Foot Mercato : Vous venez d’être sélectionné pour la première fois en équipe de France Espoirs. Quel est votre sentiment ? Comment avez-vous appris la nouvelle ?

Jeff Reine-Adelaïde : J’ai été très heureux d’avoir été appelé pour ma première sélection. Ça récompense tout ce que j’ai fait depuis le début du championnat. Je suis très heureux. (...) Jeudi matin, le coach (Sylvain Ripoll) m’a prévenu que j’avais été appelé. Donc l’entraînement derrière s’est super bien passé. J’ai reçu plein de messages. Ma mère et mon père étaient très contents pour moi. Mes amis aussi.

FM : Qu’est-ce que ça représente pour vous d’être ici à Clairefontaine, un lieu mythique ?

J.R-A : Ça représente beaucoup pour moi. On sait que l’équipe de France A n’est pas très loin. Donc ça représente beaucoup. Mais il faut déjà passer par cette étape merveilleuse qu’est l’équipe de France Espoirs. Avoir été appelé pour la première fois c’est déjà quelque chose de très beau.

FM : Cet été, les Espoirs vont jouer l’Euro. Est-ce un objectif pour vous ?

J.R-A : C’est dans un petit coin de ma tête mais je ne me précipite pas. Ce n’est que ma première sélection. J’essaye de prendre les choses telles qu’elles sont. Là, je vais profiter avec ce groupe. On verra bien pour la suite.

FM : Vous venez d’évoquer le groupe. Connaissiez-vous quelques joueurs ?

J.R-A : Oui, j’en connais pas mal. J’ai joué avec certains en sélections plus jeune. Et puis il y en a d’autres que je découvre.

FM : Cet été, vous avez décidé de rester définitivement au SCO d’Angers. C’était une évidence pour vous ?

J.R-A : C’était quand même une petite évidence de rester à Angers parce que c’est le club qui m’a permis de découvrir la Ligue 1 quand j’en avais le plus besoin. Avec les rapports que j’ai avec le président (Saïd Chabane), le coach (Stéphane Moulin) ainsi que le directeur général (Olivier Pickeu), c’était une évidence.

FM : D’autres clubs avaient-ils tenté des approches auprès de vous et de votre entourage durant le mercato ?

J.R-A : Je ne sais pas du tout. J’ai discuté avec mon frère, qui est mon agent. Mais nous avons uniquement parlé d’Angers.

FM : Avec le recul, comment jugez-vous vos six premiers mois au SCO ?

J.R-A : Mes six premiers moi ici, j’ai découvert la Ligue 1. C’était aussi la découverte de moi-même, comment je pouvais m’intégrer dans un championnat d’adultes. Ça s’est plutôt bien passé. J’ai eu quelques petites blessures qui m’ont freiné.

Progresser à Angers

FM : Comment se passe cette nouvelle année ? Avez-vous des objectifs personnels ?

J.R-A : Cette saison, c’est de mieux en mieux. Je commence à avoir de belles sensations. Je m’épanouis sur le terrain avec mes coéquipiers. On a de bons résultats. Donc tout va bien pour le moment. Concernant mes objectifs personnels, j’en ai beaucoup mais je préfère les garder.

FM : Quelles sont, selon vous, vos qualités en tant que footballeur ? Sur quels points devez-vous encore travailler aujourd’hui pour progresser ?

J.R-A : Mes qualités ? Je dirai ma technique, ma vision du jeu et ma percussion. Mais je dois encore apprendre beaucoup de choses. Il y a des axes de progression sur la défense, la finition. Mais le plus grand axe pour moi est d’avoir des statistiques car en tant que joueur offensif j’en ai besoin.

FM : Stéphane Moulin doit vous aider à les atteindre. Quelle relation avez-vous avec lui ? Est-ce le coach qui peut vous faire passer encore un cap aujourd’hui ?

J.R-A : Nous avons de bonnes relations. Le coach m’aide beaucoup pour me dépasser. Il m’aide aussi à progresser sur mes axes de progression justement afin de bien attaquer, faire la passe au bon moment. Il discute tous les jours avec moi pour savoir comment je vais (...) Oui, je pense que c’est le coach qu’il me faut pour progresser.

FM : On le sait, beaucoup de joueurs sont passés par Angers avant d’être repérés par des clubs un peu plus huppés. Sofiane Boufal puis Nicolas Pépé ont rejoint le LOSC par exemple. Est-ce un bon tremplin pour un jeune talent comme vous ?

J.R-A : Oui, c’est un club qui peut, peut-être, m’aider à avoir d’autres opportunités. Mais il ne faut pas trop s’enflammer car dans le foot, on sait que ça va très vite. Aujourd’hui, tout se passe très bien pour moi. Je suis très heureux à Angers.

FM : Vous avez dit que vous avez découvert la Ligue 1 l’an dernier. Qu’en pensez-vous ?

J.R-A : C’est un championnat très physique, très technique. Il y a beaucoup de joueurs de qualité, de jeunesse. C’est un championnat qui est en train de se montrer au très grand public partout en Europe.

FM : Y a-t-il un joueur qui vous a impressionné en particulier ?

J.R-A  : Sans langue de bois, je dirai Kylian Mbappé que je connaissais pour avoir joué avec lui dans les classes plus jeunes en équipe de France. Tout ce qu’il fait aujourd’hui, c’est impressionnant.

FM : Déjà plus jeune, vous sentiez qu’il avait ce petit truc en plus....

J.R-A : Il est extraordinaire. Il n’y a pas de mots pour décrire ce qu’il est en train de faire à son âge. C’est très beau. Il avait déjà quelque chose en plus. Il avait déjà cette vitesse impressionnante et ce sens du but. Aujourd’hui, il l’accentue grâce à son travail.

FM : Ça vous donne envie de suivre la même trajectoire j’imagine...

J.R-A : Bien sûr, ça donne envie. Sachant qu’on a le même âge, oui ça me donne envie. Ça donne envie à beaucoup d’autres joueurs.

Arsenal, une expérience professionnelle et humaine enrichissante

FM : En 2015, vous avez rejoint Arsenal. Quel a été votre sentiment à ce moment-là ? Quel bilan tirez-vous de votre passage là-bas ?

J.R-A : C’était un sentiment fort. Ça a récompensé tout le travail que j’ai pu faire plus jeune au centre de formation. J’ai pu découvrir le vrai monde professionnel, ce que je n’avais pas pu faire à Lens. J’ai rencontré des stars mondiales (...) Je ne retiens que du positif de mon passage à Arsenal. Je me suis entraîné avec de grands joueurs, reconnus dans le monde. J’ai pu faire quelques matches. Et puis j’ai rencontré un coach en or (Arsène Wenger).

FM : Que vous a-t-il manqué pour vraiment exploser là-bas ? Avez-vous quelques regrets ?

J.R-A  : Je pense qu’il m’a manqué le fait d’avoir eu quelques matches avant d’arriver dans un top club comme Arsenal. Mais je n’ai eu aucun regret parce que je sais que j’étais jeune. Il n’y a pas de regret à avoir. Aujourd’hui, ça se passe mieux pour moi donc je suis heureux.

FM : On le sait beaucoup de jeunes talents français rejoignent Arsenal. Est-ce que vous leur conseilleriez d’y aller ?

J.R-A : Je ne sais pas si c’est à moi de leur donner ce conseil. Moi, je n’ai "pas réussi" là-bas. Donc chacun a son parcours, chacun suit son chemin. Peut-être qu’un autre ira là-bas et qu’il réussira directement.

FM : Pour Mattéo Guendouzi, arrivé cet été, tout semble bien se passer. Avez-vous échangé avec lui ?

J.R-A : Je n’ai pas discuté avec lui. Mais il fait un très bon début de saison. Mais je lui conseillerai simplement de continuer parce qu’il fait un bon début de saison, et de s’amuser sur le terrain.

FM : Vous avez parlé d’Arsène Wenger comme d’un "coach en or". Quel regard portez-vous sur son départ d’Arsenal ? Que vous a-t-il appris ?

J.R-A : C’était un moment très important. Ça a touché beaucoup de gens à Arsenal car il a été là pendant très longtemps (...) Arsène m’a appris beaucoup de choses. Je pense que j’ai appris à avoir un gros mental là-bas. Ça n’a pas toujours été facile. Il m’a toujours aidé, il a toujours discuté avec moi, avant ou après les entraînements pour me dire que j’étais un jeune joueur et ça arriverait un jour ou l’autre. Il m’a aidé à progresser en tant que joueur mais aussi en tant que jeune homme. C’est important pour ce coach d’aider les personnes à devenir des hommes. Je ne sais pas s’il reprendra une équipe. Mais j’espère pour lui que ça arrivera.

FM : Unai Emery a pris le relais. Vous l’avez croisé chez les Gunners. Qu’en pensez-vous ?

J.R-A : Sur le peu que j’ai pu le côtoyer, c’est un très bon coach. Il ramène beaucoup de joie de vivre aux entraînements. C’est un pur tacticien. J’ai beaucoup appris en trois semaines avec lui. J’aurais aimé travailler avec lui. Mais ça ne s’est pas fait et je suis bien à Angers.

FM : Retourner un jour en Premier League, est-ce dans un coin de votre tête ?

J.R-A : C’est un gros championnat. Pour moi, c’est le meilleur championnat du monde avec de très grandes équipes. Même les équipes dites plus petites arrivent à titiller les grands clubs (...) Ça me donne envie (d’y retourner) mais on verra.

FM : Avez-vous un modèle dans le foot ?

J.R-A  : Moi, je regardais beaucoup Ronaldinho. C’est quelqu’un qui ramenait beaucoup de joie de vivre sur le terrain. C’est un joueur qui m’a beaucoup plu.

FM : Vous avez rencontré beaucoup de joueurs à Arsenal. Lequel vous a le plus marqué ?

J.R-A : Si je dois en choisir un ce serait Santi Cazorla. Il avait les deux pieds. Il les a encore d’ailleurs (sourire). C’est impressionnant ce qu’il sait faire avec le ballon.

FM : Les éléments plus expérimentés que vous vous donnaient-ils des conseils ?

J.R-A : Je discutais beaucoup avec les Français. Alexandre Lacazette, qui venait d’arriver (la saison dernière), m’a donné beaucoup de conseils.

FM : En quoi votre expérience à Londres vous sert-elle à présent ?

J.R-A : Je pense que ça m’aide beaucoup au niveau du mental. Ça m’aide à me dépasser. C’est une chose qui n’est pas facile à avoir quand on est jeune. Mais je pense que je l’ai acquis là-bas.