Foot Mercato : En fin de saison, les Espoirs joueront le championnat d’Europe. C’est proche et loin à la fois. Quels seront vos objectifs ?

Paul Bernardoni : En ce qui concerne les championnats d’Europe, l’objectif sera de se qualifier pour les Jeux Olympiques. Donc automatiquement, il faudra passer les poules et atteindre les demi-finales. L’objectif premier est surtout de se qualifier pour ces JO. J’ai envie de dire que j’espère que c’est un objectif pour tout le monde. En tout cas, pour nous les joueurs et le staff, ça l’est. Le réel objectif il est là.

FM : Quel statut pensez-vous avoir aujourd’hui chez les Bleuets ?

P.B : Je pense être un relais auprès du coach. Si le sélectionneur a des choses à faire passer, je ne pense pas être le premier par qui il passera. Mais en tout cas, je pense être un membre assez important. On peut aussi aller voir le coach pour parler de certaines choses. C’est un rôle qui me plaît bien. C’est plutôt sympa et flatteur.

FM : Tanguy Ndombele, qui était avec vous chez les Espoirs, a été appelé avec les A lors des deux derniers rassemblements. Selon vous, quel sera le prochain d’entre vous à être convoqué avec les Bleus ?

P.B : Le prochain ? Je pense qu’il peut y en avoir pas mal. C’est dur à dire.... Allez, je pense à Issa Diop (il est derrière) ou Abdou Diallo. En tout cas, je pense que ce sera l’un des deux, je l’espère pour eux.

FM : Et pourquoi pas vous ?

P.B : Non... (rires)

FM : Pourtant vous avez été appelé à chaque fois en équipe de France chez les jeunes depuis 2013. Rejoindre les A, ce serait le prochain objectif. Que vous manque-t-il pour atteindre cette marche ?

P.B : Honnêtement, c’est loin. C’est très très loin. Je préfère gravir les échelons en club, grandir tranquillement. Et puis il y a l’Euro et peut-être les JO à jouer, donc ça fait beaucoup d’objectifs. Il y aussi du monde devant. Donc à moi de travailler, à moi de tout faire pour en tout cas (...) Je dois continuer à jouer, engranger du temps de jeu et de l’expérience, progresser dans les aspects où j’en ai encore besoin et puis après, soit ça vient, soit ça ne vient pas. Mais en tout cas, je dois tout faire pour. Il faut être régulier car à notre poste je pense que c’est le plus important.

FM : Je reviens quelques années plus tôt dans votre carrière. Le 6 mars 2015, vous avez joué votre premier match chez les professionnels avec l’ESTAC contre Clermont, en L2. Quel souvenir en gardez-vous ?

P.B : C’est énorme. C’était le premier, donc je m’en souviendrai toute ma vie. En plus, on avait gagné 2 à 0, j’avais fait un clean-sheet en faisant plutôt un bon match. C’est vrai que c’était rempli d’émotions. C’était le début d’une histoire. C’était vraiment super cool, mais c’est vrai que c’était assez particulier la préparation de ce match. Tu ne sais pas trop. Honnêtement, tu as peur de te rater. Et plus tu joues, plus tu te rends compte que ta carrière ne se fait pas sur un match et elle ne se défait pas non plus sur un match. En soi, il fallait juste commencer à un moment. C’était un beau clin d’œil en plus car l’année dernière j’étais à Clermont.

Bernardoni évoque ses envies pour son avenir

FM : Depuis vous avez continué à enchaîner les matches. En quoi avez-vous progressé depuis ce 6 mars 2015 ?

P.B : Sur beaucoup de choses...(rires) Je pense que j’ai progressé dans la globalité, sur mon jeu aérien et sur le jeu en profondeur. Notre poste demande ça aussi. Je pense que j’ai progressé sur ça, mais aussi sur mon jeu au pied, même si je pense qu’il faut que je pense encore quelques caps à ce niveau. Il faut également que j’arrive à mieux gérer les temps forts et les temps faibles. Mais c’est en train de venir tranquillement. De toute façon, ça ne vient qu’en jouant. Donc à moi de continuer à être régulier pour engranger de l’expérience.

FM : Ce que vous êtes allé chercher à Nîmes, où vous êtes prêté cette saison. Comment jugez-vous votre début de saison là-bas ?

P.B  : C’est plutôt satisfaisant. Je suis assez satisfait de mon début de saison. Pour parler de l’aspect collectif, c’est plutôt intéressant. Il ne faut pas oublier que l’on est un promu donc c’est assez compliqué. Mais on a montré de bonnes choses. Il va falloir que l’on prenne des points assez rapidement aussi, car mine de rien derrière ça se resserre aussi. On voit aussi que devant il y a la possibilité de rattraper des équipes. Donc on va tout faire pour prendre le maximum de points. Moi, personnellement, je suis plutôt content. À moi de continuer et d’être régulier car un gardien on ne le voit que par sa régularité.

FM : Avec votre club, vous jouez le maintien et vous êtes un peu plus exposé à votre poste. Est-ce que ça vous permet de progresser encore plus ? Sentez-vous que vous avez plus de responsabilités ?

P.B : Ça dépend. Avec Nîmes, il y a des matches où je vais être pas mal sollicité. Donc c’est clair et net qu’il y a beaucoup d’arrêts à faire. On essaye d’être costaud dans les airs. Alors qu’en sélection, je vais avoir un ou deux ballons à gérer mais ce sont aussi des matches compliqués. Si on veut aller jouer au haut niveau, on se rapproche plus des matches comme ça. Ces deux types de matches font progresser. Donc je suis content car je peux avoir des matches plus tranquilles en sélection mais où j’aurais un arrêt à faire et il faut le faire, et avec Nîmes, tout dépend des rencontres mais il y en a certaines où je suis pas mal exposé. Ce week-end, on a terminé le match à neuf donc tu sais que tu vas avoir pas mal de boulot. J’essaye de faire au mieux. Après, il y a certains matches où l’on sort déçu forcément car quand on perd on se dit qu’on n’a pas fait les arrêts qu’il fallait. Mais c’est une expérience super intéressante, en espérant qu’elle soit belle au final.

FM : Vous avez eu des expériences passées parfois compliquées, je pense à votre passage à Bordeaux. Est-ce que ça vous a aidé à passer un cap malgré tout ?

P.B : Oui ! Mentalement surtout. Quand on ne joue pas, c’est surtout le mental qui est touché. Quand on est un footballeur, on est compétiteur. On a qu’une envie, c’est de jouer. Et quand malheureusement on ne joue pas, c’est assez compliqué. Moi, ça m’a surtout aidé mentalement pour gérer les moments où on est un peu dans le dur. On va moins se morfondre sur certaines choses. Je pense honnêtement que ça m’a vachement servi et je m’en sers encore aujourd’hui. Il y a certains matches où on est déçu de soi-même et où on se dit, souviens-toi il y a un an et demi quand tu ne jouais pas. Mais il vaut mieux être déçu d’un match que de ne même pas être dans le groupe. C’était une étape plutôt compliquée, mais aujourd’hui, avec le recul, je suis heureux d’en ressortir grandi.

FM : Justement vous vous êtes relancé du côté de Clermont. Repartir de plus bas était finalement une chose positive pour vous...

P.B : Oui, complètement, car quand personne ne te veut en première division, il faut savoir redescendre d’un échelon. Le Clermont Foot est venu me chercher. Je ne croulais pas non plus sous les propositions. J’avais bien réfléchi et discuté avec les gens là-bas et puis ils m’ont ouvert cette porte. Il s’est avéré que ça a été une porte magnifique. Honnêtement, j’en suis plus qu’heureux. Si c’était à refaire, je le referais mille fois. Je suis très heureux de ce choix.

FM : Une autre porte s’est ouverte cet été à Nîmes.

P.B  : Je l’ai toujours dit, je veux jouer et je veux continuer à engranger de l’expérience. Quand j’ai eu la proposition de Nîmes, mon choix a été vite fait.

FM : Vous êtes à un poste particulier. Est-ce facile, malgré votre jeune âge, de recadrer des coéquipiers parfois plus âgés que vous ?

P.B : Quand j’étais plus jeune, oui. J’ai commencé assez tôt, à 16 ou 17 ans. Parfois, c’était compliqué. Quand un joueur plus âgé vient te voir et te dit "tu nous gueules dessus, il n’y a pas de problème, c’est ton rôle", c’est plus facile. Mais quand on est dans le match, on oublie l’âge. On a un poste à responsabilités donc il faut les prendre. Je n’ai aucun scrupule s’il faut engueuler un joueur à un moment et ça ne me dérange pas si je me fais engueuler par un mec parce que c’est comme ça.

FM : Entre Clermont et Nîmes, cela fait maintenant deux saisons que vous êtes prêté. Avez-vous envie d’un projet un peu plus stable à présent ?

P.B : Je ne sais pas. En tout cas, ce que je veux c’est jouer. Donc on verra à la fin de la saison ce qu’il va se passer. On espère accrocher le maintien avec le Nîmes Olympique. On va tout faire pour. On va se battre. On prendra le temps d’en discuter. Mais c’est clair et net que je veux jouer.

Un modèle nommé Coupet

FM : Avez-vous un plan de carrière en tête ?

P.B : Non, pas spécialement. Mais je veux toujours être en progression. Ça c’est l’objectif. Moi, je suis heureux en jouant. Donc je vais chercher à être heureux plutôt qu’autre chose. Donc on va dire que mon plan de carrière ce sera de jouer le plus de matches possible.

FM : Jouer à l’étranger, est-ce une possibilité ?

P.B  : Je ne sais pas. Peut-être que comme tout footballeur, j’en aurais envie à un moment. Mais pour le moment, je vous avouerai que je suis dans mon truc et on verra bien. Comme beaucoup, j’aime bien le championnat anglais. Je trouve que c’est un championnat qui est assez sympa. Les cinq grands championnats sont sympas. La Ligue 1 est un championnat vraiment bien. Dans tous les cas, si c’est pour jouer au plus haut niveau, il n’y a aucun problème.

FM : Quel gardien est votre modèle ?

P.B : C’était Grégory Coupet quand il était à Lyon. J’étais totalement fan. C’était mon idole. Là, parmi les gardiens modernes, c’est Manuel Neuer (Bayern Munich). J’aime beaucoup David de Gea (Manchester United) ou Jan Oblak (Atlético). Après, quand on voit ce que Gianluigi Buffon fait, c’est exceptionnel. Parmi les Français, il y a Hugo Lloris.

FM : Quel est le meilleur actuellement selon vous ?

P.B  : C’est dur à dire il y en a tellement...Il y a tellement de niveau. Par rapport à la régularité, je vais dire Jan Oblak.

FM : Quelle qualité vous piqueriez à un de ces gardiens aujourd’hui ?

P.B : Neuer, je lui prendrais bien son jeu au pied (sourire).

FM : Vous avez croisé pas mal d’attaquants. Lequel vous a donné le plus de difficultés ?

P.B : Un qui a été vraiment embêtant cette année, c’est Radamel Falcao. Dos au jeu, c’était vraiment difficile pour guider mes défenseurs dans le placement parce qu’il n’arrêtait pas de bouger. Il y a aussi Edinson Cavani. Je l’ai trouvé vraiment costaud. On sent qu’il ne lui faut pas énormément d’occasions. Donc c’est assez compliqué quand on est gardien car on se dit que ça peut venir de partout. Il y a en a eu d’autres aussi...Jouer en Ligue 1 et croiser ces joueurs de classe mondiale, ça permet de passer un palier, de franchir un cap. C’est génial de jouer des matches comme ça.

FM : De quel arrêt ou de quel match êtes-vous le plus fier ?

P.B : J’étais content de moi après le match face à Monaco quand on a fait 1-1. Il y a pas mal de matches comme ce week-end où j’ai fait pas mal d’arrêts mais où au final on a perdu quand même. Il y a certains matches où on sort un peu frustré ou déçu de soi-même.

FM : Dans une interview, j’ai lu que vous avez une passion pour le cyclisme. D’où cela vous vient ? En quoi cela vous sert dans le football ?

P.B : C’est venu comme ça. Je n’ai pas une famille qui aime le vélo. Mais moi j’ai toujours accroché avec ce sport. J’ai eu un coup de cœur pour ce sport. Je m’y intéresse énormément. Je ne pense pas que ça m’a aidé dans le foot. Mais ça m’évite de trop regarder de foot. Je m’intéresse à plusieurs sports, je m’intéresse aussi aux cyclistes. Après, ce que j’aime bien regarder c’est combien de temps ils bossent aux entraînements. Je m’inspire beaucoup de ça. On ne peut pas réussir en claquant des doigts comme ça. Il faut travailler. Donc je regarde aussi ce que font les rugbymen pour m’inspirer d’eux. J’essaye de transposer ça dans le foot. On ne peut pas faire autant par moment, mais ça peut être intéressant.

FM : Avez-vous une autre passion un peu surprenante ?

P.B : J’aime bien promener mon chien (rires). J’aime bien aller me promener, j’aime la nature. Des choses simples finalement. Mais je suis une personne simple. Dans mon métier, je suis un bosseur. À côté de ça, je prends du temps pour promener mon chien, m’aérer la tête. Je ne suis pas du tout Play Station, objet high-tech...Je suis plus du genre à aller me promener, découvrir des endroits. On m’a toujours dit qu’il fallait rester soi-même. J’essaye de l’être le plus possible.

FM : Comme Kylian Mbappé, mais pour d’autres raisons, on vous parle souvent de votre âge. Est-ce que ça vous agace ou ça vous fait sourire ?

P.B : Ça me fait rire honnêtement. Quand c’est méchant, bien sûr c’est débile. Mais quand c’est une bonne vanne, il faut l’avouer et se marrer. Comme j’ai dit je ne suis pas dupe, je sais que je fais plus vieux que mon âge. Mais ça ne me pose aucun problème. Même si parfois sur les réseaux il y a beaucoup de critiques, il faut avouer que certaines vannes sont très bonnes et me font sourire. Moi, je ne le prends pas mal du tout.