Si des centres de préformation ont fleuri un peu partout en France, suite à ce que le milieu de la formation footballistique française appelle « l’effet Ben Arfa » - le Parisien avait, en 2002, rejoint l’Olympique Lyonnais en provenance de l’INF Clairefontaine, à tout juste 14 ans, en échange d’une prime à la signature de 130 000 euros - et si dès 13 ans les clubs de l’Hexagone proposent ce qu’on appelle des « accords de non-sollicitation » (ANS), permettant en quelque sorte aux plus grandes formations de notre championnat de piocher et mettre de côté les jeunes talents repérés dans les clubs amateurs, l’âge arrêté par la Ligue de Football Professionnel pour débuter une formation de footballeur professionnel est aujourd’hui de 15 ans. En France, les jeunes footballeurs qui préparent une carrière de joueur professionnel dans l’un des 36 centres de formation du football agréés par la FFF peuvent se voir proposer différents types de contrats.

Apprenti, aspirant, stagiaire ou élite, il s’agit de contrats dits « de la LFP », destinés à des joueurs amateurs, évoluant dans des structures professionnelles. Des contrats qui prouvent la volonté du club d’ouvrir les portes du monde professionnel au jeune joueur, mais qui sont également une façon de sécuriser celui-ci et de juguler la fuite des talents vers des ailleurs dorés. Des contrats qui permettent, avant tout, aux jeunes espoirs du football, comme aux clubs, d’être juridiquement protégés par les conventions de la Ligue professionnelle. Si le « marché » des espoirs du football n’échappe pas au dérèglement, la bulle spéculative qui ne cesse d’enfler autour du monde du football ne touche pas nécessairement les jeunes pépites qui se rêvent en Kylian Mbappé du futur. Parfois, la frilosité des entités hexagonales à faire confiance à leurs jeunes promesses complique la trajectoire des jeunes footballeurs, qui doivent redoubler d’efforts pour déjouer les pronostics.

La convention, signe de l’hésitation du club

En dehors des contrats, qui génèrent parfois des sommes pharaoniques, les clubs français ont la possibilité d’offrir des conventions à leurs jeunes joueurs. Si le joueur conventionné est déjà au-dessus de ses petits partenaires simples licenciés, réaliser son rêve de devenir un jour footballeur professionnel demandera quelques efforts supplémentaires. En effet, « si les clubs disposant d’une structure pro font signer une convention, c’est avant tout parce qu’ils ont des doutes sur les capacités du joueur à devenir un jour professionnel, » déclare Bernard Collignon, agent de joueur. Cet accord, passé entre le club et la famille, est enregistré à la Ligue. Inconvénient pour le joueur, il n’est pas rémunéré. Risque pour le club, si un club de catégorie supérieure est intéressé par un joueur conventionné, il ne bénéficiera pas de la même protection juridique que pour un joueur sous contrat. Peut-être l’un des exemples les plus criants, l’international espoir Moussa Dembélé était sous convention lors de sa formation au PSG, ce qui avait permis à Fulham de l’attirer à moindre coût en 2012, alors que le natif de Pontoise n’était âgé que de 16 ans (360 000 euros).

Le contrat apprenti, quand le joueur est un employé du club

Premier contrat et premier petit pas vers le monde professionnel. Le contrat apprenti implique, comme son nom l’indique, que le joueur suive une formation dans un centre de formation d’apprentis, en parallèle de sa formation footballistique. La formation de l’apprenti fait l’objet d’un contrat d’une durée de deux ans, qui peut être paraphé de 15 à 17 ans. Le contrat d’apprentissage fait de son titulaire un salarié du club à part entière. Il doit donc travailler pour le club pendant la durée du contrat. Un travail qui doit être en relation directe avec la profession de footballeur. Le joueur acquiert des connaissances administratives et commerciales de base, effectue des calculs comptables et commerciaux simples relatifs aux factures, aux fiches de paie, etc. Ces enseignements sont destinés à le préparer à une reconversion dans une activité commerciale ou administrative et au sortir de ces deux années d’apprentissage, le joueur passe l’examen du CAP des Métiers du football. Un diplôme qui participe à la reconversion du jeune, en cas de pépin, ou en prévision de l’après-carrière et qui permet surtout à l’apprenti, qui a rejoint le centre de formation après le collège, de parfaire son éducation.

Le contrat aspirant, les portes du monde professionnel

Echaudé par la fuite de ses talents, le Paris Saint-Germain, a, en ce début de saison, fait signer deux contrats aspirant à des jeunes pépites de son centre de formation. Tous deux âgés de 15 ans, le milieu de terrain Kay Ruis et le défenseur central Thimothé Pembele sont désormais liés contractuellement avec le club de la capitale jusqu’en 2020. Ce type de contrat, dont la durée maximale est fixée à trois ans, est proposé aux joueurs âgés d’au moins 15 ans. Un âge auquel seuls les joueurs déjà émancipés et aux qualités bien au-dessus de la moyenne se voient proposer ce type d’accord. Lié à la Ligue de Football Professionnel, le contrat aspirant sert de protection au club, vis à vis du joueur et des clubs concurrents. S’il souhaite acquérir un joueur sous contrat aspirant, le club concurrent devra, après accord entre toutes les parties, payer un transfert. Le joueur ne peut pas non plus décider de quitter le club en résiliant le contrat de manière unilatérale.

Le contrat stagiaire, encore un petit effort...

Stade intermédiaire entre le contrat aspirant (ou apprenti) et le contrat professionnel, le contrat stagiaire s’inscrit dans la continuité de la formation d’un jeune joueur. Alors que son contrat aspirant se termine à ses dix-huit ans, le jeune footballeur peut se voir proposer un contrat stagiaire allant d’une à deux saisons. Le joueur poursuit sa formation jusqu’à ses vingt ans, espérant atteindre la consécration en signant un premier contrat professionnel. Les joueurs stagiaires ont la particularité de pouvoir être prêtés une saison dans d’autres clubs disposant de centres de formation, et/ou dans des clubs de divisions inférieures (L2, National 1, National 2). Un bon moyen pour emmagasiner du temps de jeu et, parfois, taper dans l’œil de ses propres dirigeants. Outre la confiance accordée par le club envers le joueur à qui est proposé le contrat stagiaire, cette nouvelle étape est un signe de professionnalisation en terme de salaire. Le joueur passé stagiaire après avoir déjà évolué au sein d’un club de Ligue 1 sous contrat apprenti ou aspirant, touchera, au minimum, entre 2800 et 5600 euros brut par mois, entre la première et la troisième année de contrat. Si ce contrat apparaît comme le dernier palier avant le monde pro, de nombreux clubs sautent cette étape pour proposer directement un contrat professionnel à leurs jeunes joueurs. Sans forcément de garanties, mais avec la ferme intention d’éviter de se faire voler un crack en devenir.

Le contrat élite, à double tranchant

Suite logique d’un contrat apprenti ou aspirant, situé à mi-chemin entre le contrat stagiaire et le contrat professionnel, le contrat élite a des allures d’assurance tous risques. Proposé à des joueurs âgés de 18 à 19 ans, ce contrat offre de parfaire, pendant deux saisons maximum, la formation professionnelle d’un joueur désireux d’embrasser la carrière de footballeur, puis, de l’engager pour une durée de trois saisons correspondant à un premier contrat professionnel. Un pack complet, reliant formation et premier contrat professionnel à première vue très attirant. Souvent proposé à des joueurs étant habitués aux sélections nationales espoirs, ce contrat peut sembler contraignant à plus d’un titre. Lys Mousset est un exemple des limites de ce contrat que les agents rechignent de plus en plus à faire parapher à leurs protégés. Formé au Havre, l’attaquant très prometteur, alors âgé de 18 ans, avait, en 2014, signé un contrat élite (5 ans) en faveur du club doyen. Et dès sa deuxième année de contrat, le club évoluant en Ligue 2 lui avait fait confiance. Titularisé aux côtés de joueurs au statut professionnel, Mousset avait alors explosé lors de la saison 2015/16, inscrivant 14 buts et délivrant 3 passes décisives en 28 matches avec le HAC.

Le contrat élite devient vite une galère pour le jeune joueur. Parmi les meilleurs jeunes de sa génération et de la nation, Mousset réussit en Normandie et souhaite renégocier son contrat élite, en contrat professionnel. Le salaire minimum d’un contrat élite de moins de 20 ans en Ligue 2 étant fixé à 3220 euros brut par mois. Mais le club n’a aucune raison de se presser, le joueur étant lié pendant 5 années par ce contrat élite. Un joueur sous contrat élite qui fait gagner l’équipe en pro, il n’y a pas le feu chez les dirigeants du HAC. D’un autre côté, de nombreuses formations européennes se pressent au portillon pour s’attacher les services de l’attaquant précoce. Là encore, le club est protégé par le contrat élite. Toute équipe désirant recruter Lys Mousset doit alors s’acquitter des trois années de contrat restant. Qui serait prêt à débourser une somme astronomique pour s’attacher les services d’un jeune joueur, qui n’a réalisé qu’une seule saison, en deuxième division française ? Aucun club de Ligue 1 ne prendrait ce risque. A l’été 2016, alors qu’il lui reste encore 3 années de contrat, Lys Mousset est finalement transféré à Bournemouth, pensionnaire de Premier League, pour 7,3 millions d’euros. Un record pour le club havrais.

Quelle rémunération pour ces « contrats jeunes » ?

L’aspect le plus important de ces contrats réservés aux jeunes talents réside dans le fait qu’il s’agit de contrats rémunérés. « Ce facteur accentue la valeur juridique de ces derniers, » déclare l’agent Bernard Collignon. La charte professionnelle de la LFP prévoit une rémunération minimale en fonction de la catégorie du centre de formation dans lequel le joueur se voit proposer un contrat. Ligue 1, Ligue 2 ou National. Cette rémunération varie également en fonction du type de contrat proposé. Lorsque l’on sait que les joueurs sous convention ne touchent pas un centime, reste à se pencher, sur les contrats apprenti et aspirant. La Ligue de Football Professionnel applique une rémunération minimale commune pour ces derniers, établie en fonction de l’année de contrat (1ère, 2e, 3e), et du championnat dans lequel évolue le club (Ligue 1, Ligue 2, National 1). Un jeune aspirant de 15 ans qui évolue dans le centre de formation d’un club de Ligue 1 sera rémunéré 495 euros bruts par mois lors de sa première année, alors qu’il touchera 707 euros lors de sa troisième et dernière année. Un barème instauré par la Ligue et donné à titre indicatif. Les grosses écuries de Ligue 1 n’hésitant pas à proposer des sommes bien supérieures. « Les clubs essaient d’attirer les joueurs financièrement et vont bien au-delà des salaires de référence émis par la LFP. Le PSG n’hésite pas à donner aux familles 200 000 euros pour s’attacher les services de leur enfant, » rapporte Bernard Collignon.

La rémunération du contrat stagiaire varie, elle, en fonction du nombre d’années de celui-ci. Pour un stagiaire évoluant dans un club de Ligue 1, qui a signé pour une période d’un à deux ans, le salaire mensuel brut sera compris entre 1061 et 1202 euros. Pour un contrat de trois ans, le salaire variera de 1400 euros pour la première année, à 2800 euros pour la troisième. Enfin, le joueur passé stagiaire après avoir déjà évolué au sein du club sous contrat apprenti ou aspirant, touchera entre 2800 et 5600 euros brut par mois, entre la première et la troisième année de contrat. Chez les joueurs ayant signé un contrat élite, toujours dans un club de Ligue 1, le salaire minimum varie en fonction de l’âge. Les moins de 19 ans toucheront 2 660 euros bruts mensuels, quand les moins de 23 ans émargeront à 5 600 euros. Il faut bien souvent diviser cette somme par deux ou trois pour obtenir les salaires des jeunes joueurs évoluant en Ligue 2 ou en National 1. Il est à noter que, plus les joueurs sont fidèles au club et plus le salaire grimpe au fil des années. Un joueur qui avait débuté par un contrat apprenti ou aspirant, qui aura enchaîné avec un contrat stagiaire à ses dix-huit ans, touchera un salaire plus important que le joueur qui aura débuté par un contrat stagiaire. En ce sens, le premier contrat professionnel d’un joueur, qui a paraphé plusieurs contrats (apprenti, aspirant, stagiaire, élite) auparavant, tiendra compte de cette ancienneté dans le calcul du salaire.

De la difficulté à faire confiance, à la peur de la fuite

Il y a plusieurs saisons, un club du haut de tableau de Ligue 2 accueille un jeune joueur repéré dans le championnat de district d’Ile de France. Une recrue de plus pour intégrer le vivier du club, en laquelle celui-ci émet quelques doutes sur ses capacités à devenir un jour professionnel. Alors que l’agent du joueur souhaite parapher un contrat aspirant, le club choisit finalement l’option de la convention (3 ans). Non rémunérée. Le joueur explose lors de sa première année et très vite, des clubs de Premier League manifestent leur intérêt. Après un an passé au centre de formation de ce club de Ligue 2, le joueur décide de rejoindre l’Angleterre. Au lieu de verser les dizaines de milliers d’euros requis au titre de l’année de formation effectuée par le joueur en France, la convention permet au club anglais de rapatrier le joueur conventionné sans avoir à débourser le coût d’un transfert. À la demande du club de Ligue 2, qui se sent floué, la LFP, qui n’est pas en mesure d’intervenir légalement dans ce conflit, convoque le club, l’agent et la famille du joueur. A l’amiable, le club anglais verse finalement une somme à l’entité de Ligue 2, qui n’était pas couverte pour palier un éventuel transfert, puisqu’il s’était refusé à faire signer un contrat dit « LFP » au joueur.

Selon l’agent de ce joueur, le principe des contrats chez les joueurs des centres de formation est à double-tranchant. « D’un côté, ces contrats ont été mis en place par la Ligue pour protéger les clubs, qui se faisaient piller. Mais ces derniers sont également pris en otages par les familles et les joueurs. On menace d’aller voir ailleurs, on fait monter les enchères. Un contrat a un coût à l’année et les clubs se retrouvent obligés de signer un peu tout le monde, sans garantie de succès, par peur de voir filer de jeunes pépites chez la concurrence  ». D’un autre côté, les clubs se montrent parfois frileux. « La mentalité française veut qu’on ne donne pas trop. Un club qui a des moyens peut faire signer quelques jeunes sous convention. Mais à 15 000 euros l’année pour un gamin sous contrat, il a tout intérêt à blinder ses jeunes pépites. Qu’a-t-il à perdre ? ». Selon l’agent, l’Olympique Lyonnais est l’exemple à suivre. Doté d’une équipe de formation bien structurée, à l’expérience reconnue, le club du président Aulas ne fait que peu d’erreurs.

Le jeune latéral gauche Louis Nganioni s’était par exemple vu offrir sa chance par l’Olympique Lyonnais, en juillet 2015. À tout juste 20 ans, après cinq années passées au centre de formation et avoir toujours fréquenté les équipes de France jeunes, il avait paraphé un contrat professionnel de 3 ans chez les Gones, sans jamais parvenir à s’imposer par la suite. Il avait été ensuite prêté à Utrecht (Pays-Bas), puis au Stade Brestois, en Ligue 2. Un exemple marquant d’une prise de risque jugée nécessaire par l’agent interrogé. « Louis Nganioni n’avait peut-être pas le niveau pour la Ligue 1, mais il a signé un contrat pro. Le club a pris le risque. Il va forcément en tirer quelque chose. Et puis, tu ne réussis pas à tous les coups. Au final, le gamin est boosté par cette signature et cela lui est bénéfique pour la suite de sa carrière ». Selon lui, il est plus malin pour un club de faire signer un contrat professionnel à un jeune joueur, sachant qu’une inconnue subsiste, que de multiplier les conventions par peur du flop. « Au pire, le joueur peut aller s’aguerrir dans un autre club, en Ligue 2 par exemple. Au mieux, il pourra être transféré à l’étranger. Le club n’est jamais perdant, surtout s’il dispose d’un certain prestige ». A 20 ans, le joueur à qui le club ne propose pas de contrat professionnel est quant à lui libéré, à moins qu’un statut amateur ne lui soit proposé. Le début d’une nouvelle aventure, loin des projecteurs.