au Barça avec la grosse génération qu’ils ont eu. Franchement, je ne sais pas si tu peux faire mieux dans le football. En plus, il était là à la CAN pour nous motiver et nous conseiller. Un grand monsieur. Ce sont tous des exemples à suivre pour nous.
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