La ville de Madrid héberge une des plus grosses rivalités de la planète football. Ces dernières années, elle s’est encore plus accentuée, l’Atlético étant désormais clairement en mesure de rivaliser avec son voisin merengue. Dans une ville où les couleurs de chacun ne sont plus définies par leur quartier de résidence ou leur classe sociale, Blancos et Rojiblancos se livrent une rivalité féroce mais plutôt saine. Il est aujourd’hui devenu habituel de voir des enfants de supporters du Real Madrid supporter l’Atleti, et vice-versa. Les socios madrilènes les plus anciens pourront d’ailleurs confirmer que l’opposition entre les deux clubs a toujours été assez amicale, et l’un d’entre eux nous a par exemple confié qu’il avait supporté les Colchoneros lors de leur finale de Ligue des Champions face au Bayern Munich en 1974.

C’est au cours de ces dernières années qu’elle s’est un peu plus accentuée, notamment sous la présidence de Jesus Gil à la fin des années 90 et au début des année 2000. Les dirigeants des deux clubs n’ont d’ailleurs pas toujours eu des relations plutôt cordiales, et c’est particulièrement le cas aujourd’hui avec Enrique Cerezo et Miguel Angel Gil Marin qui entretiennent une relation assez tumultueuse avec la direction de Florentino Pérez. Un pacte de non-agression avait été signé en 2010 entre les deux clubs, stipulant que les deux clubs de Madrid ne pourraient pas aller se servir chez leur voisin. Tout avait démarré en 2010, alors qu’un jeune joueur de l’Atlético, Iván Saéz, à l’époque âgé de 15 ans, a rejoint le Real Madrid. Un épisode qui a déplu du côté du Vicente Calderon, et l’état-major rojiblanco a tenu à avoir une réunion avec Pérez. Les deux clubs ont alors établi un pacte de non-agression. Un accord verbal qui a par exemple "empêché le Kun Agüero de rejoindre le Santiago Bernabéu.

Après Marcos Llorente, au tour de Mario Hermoso

Un pacte qui a cependant été brisé il y a deux ans, à l’été 2017, lorsque le Real Madrid a décidé de lever la clause libératoire de Theo Hernandez. Une décision qui est très mal passée du côté de l’Atlético, d’autant plus que Diego Simeone comptait sur le latéral gauche qui sortait d’une très bonne saison en prêt à Alavés, avec qui il avait brillé en finale de Copa del Rey notamment. La fin du pacte, et la porte ouverte à des transactions plus fréquentes entre les deux clubs. Marcos Llorente a ainsi quitté la Maison Blanche cet été pour rejoindre les Indios. Une opération qui a fait moins de bruit que celle de Theo Hernandez dans la mesure où le Real Madrid était d’accord pour laisser l’Espagnol partir, mais qui prouve qu’il est de plus en plus habituel de voir des Merengues chez les Colchoneros, et vice versa.

Marcos Llorente n’a pas été le seul joueur estampillé Real Madrid à passer chez l’ennemi, puisque Mario Hermoso l’a suivi. Une situation un peu différente, dans la mesure où le défenseur international espagnol formé à La Fabrica évoluait à l’Espanyol. Mais le Real Madrid avait toujours une option de rachat de seulement 7,5 millions d’euros. Les pensionnaires du Santiago Bernabéu n’ont cependant pas souhaité la lever et ont ainsi accepté à le voir renforcer l’Atlético de Madrid. Signe que ce transfert de Theo Hernandez il y a deux ans a brisé les tabous. James Rodriguez était même tout proche de s’engager avec les Colchoneros, mais Florentino Pérez aurait mis un stop à l’opération après la lourde humiliation subie en début de préparation par son équipe (7-3).

L’Atlético a déjà eu plus de joueurs formés au Real qu’à la maison dans son équipe !

Historiquement, si on regarde de plus près, il y a toujours eu des joueurs formés chez le rival dans les deux clubs. Santiago Solari, qui avait entraîné le Real Madrid plus tôt dans la saison, avait rejoint le Real Madrid en provenance de l’Atlético de Madrid en 2000. C’était d’ailleurs le dernier joueur professionnel à avoir fait ce trajet avant Theo Hernandez. Raúl, légende du club et entraîneur du Real Madrid Castilla la saison prochaine, a fait ses premiers pas comme joueur chez les Colchoneros, avant de rejoindre le Real Madrid lorsque l’Atleti, en proie à des grosses difficultés financières, avait décidé d’éliminer les équipes de jeunes. Il était d’ailleurs tout proche de revenir deux ans plus tard, mais le Real Madrid a su le convaincre de rester. Alvaro Arbeloa avait lui aussi démarré à l’Atlético, alors que le goleador mexicain avait lui aussi porté la tunique rouge et blanche avant de rejoindre le Real Madrid et devenir l’un des meilleurs buteurs de l’histoire du club.

Chez l’Atlético, beaucoup de joueurs importants de ces dernières années sont passés par le Real Madrid lorsqu’ils étaient plus jeunes. C’est le cas de Filipe Luis et de Juanfan, les deux latéraux titulaires pendant les plus belles années de l’Atleti du Cholo Simeone. Antonio Adán, gardien remplaçant de Jan Oblak, a lui aussi défendu le maillot du Real Madrid pendant de nombreuses années, allant jusqu’à disputer plusieurs rencontres de Liga avec l’équipe première. Le retour d’Alvaro Morata avait créé un peu de polémique au sein des supporters colchoneros puisque l’attaquant espagnol avait terminé sa formation chez le Real Madrid. Mais c’est bien à l’Atlético qu’il avait démarré. Même Saúl, véritable emblème de cet Atlético, a passé un petit moment chez les Merengues, mais trop court pour le considéré comme formé chez les Blancos.

Les supporters sont encore réticents

Le passé des joueurs n’est pas toujours totalement accepté par beaucoup de supporters, qui ont du mal à accepter que des joueurs venus du voisin défendent maintenant leur maillot. « En général, les supporters de l’Atlético n’aiment pas que des joueurs avec un passé madridista soient recrutés. Et ça ne fait pas spécialement plaisir aux supporters du Real Madrid que leurs joueurs terminent à l’Atlético. C’est arrivé avec Morata et maintenant avec Llorente. Ce sera sûrement le cas avec Hermoso. C’est normal, il y a une grande rivalité », nous explique le journaliste espagnol Rubén Uría.

« Je crois qu’après le transfert de Marcos Llorente à l’Atlético on devrait voir plus de cas de joueurs qui passent d’une équipe à l’autre. Au final, ça ne devrait pas être si rare que ça, parce que les deux équipes sont dans le top 10 européen et il n’y a pas tant de possibilités que ça pour les joueurs espagnols de changer d’équipe sans baisser de niveau », ajoute-t-il. On peut donc s’attendre à voir de nouveaux joueurs franchir la "frontière" dans les prochaines années. Quelque chose qu’on ne peut par exemple pas encore imaginer dans d’autres situations, puisqu’un joueur du Barça partant vers le Real Madrid - ou viceversa - créerait une énorme polémique, et ce serait aussi le cas pour un joueur venant d’un autre club mais ayant défendu le maillot de l’ennemi juré quelques années plus tôt.

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