De plus en plus, la figure de l’entraîneur adjoint est mise en avant. L’exemple Mikel Arteta à Manchester City est flagrant, puisque le bon boulot de l’Espagnol sous les ordres de Pep Guardiola - ainsi que son passé Gunner - lui a permis d’être nommé à la tête d’Arsenal. Robert Moreno, qui a pendant de nombreuses années suivi Luis Enrique dans ses aventures, a lui récupéré la sélection espagnole, dans des conditions malheureuses certes, avant de s’offrir une place sur le banc de l’AS Monaco. Il est ainsi de plus en plus fréquent de voir des dirigeants de clubs préférer un tacticien jeune, avec des idées, et qui a travaillé sous les ordres d’un autre grand entraîneur, à un candidat avec un CV bien plus étoffé. En Espagne, il y a un homme à qui ont prédit le même avenir que les deux cités ci-dessus. Adjoint et bras droit de Quique Setién, Eder Sarabia va avoir un rôle très important dans les futurs succès, ou échecs, du club catalan.

Du haut de ses 38 ans, il a toujours baigné dans le football, puisqu’il est le fils de l’attaquant Manu Sarabia, connu pour son long passage à l’Athletic. Sa relation avec Quique Setién va bien au-delà de celles de simples collègues de boulot, puisque le nouveau coach du Barça et son père étaient amis. Sarabia a ainsi connu Setién lorsqu’il avait seulement 8 ans. Après avoir mis fin à sa carrière de joueur à 24 ans, il a eu un parcours assez chaotique, au cours duquel il est même passé par l’académie du Real Madrid en République Dominicaine ! C’est en 2015, quand il a pris les commandes de Las Palmas, que Setién a fait appel à ses services. Ils ne se sont plus quittés depuis. Il faut dire que le "mariage" était évident, puisqu’au-delà des affinités extra-sportives, tous deux partagent la même vision du football.

Cruyff pour idole

Eder Sarabia est effectivement tout autant, si ce n’est plus, fasciné par Johan Cruyff. Sa conception du football est la même que celle de son supérieur, à savoir la recherche d’un idéal footballistique basé sur une possession outrageuse et une équipe résolument tournée vers l’attaque. Lorsque Johan Cruyff est décédé, il avait pris la parole sur les réseaux sociaux avec une superbe lettre d’hommage. « Ce fut la personne la plus importante de l’histoire du football. Il n’y a jamais rien eu de plus grand, d’aussi influent, innovateur, que le génie hollandais. [...] Comme entraîneur, il n’y aura plus jamais quelqu’un comme lui. Son modèle a changé l’histoire du Barça et de la sélection espagnole », expliquait-il, détaillant la méthode de l’ancien numéro 14 du FC Barcelone. Sur ses réseaux sociaux, on retrouve également de nombreuses publications datant de plusieurs années encensant Lionel Messi, Andrés Iniesta ou Pep Guardiola.

« La possession, ça ne vaut rien. Nous ne nous entraînons pas pour avoir le ballon juste pour dire qu’on a la possession. La possession sert à mettre en place et organiser l’équipe pendant que tu attaques, pour mieux attaquer, pour mieux défendre et éviter les contres. Pourquoi on joue court au départ de l’action ? Parce que c’est une façon d’attaquer tous ensemble. La conséquence de ça, c’est qu’on arrivera plus facilement dans les derniers mètres adverses, l’adversaire va devoir courir et quand tu perdras le ballon il sera fatigué pour jouer en contre », confiait-il au magazine Panenka en octobre 2018. Setién lui accorde un rôle très important, et n’hésite pas à se mettre en retrait, lors des séances d’entraînement comme lors des rencontres. C’est la plupart du temps Sarabia qui est chargé de mettre en place les différents exercices pendant les entraînements, pendant que le nouvel entraîneur du Barça prend plus de recul pour analyser et ensuite apporter des corrections et donner des consignes à ses joueurs, individuelles notamment. Si Las Palmas et le Betis ont toujours eu un jeu très épuré, avec des sorties de balles impressionnantes et une maîtrise technique à couper le souffle sans avoir des effectifs de cador européen, c’est en grande partie grâce à lui.

Un caractère trempé

Pendant les rencontres, c’est aussi lui qu’on voit s’agiter, haranguer ses joueurs et pester contre l’arbitre dans sa zone technique, alors que son mentor adopte une attitude bien plus tranquille et posée. Auprès des joueurs, Setién fait plutôt office de figure paternelle, là où Sarabia n’hésite pas à pousser des gueulantes et les bousculer. Le Ying et le Yang, en somme. Plusieurs médias espagnols expliquent d’ailleurs que Setién se sent aussi très à l’aise à ses côtés parce que le Basque n’hésite pas à le contredire et à lui faire part de ses propres idées, quelque chose que le tacticien de 61 ans apprécierait beaucoup. Plus que dans une relation hiérarchique de supérieur-subordonné, on est dans un contexte de collaboration entre les deux hommes. Son caractère lui joue parfois des tours, puisqu’il compte déjà six expulsions depuis ses débuts en Liga en 2015. Une relation tendue avec les arbitres qu’il va probablement devoir apprendre à maîtriser dans un club comme le FC Barcelone.

Un comportement parfois limite qui contraste d’ailleurs avec ce qu’on peut voir de lui en dehors des terrains, puisqu’il affiche un visage très serein et tranquille dans ses différentes interventions médiatiques, et a même déjà animé des colloques autour du football. Plus que Setién, c’est probablement lui qui va devoir donner des consignes à Messi, Busquets, Griezmann et compagnie et veiller à ce que ses indications soient appliquées avec rigueur par ses troupes. Autant dire qu’il va avoir des responsabilités conséquentes, notamment dans la progression des jeunes joueurs de l’effectif et de La Masia et qu’il devra se faire accepter et comprendre par les poids lourds du vestiaire catalan. L’ère Setién-Sarabia a démarré !