Foot Mercato : il y a quelques jours, Djamel Belmadi vous a sélectionné pour la Coupe d’Afrique des Nations 2019. J’imagine que pour vous, comme toujours, c’est une grande fierté. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette compétition ?

Sofiane Feghouli  : oui, absolument c’est une grande fierté et un honneur d’être convoqué pour représenter les couleurs de l’équipe d’Algérie lors de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations. J’aborde cette compétition avec beaucoup d’envie, beaucoup de motivation. On a vraiment envie de faire quelque chose de grand et de faire plaisir aux supporters algériens. J’espère qu’on va aller le plus loin possible et qu’on pourra gagner ce tournoi. Quand je joue une compétition, c’est pour la gagner. Je n’ai pas un autre état d’esprit que de celui de vouloir gagner. J’y vais motivé à bloc.

FM : quels seront vos objectifs ?

S.F : il n’y a pas d’autre objectif que de remporter la CAN. On veut gagner la CAN, on va prendre les matches les uns après les autres en respectant tout le monde. On espère être solides et remporter cette compétition peu importe la manière. On veut aller au bout, peu importe la manière.

FM : avant d’en arriver là, vous devrez passer les phases de poules. Que pensez-vous de votre groupe ?

S.F : il n’y a pas d’équipe facile en Afrique. Comme tout le monde, j’ai regardé notre groupe. Je ne connais pas beaucoup le Kenya et la Tanzanie. Avec le staff technique, on va étudier ça. On sait que ça ne sera pas facile. Si ces équipes sont qualifiées pour la CAN, elles le méritent et elles vont vouloir le démontrer. Elles ne sont pas là pour rien. Il va falloir les respecter. Nous, on va essayer d’être solides et de gagner tous les matches en mouillant le maillot et en jouant ensemble pour l’équipe.

FM : sentez-vous que c’est le moment pour votre génération de gagner un titre ensemble ?

S.F : on a pas mal de joueurs en sélection qui ont gagné des titres en club. Les trophées appellent les trophées comme on dit. Je n’ai jamais gagné de Coupe d’Afrique avec l’équipe nationale, je pense qu’on a une bonne génération de joueurs. On doit trouver l’harmonie, l’osmose, l’alchimie entre nous. Ce qui nous a toujours fait défaut. Là, il faut vraiment être un bloc, une équipe. En Afrique, il faut être solide. Ce sont souvent les meilleures défenses qui vont au bout. Il ne faudra pas encaisser de but. On a envie de jouer un football un peu plus direct et surtout un football qui gagne. On n’a pas gagné souvent des matches en Coupe d’Afrique. On est arrivé ce lundi à Sidi Moussa pour bien se préparer et essayer d’écrire une belle page du football algérien (interview réalisée lundi, ndlr). Il n’y a pas à se mettre de pression particulière, il y a juste à mouiller le maillot et tout donner pour ne rien regretter.

FM : vous serez attendu durant ce tournoi. Vous sentez-vous l’âme d’un leader ?

S.F  : sincèrement, ça fait longtemps que je suis en équipe nationale. Je vais mettre les mêmes ingrédients que d’habitude c’est-à-dire donner le meilleur de moi-même, essayer d’être exemplaire et motiver mes coéquipiers. Je ne sais pas si je vais jouer ou démarrer la compétition. Si le sélectionneur me fait jouer cinq minutes ou me fait démarrer, ça ne change rien du tout pour moi. Je suis là pour ramener un trophée, je suis au service du collectif, je vais aider mes partenaires. On a besoin d’être tous ensemble. Ceux qui vont jouer, ceux qui vont moins jouer. On doit être ensemble et répondre présent quand le sélectionneur fera appel à nous. On aura besoin de tout le monde pour aller loin dans cette compétition.

FM : comme d’autres footballeurs africains l’ont dit, jouer en Afrique est totalement différent. En quoi l’est-ce justement ?

S.F : le beau jeu ne paye pas en Afrique. Bien jouer, produire un football attrayant, ce n’est pas ça. Quand on regarde, par exemple, les équipes africaines qui sont allées au dernier Mondial, ce sont celles qui avaient les meilleures défenses. En Afrique, il faut d’abord bien défendre pour avoir des résultats. Nous, ces derniers temps, on produisait plus un jeu offensif, on était moins en bloc. Depuis l’arrivée du nouveau sélectionneur, on essaye d’être plus regroupés, plus solides. Dernièrement, on avait joué un match amical contre la Tunisie. On s’était fixé comme objectif de ne pas encaisser de but. Ce qu’on a fait. On progresse, on a gagné à l’extérieur au Togo à l’extérieur sur le score de 4 à 1 en phase éliminatoire. C’est un gros résultat à l’extérieur. Il y a des choses positives ces derniers temps. En peu de temps, le sélectionneur a mis des choses en place, a insufflé un nouvel état d’esprit. On veut mettre en place un jeu plus direct tout en étant solides. On sait que ce sera difficile, mais pour gagner en Afrique, il faut mettre du cœur et se dépasser. J’espère qu’on va le faire, je vais faire de mon mieux de mon côté en tout cas pour qu’on puisse y arriver. Ce serait magnifique d’obtenir une CAN en Égypte.

Après le doublé avec Galatasaray, objectif CAN pour Feghouli

FM : vous avez parlé du sélectionneur Djamel Belmadi. Quelles sont vos relations ?

S.F : j’ai de très bonnes relations avec lui, comme le reste de l’effectif je pense. Djamel est la personne idéale pour la sélection algérienne. C’est un meneur d’hommes, un coach compétent. Il nous motive sans arrêt, il sait comment nous piquer, nous toucher et nous motiver. À nous de lui rendre la confiance qu’il nous transmet sur le terrain et de représenter au mieux l’équipe nationale. On forme une belle famille en équipe nationale. Maintenant, il nous faut des résultats. Il n’y a que ça qui donnera de la continuité et de la joie à tous les Algériens et à nous les joueurs.

FM : on a beaucoup parlé des joueurs absents dans cette liste comme Faouzi Ghoulam ou Andy Delort. Votre avis là-dessus ?

S.F : j’ai suivi le fait qu’Andy Delort avait entamé les démarches administratives pour avoir le passeport algérien. Il devait aussi changer de nationalité sportive. Je ne sais pas si ça a été fait à temps. En tout cas, s’il a son passeport et qu’il avait décidé de changer de nationalité sportive, c’est qu’il était convocable. Mais il y a plein d’autres joueurs qui peuvent postuler en équipe nationale. C’est du ressort du sélectionneur. C’est lui qui décide. Concernant Faouzi (Ghoulam), je n’ai pas trop suivi. Mais on a Ramy (Bensebaini) et Mohamed Farès qui sont excellents à ce poste. Il y a une concurrence féroce, ce n’est pas facile. S’il n’est pas là, c’est que le sélectionneur a fait son choix et il faut le respecter.

FM : vous retrouvez la sélection après une belle saison avec Galatasaray puisque vous avez réalisé le doublé coupe-championnat. Quel bilan tirez-vous de cette année ?

S.F : je suis très heureux de cette saison. C’est la deuxième fois d’affilée qu’on remporte le championnat. Ce n’est pas facile d’avoir cette continuité, surtout en Turquie. On a aussi remporté la coupe. J’ai participé pleinement à la conquête de ces deux titres. C’est un aboutissement pour moi car j’étais venu pour gagner des titres. Je suis très heureux. Cette année, je me suis régalé avec le public, les fans et mon équipe. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir. Je pense que ça s’est vu. J’étais tranquille et bien. J’ai eu la chance de gagner deux titres donc c’est vraiment une année exceptionnelle d’un point de vue personnel. J’ai d’ailleurs reçu le trophée du meilleur sportif de la saison de la part de mon club. J’espère que la saison prochaine on va pouvoir se renforcer davantage pour pouvoir jouer sur les trois tableaux et donner davantage de bonheur aux fans. Pour ma part, j’espère pouvoir aller loin en Europe. Je suis ambitieux.

FM : votre saison s’est bien terminée, mais elle avait pourtant commencé difficilement. est-ce que ça vous rend d’autant plus fier ?

S.F : au début de la saison, les dirigeants ne souhaitaient pas que je reste. J’avais signé cinq ans donc je ne me voyais pas partir après une seule saison. J’avais encore beaucoup à donner. Donc j’ai patienté. C’est une situation que j’avais déjà connu par le passé à Valence donc je savais quoi faire. Je ne me suis pas affolé. J’ai travaillé et j’ai fait preuve de patience, même si à mon âge on a moins de patience que quand on est plus jeune. Je savais que ça allait tourner à un moment ou à un autre. Quand il y a eu malheureusement des suspensions et des blessures de certains, ça a fait mon bonheur à moi. J’ai tout de suite saisi l’occasion et je ne suis plus sorti de l’équipe. J’ai vécu des moments difficiles en début de saison mais ma famille m’a soutenu. J’ai un mental et je savais quoi faire. Dieu merci j’ai pu retourner la situation et j’en suis doublement fier. En football, on a ce qu’on mérite avec le temps. Aujourd’hui, j’ai deux trophées en plus et j’en suis ravi. J’espère gagner la CAN avec l’Algérie pour terminer cette saison en apothéose.

FM : cette saison, vous avez dit avoir marqué le plus beau but de votre carrière...

S.F  : c’est l’un des plus beaux ou le plus beau de ma carrière. En terme de pression et de rendez-vous, c’est celui-ci qu’il ne fallait pas manquer. C’était une finale contre Istanbul BB (19 mai, victoire 2-1 avec un retourné de Feghouli). Celui qui gagnait était champion. Quand j’ai marqué ce but, j’ai su qu’on allait gagner ce match. C’était une libération pour moi, en plus de quelle manière ! C’est un rêve d’enfant qui s’est réalisé. Je suis heureux.

FM : donc pas question de bouger pour vous cet été.

S.F  : je souhaite m’inscrire dans la durée à Galatasaray. J’ai encore trois années de contrat. À part si mes dirigeants me demandent de partir, je serai là la saison prochaine.

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