379 matches en pro, dont 314 en Ligue 1, avec l’AS Monaco, le FC Sochaux et les Girondins de Bordeaux. Nicolas Maurice-Belay fait partie de cette caste des incontournables du championnat de France, dont le nom résonnait depuis 2005 dans les salons des foyers de l’Hexagone les soirs de multiplex. Sorti blessé – un genou fragile – à la 89e minute d’une rencontre remportée par les Girondins face au LOSC, le 16 janvier 2016, au Matmut-Atlantique, l’attaquant originaire de la Martinique n’a plus jamais refoulé les pelouses du monde professionnel. Après avoir offert à son corps un peu de répit, il a décidé de donner à sa carrière un dernier rebond. Sans club depuis 18 mois, il s’est engagé jusqu’à la fin de la saison au Bergerac Périgord Football Club, pensionnaire de National 2. Plus que jamais footballeur, à quelques jours de fêter ses 34 ans le natif de Sucy-en-Brie s’est confié à Foot Mercato. L’occasion de nous raconter sa très longue traversée du désert et ses ambitions pour la suite.

Foot Mercato : salut Nicolas, comment ça va pour toi aujourd’hui ? Quelles sont tes sensations, tu es de retour en forme ?

Nicolas Maurice-Belay : je commence à retrouver mon meilleur niveau. Au départ, il fallait que je retrouve un petit peu toutes mes sensations, et cela commence à revenir petit à petit. C’est vrai que physiquement je me sens bien. Après, bien sûr, c’est l’accumulation des matches qui va faire en sorte que je retrouve 100 % de mes sensations, mais je suis en très bonne voie.

FM : comment t’es-tu retrouvé à signer au Bergerac Périgord Football Club (N2) cet hiver ? Destination un peu inattendue à la vue de ton parcours puisque tu as toujours évolué en Ligue 1.

N.M-B : il faut prendre en considération le fait que l’on entre dans une conjoncture où maintenant on prend beaucoup de jeunes pour les valoriser et pour les transférer. Étant donnée ma tranche d’âge, on voit très bien que je n’entre pas dans les critères, d’autant que je n’ai pas joué ces derniers temps. Cela accentue les difficultés à retrouver un club. Bergerac a voulu me prendre, tout en sachant que cela faisait longtemps que je n’avais pas joué, c’était un bon signe. Il fallait que je joue, j’ai donc décidé de tenter l’aventure.

FM : on dit que tu t’es retrouvé à Bergerac car le fils du président, Christophe Fauvel, a vu que tu étais libre sur Football Manager. C’est une légende ?

N.M-B : honnêtement, je ne l’ai pas appris comme ça. C’est mon représentant qui m’a téléphoné. Il m’avait suggéré l’idée de rejoindre Bergerac, une quinzaine de jours avant la fin du mercato d’hiver. Je lui avais dit « peut-être, on ne sait jamais, pourquoi pas ». Mais on ne m’a jamais parlé de Football Manager. Pour dire la vérité, j’y jouais quand j’étais petit, cela fait depuis le centre de formation que je n’ai pas joué à ce jeu-là. Donc je ne pourrais pas te dire comment ça se passe. Après, si c’est vraiment ça, on n’a plus besoin de directeur sportif. 

FM : en 2017, ton histoire chez les Girondins de Bordeaux s’est terminée. Une blessure récurrente au genou t’a poussé vers la sortie. Comment cela s’est passé ?

N.M-B : oui, je pense que c’était plus à cause de la blessure. En plus, il y avait des signes qui montraient que je ne revenais pas très bien. Je m’étais entêté. J’étais notamment allé faire un essai à Toulouse (à l’été 2017, Pascal Dupraz le sollicite, mais l’essai n’est pas concluant, ndlr), alors que je n’étais pas bien physiquement, à cause de tous mes problèmes. Je n’étais pas bien revenu, les choses se sont mal passées. Ce que j’ai voulu faire derrière c’est me mettre en mode « off ». Je me suis réhabilité, j’ai tout fait dans l’ordre pour ne plus avoir à vivre ce genre de mésaventure. 

« On allait se dire « il est fini », alors que le problème n’était pas mon niveau mais la douleur »

FM : tout faire dans l’ordre, pour te remettre physiquement. Que devient alors ton quotidien ?

N.M-B : il a fallu aller s’inscrire au Pôle Emploi. C’est quelque chose que je ne connaissais pas du tout. Il fallait faire des démarches, des choses auxquelles tu n’es pas habitué parce que toute ta vie on a tout fait pour toi. Dans le sens où je n’ai jamais eu de difficultés. Du centre de formation à ton parcours de footballeur professionnel, pendant toute ta vie tu ne connais pas tout ça. Ce qu’il s’est passé c’est qu’il a fallu revenir aux fondamentaux, à la base. Tous les matins, j’allais me réhabiliter avec un préparateur physique, Karim Lecannellier. C’est lui qui m’a remis sur pied à Paris avec le kiné, Badr El Hariri, et son cabinet, « lekipe ». Ils ont été omniprésents. Je tiens à leur faire une petite dédicace. Si je suis revenu sur les terrains, c’est aussi grâce à eux.

FM : sans club pendant de longs mois, tu n’as quand même pas complètement arrêté de jouer. Une préparation physique ne remplacera jamais le terrain. Où est-ce que tu continuais à taper le ballon ?

N.M-B : après avoir débuté ma réhabilitation physique à Paris, pour m’occuper de tout ce qui est renforcement musculaire, etc., j’ai commencé à faire des cinq contre cinq, au five. C’est un très bon test pour les genoux. C’était sur du synthétique. Si tu n’as pas mal là, tu n’auras mal nulle part. Cela s’est très bien passé. Ensuite, j’ai eu la chance que Sainte-Geneviève-des-Bois (91), en National 2, accepte de me laisser m’entraîner avec eux. En parallèle, je continuais ma préparation physique individuelle. Je suis donc arrivé à Bergerac avec une forme physique déjà bien adaptée au terrain. 

FM : dix-huit mois depuis la fin de ton contrat à Bordeaux et un dernier match en Ligue 1 disputé en janvier 2016 face au LOSC, l’attente a dû te paraître longue. Le bon moment, c’était janvier de cette année ?

N.M-B : il a fallu beaucoup de temps pour se remettre. Comme tu n’es pas prêt pour certains mercatos, tu repousses. En décembre 2017, j’étais trop juste, je ne pouvais pas. En juin 2018, j’étais mieux, mais je n’avais pas joué depuis un an, on te dit que tu n’as pas joué en pro depuis deux ans, cela fait monter le truc. Au fur et à mesure, tu t’aperçois que si tu ne joues pas, cela peut être la fin de carrière de manière anticipée. C’est un cercle vicieux.

FM : c’est ce besoin de jouer qui t’a décidé à repartir trois échelons plus bas ?

N.M-B : j’étais déjà prêt à faire des concessions au bout d’un certain temps, mais les opportunités ne s’étaient pas présentées. Les premières qui se sont présentées, je ne pense pas que j’étais prêt à dire oui, tout en sachant ce qu’il s’était passé à Toulouse. Je n’avais pas envie d’avoir un échec, surtout dans des divisions inférieures. On allait se dire « il est fini », alors que le problème n’était pas mon niveau mais une douleur du passée qui ne voulait pas me laisser tranquille. 

FM : tu vas avoir 34 ans dans deux semaines. Tu as senti que ton âge était plus un inconvénient qu’un avantage pour rebondir ?

N.M-B : c’est difficile pour beaucoup de joueurs de mon âge. Soit les profils ne sont pas intéressants, surtout en raison de l’âge, malgré l’expérience, soit ils n’ont pas joué depuis un certain temps. Ce sont beaucoup de paramètres contre lesquels il est difficile de lutter pour les joueurs de ma génération. Il faut essayer de jouer, de montrer notre plus haut niveau et essayer de s’imposer. 

« Je vais me dire la vérité de toute façon, si je peux retrouver le monde pro ou pas »

FM : le spectre de la fin de carrière t’a-t-il hanté lors de cette longue traversée du désert ?

N.M-B : je voulais à tout prix revenir sur les terrains, j’étais décidé et sûr de ma force. Peu importe que ce soit en National 2, ou à un autre échelon, cela ne me dérangeait pas. Le tout c’était de revenir, de remontrer visuellement aux gens que j’avais retrouvé mes sensations. Avant de t’engager, les gens hésitent, ils doutent. C’est tout à fait compréhensible. Sur le dernier match qu’on a fait (il a disputé 45 minutes face à St Pryvé-St Hilaire le 23 mars, défaite 2-1 de Bergerac, ndlr), j’étais très content car j’ai pu retrouver une maîtrise de la balle, mon pouvoir d’accélération. Bien évidemment, je peux encore mieux faire. 

FM : par rapport à ton CV, tu es mis en valeur à Bergerac. Un pro qui évolue en National 2, ce n’est pas banal. On te reconnaît sur le terrain, on t’interpelle ?

N.M-B : on me laisse plutôt tranquille. Il faut dire qu’à chaque fois je suis entré en cours de jeu, dans des moments où il fallait faire la décision. Tout le monde était dans son truc. Après, c’est plutôt par rapport aux supporters que la relation est spéciale. On vient me voir après le match parfois. Ils sont parfois surpris. Comme lors du dernier match, quelqu’un est venu me voir et s’est frotté les yeux pour être certain que c’était bien moi qui était là, sur la pelouse de Bergerac. Il me dit « c’est bien vous ? » Je lui ai répondu : « bah, j’espère » (rires). C’était marrant. 

FM : c’est un monde un peu différent de celui que tu as côtoyé en Ligue 1...

N.M-B : oui et non. C’est différent, c’est certes un autre niveau, mais il y a quand même un bon niveau. Je ne suis pas surpris. Je sors quand même de trois étages supérieurs, mais le niveau n’est pas choquant. Dans mon équipe, le niveau est très bon. Cela me fait plaisir de m’entraîner avec eux au quotidien. Il y a de bons joueurs en N2, notamment à Andrézieux (son premier match avec Bergerac, ndlr), où il y avait un milieu excentré qui m’avait bien plu. Il y a d’autres équipes, comme Le Puy, qui sont très fortes. Cela fait plaisir de voir un tel niveau. J’ai pu croiser d’anciens coéquipiers du centre de formation de l’AS Monaco, cela fait plaisir de les retrouver aussi. 

FM : tu as du vécu. Tu t’es fait le conseiller des jeunes joueurs de Bergerac ?

N.M-B : ils ont une grande curiosité, ils veulent savoir comment ça se passe. Connaître les différences entre le monde amateur et le monde professionnel. Ils me questionnent sur des détails, sur ce qui peut parfois leur manquer. Parfois, on en parle. C’est un aspect que j’aime bien. Cela montre qu’ils ne sont pas résignés, qu’ils ne se contentent pas de ce qu’ils ont et qu’ils veulent viser plus haut. 

FM : tu es sous contrat à Bergerac jusqu’à la fin de la saison. Quelle suite souhaiterais-tu donner à cette expérience ?

N.M-B : mon objectif est d’aller le plus haut possible. De toute façon, au fur et à mesure que je vais enchaîner les matches, je vais revenir à 100 % au niveau de mes sensations, je vais bien le voir. Je vais me dire la vérité de toute façon et me dire si je peux retrouver le monde pro ou pas. Je suis en bonne voie, j’essaie d’enchaîner les matches et je pense que de toute façon on arrivera à trouver quelque chose. Je suis aussi bien là où je suis en ce moment. Bien sûr, l’objectif est de retrouver le monde professionnel. Tant que j’ai le niveau, je ne veux pas abandonner l’idée de retrouver le monde pro.

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