Série A

Neuf ans après la tragédie aérienne, Chapecoense va rebriller dans l’élite brésilienne

Neuf ans après le crash aérien qui avait décimé son équipe et bouleversé le football mondial, Chapecoense a retrouvé l’élite brésilienne. Une remontée chargée de symboles pour un club et une ville qui ont dû se reconstruire dans la douleur, entre hommages aux disparus, années de galères sportives et combat quotidien pour exister à nouveau au plus haut niveau.

Par Valentin Feuillette
5 min.
Chapecoense @Maxppp

Neuf ans ont passé, mais à Chapecó, certaines nuits n’ont jamais vraiment pris fin. Le 28 novembre 2016, le vol 2933 de LaMia s’écrase dans les collines colombiennes, à quelques kilomètres de Medellín. À son bord, la quasi-totalité de la Chapecoense, staff, dirigeants et journalistes compris, en route vers la première finale internationale de l’histoire du club. Le monde du football se fige. 71 morts, six survivants seulement. La Chapecoense, modeste club du sud du Brésil, venait de gravir les marches du rêve continental après une ascension fulgurante depuis les divisions inférieures. En quelques secondes, ce conte moderne se transforme en cauchemar absolu. Les images des cercueils alignés sur la pelouse, les hommages planétaires, le silence lourd des stades resteront à jamais gravés dans la mémoire collective.

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Ce drame dépassait immédiatement le cadre du sport. Il touchait à l’intime, à l’humain, à l’injustice brute. L’entraîneur Caio Júnior, disparu dans l’accident, avait confié avant le départ que, s’il mourait ce jour-là, il partirait heureux. Une phrase devenue insoutenablement prophétique. La finale de Copa Sudamericana ne se jouera jamais, mais sera attribuée à Chapecoense dans un geste symbolique de l’Atlético Nacional. Le football mondial se rassemble derrière le slogan #ForçaChape, Pelé, Maradona, clubs et supporters du monde entier promettent aide et solidarité. Pourtant, derrière l’émotion, une réalité cruelle s’impose : il ne restait presque plus rien. Trois joueurs survivants, des familles endeuillées, un club vidé de son âme sportive.

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Un retour dans l’élite célébrée

La reconstruction commence alors dans un mélange de dignité, d’urgence et de douleur sourde, presque permanente. Il faut tout refaire, immédiatement, sans jamais avoir vraiment le temps de faire son deuil : reformer une équipe, respecter les engagements contractuels, présenter onze joueurs sur une feuille de match, continuer à jouer comme si le football pouvait reprendre son cours normal. Dès 2017, la Chapecoense retrouve la compétition, propulsée en Copa Libertadores par solidarité continentale. Un symbole fort, mais brutalement confronté à la réalité du terrain : les hommages ne marquent pas de buts et la mémoire, aussi lourde soit-elle, ne suffit pas à combler le vide sportif laissé par la tragédie. Les saisons s’enchaînent alors dans une forme d’instabilité chronique, faite d’espoirs fragiles, de sursauts ponctuels et de désillusions répétées. Les entraîneurs se succèdent, les effectifs sont reconstruits année après année, sans continuité ni certitudes, pendant que le club cherche désespérément une identité nouvelle, entre respect du passé et nécessité d’avancer. Derrière des résultats souvent irréguliers, se joue une bataille bien plus intime : comment exister sans trahir la mémoire des disparus ? Comment célébrer une victoire sans culpabilité, accepter une défaite sans y voir un échec moral ? À Chapecó, chaque match devient un acte de résistance, chaque maintien une respiration, chaque saison bouclée une victoire silencieuse contre l’effondrement.

Puis viennent les années de galère pure, celles où la survie devient un objectif plus pressant que l’ambition. La relégation en Série B en 2019 agit comme une nouvelle déflagration, ravivant le sentiment d’une chute sans fin. Certes, la remontée immédiate en 2020, au terme d’un championnat disputé dans le silence irréel des stades vides à cause de la pandémie, offre un court répit, presque un mirage. Mais l’illusion se dissipe rapidement. Dès 2021, Chapecoense replonge dans l’élite avec fracas et redescend aussitôt, incapable de s’installer durablement parmi les siens. S’ouvrent alors des saisons étouffantes, passées à regarder derrière soi plus qu’à lever les yeux vers l’horizon, avec des classements à la lisière de la relégation en Série C, là où l’histoire du club aurait pu basculer dans l’oubli. La pression est constante, les finances fragiles, les projets sportifs sans cesse remis en question, et le poids du passé toujours présent, comme une ombre impossible à distancer. Pourtant, au cœur de cette instabilité, quelque chose tient bon. Une forme de résistance intime, nourrie par de nouveaux dirigeants qui refusent de lâcher, des employés restés par fidélité plus que par confort, et des supporters qui continuent de remplir l’Arena Condá avec la conviction que Chapecoense ne peut pas être réduite à une tragédie. Dans cette obstination silencieuse se forge, lentement, le socle du renouveau.

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En 2025, enfin, la lumière revient. Une saison maîtrisée, un groupe soudé, une troisième place synonyme de montée en Série A. À l’issue du match décisif, les célébrations prennent une dimension presque sacrée. « Salut, la Série A ! Nous sommes de retour ! », a écrit le club de Chapecoense après sa victoire contre l’Atlético Goianense (1-0). Sur la pelouse, un enfant et un homme marchent côte à côte : le fils d’un joueur disparu et Neto, l’un des survivants du crash. Le passé et le présent réunis, sans mots inutiles. « Dieu m’a permis de tenter de revenir au football, mais je n’y suis pas parvenu. J’ai alors accepté l’invitation du président de Chapecoense, Paulo Magro, décédé pendant la pandémie des suites de la Covid-19, à travailler au sein du club. J’ai eu le privilège de remporter le championnat de Chapecoense et la Série B brésilienne. Après cela, j’ai compris que ma mission était d’aider les gens à comprendre le sens de la vie », a déclaré Neto. À l’approche des 10 ans de la tragédie, le club brésilien a d’ailleurs annoncé un maillot hommage à l’Atlético Nacional de Colombie et aux victimes du crash. Chapecoense retrouve l’élite brésilienne, non comme un miracle sportif isolé, mais comme l’aboutissement d’un combat de neuf ans pour se relever sans oublier. Rebriller, oui, mais autrement, avec la mémoire comme fondation et la résilience comme identité.

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