Foot Mercato : Vous êtes passé par plusieurs clubs dont l’INF Clairefontaine avant de rejoindre Strasbourg où vous avez débuté votre carrière professionnelle en 2004. Quel souvenir en gardez-vous ?

Loïc Damour : Avec le recul, je n’en garde que de bons souvenirs. C’est le club qui m’a fait confiance depuis tout petit et qui m’a permis de faire mes débuts en professionnels alors que j’étais jeune. Je leur dois beaucoup et je leur en serai toujours reconnaissant. C’est mon club de cœur.

FM : Malgré tout, avez-vous des regrets ?

L.D : J’ai le regret d’être parti au moment de la liquidation judiciaire et quand le club descendait en CFA 2. C’était mon plus grand regret. J’étais triste d’abandonner le club. Ils se sont bien remis depuis, je n’avais pas de doute là-dessus. On va dire que je n’ai pas de regrets dans le sens où c’est ça qui fait que j’en suis là aujourd’hui. Mais avec du recul, je n’avais pas du tout le comportement adéquat quand j’étais à Strasbourg. J’étais un petit merdeux, un petit con à l’époque. Le mec qui se voyait déjà arrivé alors qu’il n’avait rien fait. C’est la jeunesse qui veut ça. Heureusement, j’ai rectifié le tir et j’ai pris conscience assez tôt que j’étais en train de prendre la mauvaise direction.

FM : À cette époque au RCSA, vous aviez par exemple été nommé capitaine à 19 ans avant de rendre vous-même le brassard. C’était un geste fort.

L.D  : Vu les joueurs qu’il y avait, j’estimais que ce n’était pas mon rôle d’être capitaine dans cette situation et lors de cette année qui était charnière pour le club. Donc c’était très compliqué. Moi, après deux années de banc en tant que jeune pro, je débutais ma première saison en tant que titulaire. Pour moi, c’était un peu trop d’avoir le brassard étant donné les joueurs qui étaient dans l’équipe. Après une discussion avec les cadres et le coach, il a été décidé que c’était mieux pour moi de ne pas occuper ce rôle.

FM : Vous avez dit que vous étiez un "petit merdeux". Que dirait le Loïc Damour d’aujourd’hui au Loïc Damour de cette époque ?

L.D  : C’est une bonne question. Je me dirais plein de choses. Il faut déjà savoir si la personne en face de vous est réceptive ou non. Si vous voyez qu’elle ne l’est pas, vous ne vous fatiguez plus. Avec le recul, je sais que certaines personnes ont essayé de me faire passer des messages. Mais je n’écoutais personne, pas même mes parents. À un moment donné, plus personne ne me disait rien. J’allais droit dans le mur. Il a fallu tomber à un moment sur une personne et ça a marché. Si j’étais en face du Loïc de cette époque, je lui ferais passer des messages.

« J’étais un petit merdeux »

FM : Suite à votre départ de Strasbourg, vous avez pas mal bourlingué et vous avez connu quelques galères.

L.D : J’ai eu deux carrières. Ma première, avant mes 20 ans et avant ma blessure à Boulogne-sur-Mer. C’était le Loïc Damour passé par toutes les équipes de France chez les jeunes avec la génération 91. Un joueur à qui on prédisait un bel avenir, à qui on n’osait rien dire par peur de le froisser. On me laissait faire ce que je voulais quitte à parfois laisser de côté l’éducation. Mine de rien, quand on est jeune et qu’on rejoint les centres de formation, ce sont les coaches qui ont un peu ce rôle d’éducateur. Moi, je n’écoutais personne. Je me voyais loin alors que je n’avais rien fait. Au final, je l’analyse un peu comme ça, mais je pense que la vie m’a fait payer toute cette prétention, toute cette arrogance. Je n’étais pas forcément une mauvaise personne. J’avais vraiment la mauvaise approche du métier. J’étais le gars qui avait la grosse tête, qui prenait certainement les gens de haut. Je n’avais pas un mauvais fond, mais je pense que c’était l’innocence d’un gamin qui se voyait déjà arriver. Après Strasbourg, j’ai rejoint Boulogne-sur-Mer. La première partie de saison s’est passée moyennement bien. La seconde n’a pas été du tout bien. Je n’avais pas trop de temps de jeu, le club descendait en National. À la reprise, en attendant mon départ, je me suis blessé aux ligaments croisés. J’ai fait cinq mois de rééducation à Clairefontaine. Je dirais que cette période a été un gros mal pour un bien parce que ça a été le renouveau. À un moment donné, il y a eu une prise de conscience. J’ai pu analyser pourquoi et comment j’en étais arrivé là. Je me suis remis en question et j’ai essayé de changer pas mal de choses dans ma vie. Je me suis fixé une nouvelle ligne directrice que j’essaye encore de suivre aujourd’hui. Cette blessure m’a fait du bien et m’a permis de me retrouver.

FM : Mais ce n’était pas terminé pour vous...

L.D : Il y a eu la blessure où là j’ai touché le fond. Mais ce n’était pas assez. J’avais tellement eu d’arrogance, de prétention dans la vie que la blessure ce n’était que le début de la galère. J’ai résilié mon contrat à Boulogne-sur-Mer. Je faisais une croix sur deux années de contrat, ce qui était quand même une certaine sécurité. J’ai suivi mon agent de l’époque pour signer en D2 en Belgique (au RWDM Brussels FC). Ce n’était pas du tout le même niveau qu’en France. Il n’y avait pas les mêmes assurances sportives qu’ici. Ça devenait précaire pour moi. Mais je pense qu’il me fallait une épreuve encore plus dure pour bien prendre conscience des choses. Mais malgré tout ça, je n’ai jamais douté sur le fait que j’allais revenir à un niveau correct, que je pourrais accrocher quelque chose. Je ne me suis jamais dit qu’il fallait penser à passer des diplômes, qu’il fallait me réorienter. J’ai accepté les choses. J’ai quitté la L2 et un certain confort et je me suis retrouvé en D2 Belge avec un niveau financier précaire. Quand vous gagnez bien votre vie et que vous vous retrouvez six mois avec un salaire divisé par deux ou trois, ça vous fait drôle.

FM : La situation n’était plus vivable et vous avez décidé de reprendre les choses en mains.

L.D : Au bout d’un an, j’ai résilié mon contrat et je suis rentré en France pour repartir de zéro. J’ai pris mon téléphone. La deuxième personne qui m’a tendue la main et je l’en remercierais jamais assez, c’est Michel Estevan que j’avais eu à Boulogne. Un an et demi après mon départ, je l’ai rappelé et il avait l’équipe de Fréjus en National. Il ne pouvait pas me recruter mais il m’a proposé de descendre avec ma famille et de venir m’entraîner avec eux, de profiter des structures. Il m’a accueilli les bras ouverts. Je le remercie. Il m’a offert une belle opportunité. J’étais au chômage mais j’ai fait quatre mois avec eux de février à juin. L’année d’après, il m’a proposé de repartir avec eux en National. J’ai essayé de repartir de zéro, de mettre les choses passées de côté pour aller de l’avant. Je suis revenu en toute humilité. C’était un tout nouveau Loïc. J’ai fait un an, ça s’est bien passé. J’ai retrouvé un bon niveau de jeu ce qui m’a permis de partir à Bourg-en-Bresse deux ans. Mon histoire c’est ça. Il y a eu un Loïc avant et après la blessure.

FM : À la fin de votre contrat avec Bourg-en-Bresse, Cardiff est venu vous chercher. Comment cela s’est passé ? Était-ce inespéré ?

L.D : Comme je vous ai dit, je n’ai jamais douté, sans certitude mais avec de la confiance en moi quand même. Le truc c’était de repartir à zéro, de tout donner et de voir ce qu’il se passait. Je ne projette plus. J’ai fait un an en National et j’ai tout donné pour revenir en Ligue 2. J’ai fait une bonne saison puis j’ai eu la chance de pouvoir signer à Bourg-en-Bresse. Ce n’était pas facile parce qu’à l’époque j’ai dû faire des essais. Mais ce n’était pas un problème pour moi de revenir par la petite porte. Ça s’est bien passé et j’ai pu y rester. Les six premiers mois étaient compliqués. Le coach ne me faisait pas confiance. Ce que j’ai eu en deuxième partie de saison où j’ai pu enchaîner les matches. Je n’avais signé qu’un an et ils m’ont proposé de prolonger. J’ai dit ok mais je ne voulais signer qu’un an. Je ne voulais pas être bloqué en fin de saison pour peut-être aller plus haut. Après une bonne saison, mon agent m’a appris qu’il discutait avec Cardiff. Donc j’étais forcément surpris et content. Donc c’était ma priorité et ça s’est fait naturellement. J’ai foncé !

Ne pas lâcher le morceau à Cardiff

FM : Vous vous êtes imposé dans une formation qui évoluait en Championship et qui est montée en fin de saison. C’était une belle revanche j’imagine...

L.D : Je suis arrivé dans l’inconnue à Cardiff. J’ai été briefé par mon agent qui avait joué en Angleterre par le passé. Donc j’ai gagné du temps sur l’adaptation, les codes. J’ai eu la chance aussi de tomber sur des francophones dans l’équipe, donc j’ai été super bien intégré. En Angleterre, si tu ne fais pas les efforts, ils ne les feront pas pour toi. Donc j’ai fait les efforts. Je kiffais, j’arrivais de Bourg-en-Bresse je me retrouvais à Cardiff. Il fallait prouver directement car personne ne me connaissait (...) Je ne me suis pas pris la tête et j’ai réussi à m’imposer. On a fait une saison extraordinaire et on est monté. Cette année, c’est un peu plus difficile comme prévu. Mais on a notre championnat à nous. Le top 10 de la Premier League, ce n’est pas pour nous. On va s’accrocher et tout donner. L’état d’esprit est bon.

FM : Quel a été le rôle de Neil Warnock, votre coach ?

L.D  : C’est lui qui décide de tout donc il a validé ma venue. L’année dernière, il avait misé sur plusieurs joueurs qui étaient en League One. On est monté en fin de saison, mais à la base on n’était pas conditionné pour jouer les premières places. Neil Warnock est un coach reconnu, il a plusieurs montées à son actif. Il a 70 ans. C’est un coach à l’anglaise et à l’ancienne. Il a été l’élément déterminant dans ma venue.

FM : De votre côté, vous n’avez joué que 3 matches dont 2 en championnat. N’est-ce pas trop difficile à vivre ? Si la situation perdure, un départ est-il envisageable cet hiver ?

L.D : Cette année, c’est un peu plus compliqué pour moi. Des choix ont été faits. Le deal n’a jamais été de partir comme il me reste deux années de contrat. C’est le rêve de beaucoup de joueurs de jouer en Premier League. Pour moi encore plus vu d’où je viens. J’ai été sollicité mais pour moi il était hors de question de partir en prêt en Championship. Je savais très bien que ce serait difficile, qu’il y aurait de la concurrence, etc... Je ne partais pas numéro un. Mais dans ma tête, je me suis toujours dit que je ne partirais pas tant que je n’aurais pas essayé. Je donne tout jusqu’au mois de décembre et si ma situation n’évolue pas, je serais peut-être amené à réfléchir. À 28 ans, il faut jouer. Six mois comme ça, ça va. Tu ne pars pas sans avoir essayé. Mais par contre en décembre on fera un premier bilan.

FM : Votre mental s’est forgé durant toutes les épreuves que vous avez traversées par le passé. Est-ce que ça vous aide justement à tenir le coup et relativiser à présent ?

L.D : Oui, clairement. Mine de rien, ici, je ne suis pas dans mon pays, je ne suis pas chez moi. En Angleterre, ils n’ont pas le temps. Il y a un effectif conséquent, de la concurrence. Quand tu ne joues pas, tu n’existes pas. Donc c’est là où il faut être fort. Cette difficulté, tu peux aussi l’avoir en France. Mais le fait de la vivre à l’étranger, elle est doublée. Je ne connais pas les caractéristiques de tous ces joueurs qui ont fait des allers-retours entre la France et l’Angleterre. Moi, je ne le comprenais pas. Je comprends un plus à présent. Au-delà du niveau qui n’a rien à voir, quand tu as des périodes difficiles, ici ce n’est pas facile du tout.

FM : Revenir en France, est-ce une idée qui peut vous plaire ?

L.D : Mon pays, ça reste la France. Bien sûr, ça peut être une option. Mais à l’heure actuelle, je ne suis pas en train de penser aux options. Je verrai en décembre. Mais si vous me demandez si je veux rester en Angleterre ou rentrer en France en décembre, je vous réponds que je préfère continuer en Angleterre.

FM : Vous avez évolué en équipe de France chez les jeunes avec Alexandre Lacazette (Arsenal). Est-ce que son parcours vous donne des idées ?

L.D : Je pense que chacun fait le chemin qu’il a à faire. Il n’y a pas à rattraper le temps perdu. Ce qui s’est passé s’est passé. Il faut rester sur sa ligne directrice et donner le maximum. C’est clairement ça ma logique. Je n’ai pas d’objectif ou d’envie particulière à court ou long terme, je vis le moment présent. Ce qui vient c’est simplement la conséquence des actes.

FM : Est-ce que plus jeune vous vous projetiez déjà trop ?

L.D : Exactement. J’étais à Strasbourg, je me voyais à Manchester United (sourire). Tu es en équipe de France, Liverpool, Milan appellent. Tu as 17 ans, tu ne joues pas en Ligue 2 et tu demandes au coach pourquoi tu ne joues pas. A l’heure actuelle, un joueur de 17 ans qui fait ça, je le remets en place tranquillement. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Moi, je ne voulais pas calculer. J’avais 17 ans, j’étais en L2 et j’étais sollicité. Donc je me disais pourquoi on ne me fait pas jouer. Alors qu’à Strasbourg, tu n’avais pas des peintres au milieu de terrain. Je n’étais pas dans ce délire. C’était la jeunesse. Je ne sais pas si c’est une erreur. Quand tu es jeune et que tu n’as pas l’entourage adéquat, il faut faire attention. Avec du recul, on peut se dire qu’il fallait faire les choses différemment. Mais au final, c’est ce qui m’a forgé.

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