OL : quel bilan pour Juninho un an après son retour ?

Il y a un an jour pour jour, l'Olympique Lyonnais a officialisé le retour de Juninho. La légende brésilienne est revenue dans son club de coeur afin d'occuper le poste de directeur sportif. Un an après, quel est son bilan ?

Juninho lors d'une conférence de presse de l'Olympique Lyonnais
Juninho lors d'une conférence de presse de l'Olympique Lyonnais ©Maxppp

18 mai 2019. Après une victoire éclatante face au Stade Malherbe de Caen (4-0), Jean-Michel Aulas, tout sourire, s'arrêtait face aux nombreux journalistes présents dans la zone mixte du Groupama Stadium. Après des jours voire des semaines de spéculations, le président de l'Olympique Lyonnais pouvait enfin annoncer la nouvelle que tous les supporters rhodaniens attendaient depuis longtemps : le retour de la légende Juninho. «Juni va arriver très vite et je le remercie du fond du cœur ». Dix ans après son départ en tant que joueur, le fameux numéro 8 des Gones retrouvait donc son club de coeur pour occuper le rôle de directeur sportif. Un poste créé spécialement pour lui et qu'il ne se voyait pas forcément décliner après plusieurs approches de son président. «On a commencé à discuter il y a deux ans. Je ne savais pas quel chemin choisir. Je ne pouvais pas refuser cette proposition. J’ai été consultant pendant quatre ans. Le président est venu me voir personnellement pour me dire qu’il fallait changer quelque chose, mais travailler sur la continuité». Souhaitant retrouver les terrains et sortir de sa routine à Los Angeles, où il vivait, comme certains de ses proches nous l'avaient expliqué, "Juni" commençait rapidement à oeuvrer en coulisses. Ce, alors qu'il n'était pas encore officiellement en poste.

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Sa première mission, pas des moindres, était de trouver le nouvel entraîneur de l'OL, puisque Bruno Genesio était sur le départ après trois ans et demi sur le banc des Gones. Et le natif de Recife décidait finalement de miser sur son compatriote Sylvinho. Un choix risqué puisque l'ancien joueur du Barça n'avait jamais eu d'expérience en tant qu'entraîneur numéro un, lui qui était à l'époque l'adjoint du sélectionneur du Brésil, Tite. Mais cette décision était assumée par Juninho, soutenu par les autres dirigeants rhodaniens, dont Jean-Michel Aulas. L'omniprésent patron de l'OL avait décidé de prendre un peu de recul sur le domaine sportif afin de laisser le champ libre et des responsabilités à Juninho comme il l'avait expliqué le 18 mai 2019. «Ça fait chaud au cœur de faire une bonne saison et en plus d'être sur une bonne trajectoire pour la saison suivante. Juninho avait le choix des armes sur le plan de l'entraîneur. Donc c'est lui qui a véritablement choisi. J'ai rencontré aussi Sylvinho, il nous avait donné un accord. Il vient de finir son diplôme d'entraîneur de l'UEFA. Sylvio, c'est aussi la classe, un joueur qui a eu la chance d'être managé par Mancini, Guardiola, Wenger. (...) Il a fallu le convaincre, il a eu beaucoup de sollicitations, mais on a réussi à le convaincre».

L'échec Sylvinho

Symbole d'une nouvelle ère et du renouveau lyonnais, le duo Juninho-Sylvinho était attendu avec impatience aussi bien par le club que par les supporters et les observateurs. Le 28 mai, les deux hommes, indissociables l'un de l'autre, étaient présentés devant de nombreux journalistes dans l'auditorium du Groupama Stadium. Et là encore, le directeur sportif assumait son choix. «J'ai essayé de choisir un entraîneur qui va travailler dans la continuité. Je serais toujours avec Sylvinho». Et si bien évidemment il comptait épauler et aider son compatriote à réussir sa mission au sein de l'écurie rhodanienne, Sylvinho était bien le coach. D'ailleurs, Juninho prenait soin de rester un peu plus dans l'ombre et d'observer afin de laisser son coach dans la lumière lors de la reprise, du stage de pré-saison et lors des matches amicaux. Et après deux premières journées remportées en Ligue 1 face à Monaco (3-0) et Angers (6-0), Lyon enchaînait avec une série d'une victoire en 9 rencontres toutes compétitions confondues. Surtout, le jeu proposé par l'OL de Sylvinho n'était pas vraiment très alléchant. Rapidement, les critiques pleuvaient et Juninho, que l'on voyait souvent agacé en tribune de presse en cas de mauvais résultats ou de mauvaises prestations, montrait son désaccord avec son coach, dont les choix ne lui correspondaient pas forcément. Et finalement, après le derby perdu (6 octobre, défaite 1-0), Sylvinho était remercié. Un pari perdant de la part de Juninho, qui n'était pas vraiment au front lors de cette crise. Il fuyait les micros alors qu'une prise de parole était attendue. Le Brésilien, qui est pourtant très juste et lucide lors de ses interventions, ne le faisait que trop rarement. Ce qui obligeait son président à faire cette partie du boulot.

Après s'être trompé avec Sylvinho, "Juni" a dû gérer la recherche d'un deuxième entraîneur. Et après s'être entretenu avec plusieurs candidats, dont Laurent Blanc, les dirigeants ont misé sur Rudi Garcia. Un choix qui a fait couler beaucoup d'encre puisque ce dernier officiait à l'OM auparavant et qu'il s'était souvent montré très critique envers l'OL. Mais Garcia a su convaincre, notamment Juninho avec lequel il s'est vite entendu comme il l'a confié à OLTV. « J'ai découvert Juni lors de l'entretien que je ne connaissais pas trop. On a parlé football, on a parlé jeu et ça s'est bien passé (...) On se complète bien avec Juni. Il a l'enthousiasme, j'ai l'expérience. Parfois je le canalise. J'ai envie de réussir, car j'ai envie qu'il réussisse. Juni c'est l'Olympique Lyonnais, il l'a montré en tant que joueur et le montrera en dirigeant. Je veux être dans son sillage et l'aider à réussir » Si l'OL a réussi à montrer un peu plus de choses qu'en début de saison, l'équipe n'a pas forcément emballé au niveau du jeu. Une saison où, suite à l'épidémie de coronavirus, elle termine à la 7e place (1/8e de finale de Ligue des Champions retour à jouer contre la Juventus, finale de la Coupe de la Ligue) sans être qualifiée en Ligue des Champions. Ce qui est très loin des objectifs du club et de Juninho, qui voulait ramener l'OL au sommet en mettant le jeu au coeur de son projet. Même si Lyon a joué pendant très longtemps sur tous les tableaux, cette nouvelle ère n'a pas démarré de la meilleure des façons. On peut parler globalement d'échec pour le moment, même s'il faut du temps et se montrer indulgent.

Un bilan mercato très mitigé

Outre les résultats et la politique sportive, Juninho, qui rappelons-le découvre ce poste, devait aussi gérer le mercato. Un point où il allait aussi être jugé. Il a pu en vivre deux lui qui travaillait en étroite collaboration avec Florian Maurice. Ainsi, Juninho a été à l'initiative des arrivées de Jean Lucas, qui a montré des choses intéressantes sur le peu qu'il a pu jouer. Toutefois, son arrivée questionnait puisqu'il prenait du temps de jeu dont auraient pu bénéficier d'autres jeunes du club à l'image de Maxence Caqueret. Juni a aussi misé sur Thiago Mendes. Très bon à Lille, le milieu auriverde est devenu l'ombre de lui-même à Lyon où il est au coeur des débats. Concernant ce dernier, Florian Maurice avait plutôt proposé le profil d'Ismaël Bennacer, qui est en réussite à Milan. Le directeur sportif brésilien a aussi souhaité recruter Ciprian Tatarusanu afin d'apporter plus de concurrence au poste de gardien. Ce qui a créé des tensions au début puisque le Roumain avait fait comprendre qu'on l'avait fait venir pour être en concurrence au poste de numéro un, occupé par Anthony Lopes. L'ancien joueur auriverde n'est en revanche pas à l'initiative (même s'il a validé) des transferts de Youssouf Koné, Joachim Andersen et Jeff Reine-Adelaïde, qui a été la seule recrue en réussite sur la première partie de saison. Jean-Michel Aulas avait d'ailleurs tranché en faveur de Florian Maurice, qui militait pour la venue de JRA. Ce qui n'était pas forcément le cas de son directeur sportif.

Le premier mercato made in Juninho n'était donc pas vraiment un franc succès. Pour son deuxième marché des transferts en tant que directeur sportif de l'OL, le Brésilien a été au four et au moulin sur le dossier Bruno Guimarães. Un dossier dont il est à l'initiative et qu'il a géré d'une main de maître alors que la concurrence, notamment de l'Atlético de Madrid, était féroce. Un pari gagnant de la part de Juni pour le moment puisque Bruno Guimarães a apporté tout ce qu'il manquait à l'OL en fluidifiant notamment le jeu. Camilo est aussi arrivé, lui qui évoluait en D2 Brésilienne. Comme pour Jean Lucas, son arrivée a questionné au sein de l'Olympique Lyonnais où on souhaite aussi laisser de la place aux jeunes talents du centre de formation afin qu'ils puissent s'exprimer. En plus de Tino Kadewere (il arrivera cet été), l'OL a obtenu le prêt avec option d'achat de Karl Toko Ekambi. Le Camerounais a aussi su apporter à l'équipe lyonnaise, privée de Memphis Depay et JRA, blessés gravement. Ce deuxième mercato a été un peu mieux géré de la part du directeur sportif qui aura un champ d'action encore plus large puisque Florian Maurice, responsable de la cellule de recrutement devrait rejoindre le Stade Rennais pour y devenir directeur sportif. Si Jean-Michel Aulas a toujours nié en bloc, on a souvent évoqué des tensions entre les deux hommes aux missions similaires. Sans Florian Maurice, qui pourrait être remplacé par Bruno Cheyrou, Juninho (45 ans) sera encore plus attendu au tournant, lui qui a vécu énormément de choses en seulement un an dans le costume de directeur sportif de l'OL...

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