Les histoires d’amour finissent toujours mal. Et à l’Atlético de Madrid, on en connaît un rayon à ce sujet. Cet été encore, les Colchoneros ont dû voir filer leur meilleur élément offensif au FC Barcelone, mettant ainsi fin à une relation de cinq ans avec tout de même plus de hauts que de bas. En 2014, lorsque le Français se présentait sur la pelouse du Vicente Calderon, personne n’aurait pu imaginer que ce petit blondinet arrivé de la Real Sociedad allait devenir l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du club. Devenu la référence offensive d’une attaque souvent en berne, il a vu les attaquants passer et se succéder, de Jackson Martinez et Mario Mandzukic à Luciano Vietto ou un Diego Costa dont le retour s’avère peu réussi. C’est toujours sur lui qu’à compté El Cholo pour guider ses lignes offensives, lorsqu’il fallait construire comme lorsqu’il fallait terminer les actions.

Combien de rencontres ont été remportées sur le fil grâce à un coup de génie du champion du monde 2018, sans aucun doute le joueur de Liga à s’être approché le plus près des ogres siamois Messi-CR7. Dans les vestiaires, il a été un des éléments fédérateurs de l’équipe, notamment suite aux départs de joueurs comme Raul Garcia à Gabi, étant particulièrement proche du clan des Uruguayens à tel point que Diego Godín est devenu le parrain de sa fille. Même s’il a parfois été maladroit dans sa communication, à l’image du fameux documentaire La Décision, ce qui l’a empêché d’atteindre ce statut de véritable légende à part entière auprès du public comme les joueurs cités ci-dessus, il restait très apprécié. Jusqu’à cet été.

La façon dont Griezmann est parti n’a pas plu

Un départ à Barcelone accueilli avec beaucoup de colère dans la hinchada rojiblanca, notamment parce qu’on a ensuite appris qu’il avait commencé à négocier avec le club catalan bien avant la fin de la saison, à l’heure où les Colchoneros jouaient gros en Europe face à la Juventus. Ce n’est d’ailleurs pas forcément le départ en lui-même qui a fait mal, mais la façon dont il est parti... « Griezmann n’a pas été professionnel et à commencé à négocier son départ chez un rival direct en cours de saison. Les supporters comprennent qu’il y ait des joueurs qui puissent partir mais tout ce qu’ils demandent c’est que le club, l’écusson et les supporters soient respectés. Griezmann, un des meilleurs joueurs à avoir porté le maillot rojiblanco, n’a pas su se comporter en professionnel sur et en dehors du terrain », confirme le journaliste Víctor Molina Pozo, qui suit particulièrement l’actualité des pensionnaires du Wanda Metropolitano

Autant dire que s’il avait fait les choses dans les règles, la colère aurait probablement été moindre au sein des fans matelassiers. « C’est compréhensible qu’il veuille progresser ou qu’il décide de rejoindre un autre club. Ce qui a fait mal, c’est qu’il a fait ça seulement un an après avoir décidé de rester une première fois, ce qui avait rendu heureux beaucoup de monde. Je crois qu’on te reproche de partir d’un club uniquement quand on t’as beaucoup aimé. À l’Atlético les gens aimaient Antoine à la folie, d’où les reproches », nous confie de son côté le journaliste espagnol Rubén Uría.

Il va devoir s’attendre à un accueil partagé

S’il y a un joueur qui a été dans une configuration similaire à celle d’Antoine Griezmann, c’est Thibaut Courtois. Le Belge a défendu les cages de l’Atlético pendant trois ans, avant de revenir à Chelsea, et, quelques années plus tard, signer au Real Madrid. Idole des Rojiblancos à l’époque, et auteur de plusieurs chants provocateurs à l’encontre des Merengues, il a décidé de rejoindre le voisin et rival blanc, et c’est mal passé. Sa plaque aux abords du Wanda Metropolitano est régulièrement vandalisée, et lorsqu’il a découvert le stade colchonero en février dernier, il a été la cible de chants et même de lancements de rats en peluche ! Un accueil particulièrement violent donc. Grizi, dont la plaque a aussi été détériorée, ne devrait pas vivre de telles scènes puisqu’il n’a pas rejoint un vrai ennemi de l’Atlético, mais il doit clairement s’attendre à des signes d’hostilité venant des tribunes.

« Il y aura une partie du public qui sifflera quand il touchera le ballon, mais c’est normal. Ils te sifflent en rapport avec l’affection qu’ils t’ont portée. Ça arrive toujours dans le foot. Il y aura aussi une autre partie du public qui le recevra avec des applaudissements. Je ne crois pas que tous les supporters sifflent Griezmann. Il a beaucoup donné à l’Atleti », souligne Rubén Uría, expliquant qu’il recevra aussi des signes d’affection de son ancien public. Víctor Molina Pozo est peu moins optimiste pour l’attaquant tricolore, affirmant « qu’il ne sera pas reçu avec les bras ouverts. Le Metropolitano ne va pas respecter un joueur qui n’a pas respecté l’Atlético ».

Les supporters le pardonneront-ils un jour ?

À la différence d’un Falcao par exemple, toujours resté en très bons termes avec les aficionados colchoneros, ou d’un Fernando Torres après son départ en Angleterre, Antoine Griezmann risque de payer cher les conditions de son transfert, et pendant encore longtemps. « Les gens se souviendront toujours de lui comme le joueur qui, avec l’Atlético en course pour la Liga et la Ligue des Champions, a négocié dans le dos du club et de ses coéquipiers un départ au Barça. C’est dommage, parce que c’est un des meilleurs joueurs à être passés par l’Atlético. Il devrait se demander une chose : pourquoi en étant le meilleur buteur de l’ère Simeone et un des meilleurs buteurs de l’histoire de l’Atlético il n’a et n’aura jamais tout l’amour des supporters ? », ajoute Víctor Molina Pozo.

Pour Rubén Uría, le temps pourrait en revanche faire son travail, et il nous confie qu’avec un peu de recul, « personne ne se souviendra de la décision d’Antoine Griezmann ». Pas forcément au mieux dans son nouveau club, le Mâconnais va en plus devoir composer avec un accueil potentiellement hostile dimanche soir. Clairement pas les meilleures conditions pour briller dans un match d’une telle magnitude, et enfin avoir ce déclic du côté de Barcelone. Il sera aussi intéressant de voir comment il se comportera vis-à-vis de ses anciens supporters, notamment en cas de but marqué. Réponse dimanche soir dans ce choc qui met la bave aux lèvres à tous les fans du football espagnol !