Deux Ligas... mais deux remontadas

Quand on juge un entraîneur, on a souvent tendance à se fier à la vitrine des trophées. De ce côté-là, Ernesto Valverde a réalisé un boulot plutôt satisfaisant sur la scène nationale, remportant deux titres de Liga en autant de saisons, ainsi qu’une Coupe du Roi en 2018. En bonne partie grâce à l’axe Ter Stegen - Messi, les Catalans ont fait la loi sur les pelouses espagnoles, profitant également d’un Real Madrid et d’un Atlético qui ont traversé des moments difficiles. En Europe en revanche, la donne est totalement différente, avec deux remontadas face à la Roma, puis face à Liverpool la saison suivante. Deux échecs qui font tâche et qui lui auraient probablement valu un licenciement dans la majorité des clubs européens. Dans les deux cas, on a vu un FC Barcelone apathique et un Ernesto Valverde, qui l’a joué petit bras d’entrée, en manque flagrant de solutions pour inverser la tendance négative qui se profilait au fur et à mesure que les deux rencontres avançaient. La défaite face à Valence en finale de Copa del Rey la saison dernière a aussi fait beaucoup de remous sur la cote méditerranéenne.

L’équilibre avant tout

Dès le début de son mandat, Ernesto Valverde a semblé vouloir imposer un certain équilibre à l’équipe. Et c’était plutôt payant, sur la première saison du moins, puisqu’on a vu un FC Barcelone assez solide, un peu dans la lignée de la première saison de Luis Enrique (2014/2015). Un 4-3-3 qui se transformait souvent en 4-4-2 sur les séquences défensives, et une équipe assez impliquée dans les labeurs défensifs. Mais très vite, la solidité relative de l’équipe s’est effondrée, jusqu’à cette saison où le FC Barcelone a déjà encaissé 23 buts, autant que Valladolid par exemple, alors que le Real Madrid et l’Atlético n’ont vu leurs filets trembler qu’à 12 reprises. Et les chiffres pourraient être encore plus conséquents si les Barcelonais n’avaient pas un ter Stegen souvent auteur de vrais miracles sur sa ligne. Une faillite collective plus qu’individuelle - Piqué ou Lenglet affichant un niveau satisfaisant malgré quelques passages à vide temporaires - qui s’explique donc par un mauvais repli, un mauvais positionnement (des latéraux surtout) et tout simplement un manque d’automatismes, et ce alors que la plupart jouent ensemble depuis longtemps déjà. Des problèmes auxquels Ernesto Valverde n’est pas parvenu à faire face.

Une équipe sans idées

Mais la principale critique habituellement émise à l’encontre d’Ernesto Valverde n’est autre que le jeu proposé par ses ouailles. Lorsqu’il a récupéré le FC Barcelone, le club sortait du feuilleton Neymar, joueur ô combien essentiel et important dans les rouages de l’équipe, et il avait donc quelques circonstances atténuantes. Mais sur la durée, son équipe n’a jamais réussi à maîtriser son sujet, donnant l’impression de jouer sans aucune consigne tactique, le jeu n’ayant aucune fluidité. Deux Ligas remportées certes, mais le FC Barcelone n’a jamais été ce rouleau compresseur qui instaurait la peur et la frayeur chez ses adversaires, les écrasant complètement dans le jeu, comme ont pu le faire Manchester City la saison dernière, Liverpool cette année ou le Bayern et la Juventus depuis quelque temps déjà. Tout dépendait trop des individualités, ce qui est en partie logique, mais combien de fois le FC Barcelone a pris les trois points grâce à une action sortie de nulle part du sauveur Lionel Messi. Un jeu qui a parfois atteint des limites de médiocrité jamais vues à Barcelone à l’extérieur, où, même face à des promus, les Blaugranas ont été dominés et ont même souvent perdu des points. Les déplacements chez les promus Osasuna (2-2) et Granada (défaite 2-0) en sont un bel exemple.

Il n’aura pas su exploiter le meilleur Messi

Lorsque certains parlent du FC Barcelone, ils n’hésitent plus à employer le terme FC Messi. Une analyse un peu réductrice, dans la mesure où d’autres joueurs sont également assez importants dans des registres différents, mais qui témoigne de l’énorme dépendance de l’équipe vis-à-vis de son numéro 10. L’analyse est un peu paradoxale d’ailleurs, puisque d’un côté il a porté l’équipe sur son dos de nombreuses fois, brillant au sein d’une équipe parfois assez morne, mais d’un autre côté, on peut imaginer qu’il aurait pu être encore meilleur dans une équipe à l’animation offensive bien plus intéressante. Il semble aussi compliqué de justifier le fait que celui qui est peut-être le meilleur joueur de l’histoire, évoluant dans un des clubs les plus riches de la planète et entouré d’internationaux et de joueurs ayant coûté des fortunes, n’ait pas pu remporter un titre européen depuis 2015. L’Argentin a sa (petite part) de responsabilité, forcément, mais il y a clairement une sensation de gâchis lorsqu’on pense à ce qu’aurait pu donner ce Messi, au jeu plus réfléchi et épuré qu’avec Guardiola, dans une équipe qui tourne bien.

Le soutien du vestiaire

La tactique n’a donc pas été son point fort, mais dans le vestiaire, il aura au moins réussi à se mettre les tauliers dans la poche. Plusieurs fois déjà, des membres importants de l’effectif tels que Lionel Messi et Luis Suarez se sont présentés devant les journalistes en zone mixte pour prendre la défense de leur entraîneur et porter la responsabilité de l’échec sur les joueurs. Les informations sont parfois un peu contradictoires, mais certains médias catalans expliquaient même que les cadres de l’équipe avaient fait savoir à Josep Maria Bartomeu, le président, qu’ils ne voulaient pas que Valverde soit licencié en fin de saison dernière. Et quand on sait à quel point c’est difficile de réussir à unir un vestiaire avec tant d’égos autour de soit, c’est déjà un point très positif pour l’ancien entraîneur de l’Athletic, qui en plus n’avait jamais entraîné de top écurie européenne auparavant. Même Luis Enrique ou Pep Guardiola avaient parfois été en difficulté dans la gestion humaine de leur groupe. Les mauvaises langues diront tout de même que s’il a réussi à mettre les joueurs de son côté, c’est aussi parce qu’il était trop permissif et laxiste sur certains points, ne sortant pas forcément ses troupes de leur zone de confort et continuant de donner du temps de jeu à des cadres parfois hors forme.

La Masia et les jeunes n’ont pas eu leur chance

À Barcelone, les supporters aiment voir des jeunes pousses de l’académie être intégrées à l’équipe première. Une tradition qui date de bien avant l’ère Guardiola contrairement aux idées reçues, et qu’Ernesto Valverde n’a pas su, ou pas voulu, perpétuer. C’est simple, aucun joueur issu de La Masia n’a réussi à se faire une véritable place dans l’équipe sur la durée (Sergi Roberto s’était imposé avant l’arrivée du Txingurri). Carles Aleñá a par exemple dû s’en aller tenter sa chance au Betis cette saison, alors que Riqui Puig végète, tout en brillant, en troisième division avec l’équipe B. Ansu Fati et Carles Pérez, lancés dans le grand bain à cause de différentes blessures chez les A, ont vite retrouvé l’anonymat, se contentant de quelques entrées en jeu par-ci par-là. De façon globale, les jeunes ont très peu d’opportunités, puisque même ceux qui ont été recrutés - parfois à des prix très élevés - ont dû se contenter des miettes, à l’image de Malcom, de Jean-Clair Todibo ou de Junior Firpo. Tous, recrues ou joueurs de la maison, sauf peut-être Firpo, ont pourtant montré un niveau plus que satisfaisant lorsqu’ils ont joué. Curieux, quand on sait que son arrivée avait suscité pas mal d’attentes de ce côté-là, puisqu’à l’Athletic, club formateur de qualité, il n’hésitait pas à utiliser les jeunes et les installer dans l’équipe sur la longueur.

Une communication fade

Lorsqu’on est entraîneur, le plus important, c’est ce qui se passe sur le terrain. Mais les managers, surtout à l’heure du numérique et de l’info à tout va, doivent également renvoyer une certaine image. Les meilleurs entraîneurs sont pour la plupart dotés d’une certaine aura, et n’hésitent pas à faire le show en conférence de presse. On ne leur demande pas d’enfiler un costume de clown pour amuser la galerie évidemment, mais d’expliquer par exemple certains de leurs choix en détail, oui de répondre de façon plus étendue à des questions portant sur divers domaines comme le mercato. Les apparitions médiatiques d’Ernesto Valverde elles ont toujours été assez ternes, ce dernier refusant la plupart du temps de répondre aux interrogations, se contentant de botter en touche avec de courtes phrases comme « je ne sais pas », « ce n’est pas à moi qu’il faut demander » etc. De quoi engendrer de la frustration chez les supporters catalans, alors qu’étonnamment, il a toujours bénéficié d’une certaine indulgence de la part des journalistes.