Rares sont les Français à aller tenter leur chance au Brésil. Junior Kingue (19 ans), lui, n’a pas hésité à traverser l’Atlantique pour lancer sa carrière chez les quintuples champions du Monde. Ce jeune joueur polyvalent - formé en défense centrale, il peut également évoluer milieu défensif ou relayeur puisqu’il affiche une belle aisance technique au regard de son imposant gabarit (1m96) - raconte pour Foot Mercato comment il s’est retrouvé à défendre aujourd’hui les couleurs de Santos. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien ne le prédestinait à pareil parcours. « J’ai commencé par le futsal. Le club de ma ville, Rueil-Malmaison, m’a repéré et m’a dit que je devais jouer à onze, car j’en avais le potentiel. J’y ai donc joué en U12-U13. J’ai fait sept tours au concours d’entrée à Clairefontaine. Mais je n’ai pas pu continuer à cause de l’école. Je suis ensuite parti à l’ACBB, qui avait un partenariat avec le FC Nantes à l’époque », nous a-t-il raconté. Un coup dur allait toutefois freiner sa progression.

« À cause d’un problème de croissance et de douleurs au genou, je n’ai pas pu jouer pendant un an. J’étais un peu découragé », a-t-il confié avant de poursuivre. « Je suis ensuite parti à Saint-Cloud, où je me suis relancé avec Gaël Diarra. J’ai mis le foot entre parenthèse pendant un an en U16. J’ai repris en U17 avec l’AS Meudon et Gaël Diarra toujours. J’ai marqué 12 buts en DSR alors que j’étais défenseur central, personne de ma génération ne l’avait fait. Mais aucun club français ne s’est manifesté ». Une tournée de matches amicaux en Angleterre allait tout relancer. « Je suis parti en Angleterre avec Meudon pour des amicaux contre Leicester et Ipswich. On a gagné les deux rencontres. Je finis homme du match. Plusieurs agents anglais se sont ensuite manifestés. J’ai fait des tests à Manchester United, où tout s’est bien passé. Mais les agents voulaient faire monter les enchères. Ils m’ont ensuite envoyé à Manchester City. Mais j’étais fatigué, j’avais mal au dos et je n’ai fait qu’une journée là-bas. MU a su que j’étais parti à City donc ça ne s’est finalement pas fait », a-t-il expliqué.

L’aventure anglaise terminée, Junior Kingue voyait l’option néerlandaise s’ouvrir devant lui. « Je suis revenu en Île-de-France. Les recruteurs de l’Ajax Amsterdam sont venus me voir, ils ont accroché avec mon profil. Je suis parti faire des essais aux Pays-Bas. J’ai été à Twente, où j’ai fait un match avec la réserve. Le club a voulu me signer mais c’était éloigné de mes attentes. Je suis ensuite parti à l’Ajax pendant une semaine. Ça s’est super bien passé, on m’a même surclassé avec le groupe de la réserve, alors que j’étais avec les U19. Mais l’Ajax était indécis et prenait du temps à me donner sa décision, alors je suis parti faire un nouvel essai à Feyenoord pour un tournoi amical. Mais ça s’est mal passé et je suis revenu en France », a-t-il indiqué. C’est à ce moment-là que la possibilité de rejoindre le Brésil se présentait, à l’hiver 2017.

De Santos... à la Ligue 1 ?

« À ce moment-là, Nadir Bosch (ancien athlète français, ndlr), qui est maintenant mon conseiller et consul du Brésil, m’a dit d’aller au Brésil pour revenir par la grande porte en Europe. Je suis donc parti à l’Atlético Paranaense en décembre 2017. Pendant qu’on finalisait le deal, l’équipe jouait un tournoi auquel j’ai participé. J’ai joué plusieurs matches, j’ai été bon et d’autres équipes brésiliennes se sont intéressées à moi. Santos est venu discuter avec moi. Pelé, qui est proche de Nadir, a vu mes vidéos, a apprécié mon profil et m’a aidé à aller à Santos. Il avait fait ça pour Neymar et Robinho. C’est un véritable honneur », a-t-il expliqué. Ses premiers pas au sein de l’écurie paulista se passent très bien, même s’il ne peut pas totalement en profiter. « Tout se passe très bien même si je ne peux pas jouer en match officiel à cause d’un document administratif », a-t-il indiqué, lui qui s’entraîne avec les moins de 23 ans mais a déjà pu effectuer des séances avec les professionnels, côtoyant notamment le futur joueur du Real Madrid, Rodrygo (17 ans).

« Rodrygo, il est vraiment fort. C’est un très bon joueur. Rodrygo est fort. Je me suis entraîné avec lui. Il se passe quelque chose quand il touche le ballon. Il peut vraiment faire une grosse carrière », nous a-t-il précisé, savourant sa découverte d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture. « Humainement et footballistiquement, ça m’a changé. Être loin de sa famille, ça forge un mental. J’ai compris ici que le foot était vraiment important pour moi. Le Brésil n’a rien à envier à l’Europe. Au niveau salaires, des infrastructures, comme le centre d’entraînement de l’Atlético PR par exemple, on comprend pourquoi les joueurs brésiliens ont envie de rester au pays aujourd’hui. J’ai appris le portugais, je parle un petit peu la langue. J’ai été très bien accueilli », a-t-il avoué.

Malgré sa belle histoire brésilienne, le jeune homme pourrait bien revenir en Europe plus vite que prévu. Selon nos informations, son entourage est en négociations avancées avec un club du top 5 en Ligue 1. Mais ce n’est pas tout. Régulièrement, des scouts anglais (Burnley, Tottenham, etc.) observent en effet ses matches avec Santos, tandis que le Shakhtar Donetsk et un club italien sont également venus aux nouvelles. Une belle revanche pour celui qui avait vu de nombreuses portes se refermer devant lui. « Je reviens de loin. J’ai fait beaucoup de tests. Au Brésil, c’était un nouveau départ pour revenir plus fort », a-t-il conclu. Malgré une trajectoire semée d’embûches, Junior Kingue pourrait bien se voir propulser au plus haut niveau en France. Une sacrée revanche.