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Franck Honorat, M’Gladbach : « ça serait le rêve pour moi de jouer une compétition européenne »

À 29 ans, Franck Honorat s’épanouit en Allemagne du côté de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie au Borussia Mönchengladbach. Arrivé, il y a trois saisons, l’ex-joueur de Brest est aujourd’hui un des cadres du club allemand (11 buts et 30 passes décisives en 79 matches toutes compétitions confondues). Positionné comme milieu offensif droit, piston droit, il multiplie les bonnes performances en enchaînant les centres et les passes décisives depuis son arrivée. Le natif de Toulon a accepté de se livrer à Foot Mercato et est revenu sur son choix de signer en Bundesliga, la culture foot en Allemagne et ses ambitions pour la fin de saison. Entretien.

Par Alexandre Chaillol
11 min.
Franck HONORAT borussia @Maxppp

Foot Mercato : Ça fait maintenant 3 ans que tu joues au Borussia Mönchengladbach en Bundesliga, tu es satisfait de ton choix d’avoir rejoint l’Allemagne ?

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Franck Honorat : j’étais dans ma zone de confort à Brest, mais je pense que j’avais pris une centaine dimension et c’était le moment de partir en France ou ailleurs. J’avais des amis qui étaient en Allemagne, comme Joshua Ghilavoghi et Jérôme Roussillon. Ils m’ont dit que c’était un championnat qui était fait pour moi, qu’il y avait beaucoup d’espace, qu’il y avait de l’intensité et que, vu que j’étais rapide, c’était un championnat où j’allais prendre du plaisir. Je suis quelqu’un qui n’aime pas rester trop, trop dans sa zone de confort, qui aime bien les nouveaux challenges. Donc, avec ma femme, on s’était dit une nouvelle langue, un nouveau pays, une nouvelle culture, etc. Ça pourrait être bien et ça pourrait donner un peu du peps à notre vie.

FM : quel a été le déclic pour prolonger au club jusqu’en juin 2029 ?

FH : ça a été une récompense par rapport à mes deux bonnes premières années. Moi, je m’y sentais bien et tout le monde était gagnant en prolongeant, que ce soit le club ou moi. J’avais d’autres sollicitations, mais ils ont bloqué la porte, ils n’ont été ouverts à aucune discussion. Je me suis dit qu’il me restait des années de contrat, ça ne servait à rien de se prendre la tête ou d’aller au clash parce que moi, je me sens bien ici. Ils m’ont bien accueilli, ils m’ont fait confiance.

« La Ligue 1 est plus tactique, mais moins plaisante à regarder que la Bundesliga »

FM : quelle est la plus grosse différence entre la culture foot en Allemagne et en France ?

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FH : c’est qu’il y a beaucoup plus de supporters ici qui viennent voir les matchs. Chez nous le stade est plein qu’on joue contre le premier ou le dernier, il y a 55 000 personnes tout le temps. L’ambiance, c’est la folie. Je suis allé voir un match à Düsseldorf en deuxième division, 45 000 personnes, le stade était complet. Après, c’est sûr que tu as des bonnes ambiances aussi en France mais ici ça fait familial. Quand tu viens, tu sais qu’il ne va pas y avoir d’embrouilles. Ma femme, elle vient avec les enfants. T’as une salle de jeux pour enfants avec des sièges pour eux dehors. T’as des nounous, des repas pour les enfants. Tout est fait pour que les gens aillent au stade et qu’ils se sentent bien, peu importe qui tu es.

FM : tu as joué plus de 130 matchs de Ligue 1 et une soixantaine de matchs de Bundesliga, quelles sont pour toi les plus grosses différences entre les 2 championnats ?

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FH : la grosse différence, c’est qu’il y a beaucoup plus d’espace en Allemagne. Beaucoup de gens disent que les défenseurs sont moins forts, qu’il y a trop de buts, mais c’est juste qu’il y a beaucoup plus d’intensité. À Brest, quand j’avais le ballon, j’avais le temps de faire un contrôle, de lever la tête, de faire une passe. En Allemagne, tu n’as pas le temps. Tu as deux ou trois joueurs qui te chassent, tu ne comprends pas d’où ça vient. Une fois, j’ai vu notre latéral faire un pressing sur le gardien adverse. Jamais tu ne peux voir ça en France. En Ligue 1, les équipes sont plus en bloc. Jusqu’à une certaine partie du terrain, tu as le temps de faire un contrôle, de regarder, de lever la tête. Mon premier match ici, on gagne 3-0 à la 35e minute du match. Et à la fin du match, 4-4. Tu pètes ta tête. En France à 3-0, le défenseur va mettre un grand dégagement dans les appartements à côté. En Allemagne, le joueur veut faire une passe ou tenter un dribble. Il pense qu’il y a 0-0. En Allemagne, ça veut toujours jouer. Je pense que les stades sont pleins parce qu’il y a du spectacle aussi. C’est rare de voir un 0-0 en Allemagne. La Ligue 1 est plus tactique, mais moins plaisante à regarder que la Bundesliga.

FM : ton profil, est-il parfaitement adapté à ce championnat en particulier ?

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FH : forcément, parce que c’est un championnat qui est ouvert, ça joue en contre-attaque. Il y a beaucoup d’occasions dans un match, que ce soit d’un côté ou de l’autre. C’est un jeu pour moi, il y a beaucoup de situations. Tu prends du plaisir parce que tu centres plus, tu tires plus au but et en tant que joueur, c’est cool. Après, ce n’est pas parce qu’il y a plus d’espace que c’est facile, je cours beaucoup. Quand tu as le ballon et que tu as couru pendant 80 mètres et qu’il faut que tu refasses 60 mètres pour attaquer. Il faut savoir rester lucide. Ok, tu as des espaces, mais si tu n’as pas cette lucidité de faire la bonne passe au dernier moment, ça va être compliqué.

FM : tu sembles être un des leaders de cette équipe sur les terrains par tes performances et ton statut, quel rôle as-tu dans le collectif ?

FH : je leur ai toujours dit, si vous voulez que je sois un leader, ne comptez pas sur moi, je ne vais pas crier sur tout le monde dans le vestiaire, je ne vais pas prendre la parole. J’aime bien, quand j’ai de l’affinité avec les joueurs, discuter en tête-à-tête. On a pas mal de jeunes aussi ici, j’aime bien leur parler. Tu vas dire un mot ou un truc à un jeune, il va être trop content. Par exemple, tu vas lui dire, j’aime bien quand tu centres continue ce que tu fais. Pour toi, ce n’est rien, mais pour lui, ça va être quelque chose d’important. Je vais essayer de lui dire des choses pour le mettre en confiance, pour qu’il se sente bien.

FM : vous vivez une saison un peu compliquée avec une 12e place en Bundesliga. Il reste 9 matchs de championnat, quelles sont vos ambitions pour la fin de saison ?

FH : notre ambition c’est juste de se maintenir. Cette année, il y a eu beaucoup de renouveau, un nouveau coach, de nouveaux joueurs, des jeunes joueurs. Le but c’est se maintenir et après souffler, et voir ce qu’il va se passer l’année prochaine. Là, il n’y a plus rien à aller chercher. Il y a tout qui est loin. De toute façon, je pense que ça fait trois ans que c’est la même chose. Encore les deux premières années, ce n’était pas non plus de la folie, mais ça allait. Cette année, c’est chaud, je pense vraiment que l’objectif c’est juste de se maintenir.

« Les allemands disent que les Français, on est toujours à la dernière minute. »

FM : comment sont perçus les joueurs français qui jouent en Bundesliga selon toi ?

FH : ils aiment bien notre mentalité, on travaille sur le terrain et puis en dehors, on a cette joie de vivre. Juste, ils disent que les Français, on est toujours à la dernière minute. Pour un meeting à 14 h en vidéo, ils sont là 15 minutes avant. Moi, je viens à 58, 59, tranquille et ils disent qu’on est toujours à la dernière minute. Mais après, je pense qu’ils sont contents parce qu’on a une bonne mentalité et c’est ça qui compte.

FM : tu as connu plusieurs joueurs français à Monchengladbach mais un se détache Manu Koné, que penses-tu de son ascension en club et en Bleus ?

FH : quand on le voyait aux entraînements ou en match, on voyait qu’il avait cette puissance, cette qualité technique. Juste, ce qui le freinait un petit peu, c’était ses blessures. Tu sentais déjà qu’il avait une marge de progression pour faire quelque chose. De là à être en équipe de France, ça a été très vite. Et en plus il a fait ses matchs et il est resté.

FM : un retour en France, en Ligue 1, est-il envisageable avant la fin de ta carrière ? Un autre championnat, t’attire-t-il ?

FH : franchement, moi, je suis bien en Allemagne, je ne vais pas te mentir. Après, on ne sait jamais de quoi est fait demain. J’ai fait mes saisons, j’ai un peu tout vu. Si je fais trois mois de fou furieux et qu’un club en Ligue des champions ou en Ligue Europa vient pourquoi pas, ça serait le rêve pour moi de faire une compétition européenne. Sinon, je ne vais pas te mentir, le soleil me manque. Juste une bonne qualité de vie où je peux me balader tranquille avec mes enfants, profiter de la vie et tout, prendre un peu le soleil, je pense.

« Kingsley Coman est celui qui m’a le plus choqué »

FM : tu as joué quelques matchs dans les catégories de jeunes en équipe de France. Quels joueurs t’ont le plus impressionné par leur talent ?

FH : Kingsley Coman est celui qui m’a le plus choqué. Après, il y en avait un autre, un petit, Lyes Houri. Il venait de Valenciennes. Tout petit, tout fin, pas de muscles. Trop technique de fou, il faisait la misère à tout le monde. Je crois qu’il a fait quelques matchs comme ça, par-ci, par-là dans des pays moins connus. Comme quoi, des fois, il y a des joueurs qui te choquent, tu te dis qu’ils sont trop forts et au final, ils ne percent pas au très haut niveau européen.

FM : tu penses que les Bleus sont capables de remporter la Coupe du monde cet été ? Comment réagirais-tu s’il y a France-Allemagne ?

FH : ce serait magnifique. En-tout-cas, je le souhaite. Ils ont les joueurs pour faire quelque chose cet été. S’il y a France-Allemagne, je serai là pour chambrer mes coéquipiers. Des fois, je leur dis que ce n’est plus l’Allemagne du passé. Avant, vous étiez trop forts, mais maintenant, c’est différent. Eux, ils me disent “attends, cette Coupe du Monde, tu verras” mais moi, je leur dis “c’est vous vous allez voir". C’est bon enfant, c’est pour rigoler, ça fait partie de la vie d’un vestiaire.

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