SPL

L’Al-Shabab de Yacine Adli et Yannick Carrasco traverse une situation ubuesque

Malgré le prestige grandissant du football saoudien, Al-Shabab se retrouve au cœur d’un imbroglio digne d’une farce, où le licenciement lunaire de Imanol Alguacil expose les coulisses chaotiques d’un championnat pourtant bâti à coups de millions.

Par Valentin Feuillette
3 min.
AlShabab @Maxppp

Le football saoudien n’a jamais autant occupé l’espace médiatique qu’aujourd’hui. Depuis deux ans, la Saudi Pro League s’est imposée comme un acteur incontournable du marché mondial, attirant stars confirmées, anciens Ballons d’Or et internationaux européens à coups de contrats vertigineux. À chaque mercato, les clubs du Golfe s’invitent dans les négociations les plus scrutées, capables de faire basculer un transfert en quelques heures grâce à une puissance financière devenue presque intimidante, et nous l’avons encore vu ces dernières semaines avec la colère de Cristiano Ronaldo, le transfert controversé de Karim Benzema ou encore l’échange entre N’Golo Kanté et Youssef En-Nesyri. Cette stratégie d’exposition massive s’inscrit dans une logique d’influence globale, puisque le championnat ne veut plus seulement exister, mais aussi rivaliser symboliquement avec les grandes ligues européennes. Et entre annonces spectaculaires, présentations grandioses et chiffres affolants, la ligue saoudienne est devenue un feuilleton permanent dont chaque épisode nourrit débats, fascination… et parfois stupéfaction.

La suite après cette publicité

Mais derrière les projecteurs braqués sur les locomotives du royaume, les coulisses racontent une autre histoire. Depuis 2023, le Public Investment Fund orchestre une restructuration profonde du paysage local en contrôlant directement quatre institutions majeures : Al Hilal, Al Nassr, Al Ittihad et Al Ahli. Chacun possède un rôle stratégique dans ce dispositif pensé comme une vitrine nationale. Même si d’autres écuries comme Neom, Al Ettifaq ou encore Al Qadsiah ont su aussi profiter de la lumière pour s’inviter avec les quatre mastodontes du PIF, tous les clubs ne bénéficient pas du même traitement, loin de là. Certains évoluent dans une réalité financière beaucoup plus modeste. C’est le cas d’Al Shabab, formation moins exposée mais pourtant loin d’être anonyme, puisqu’on y croise des noms familiers du public européen comme Vincent Sierro, Yacine Adli, Yannick Carrasco, ou Wesley Hoedt. Un paradoxe presque cruel où des équipes peuvent évoluer dans une ligue milliardaire sans disposer soi-même des moyens qui font la réputation de cette nouvelle place forte du football mondial.

Imanol Alguacil viré sans être mis au courant

Et puis survient l’épisode qui fait basculer le récit dans l’absurde. Samedi matin, l’entraîneur Imanol Alguacil se présente normalement au centre d’entraînement… avant d’être stoppé net à l’entrée. Accès refusé. Staff bloqué. Joueurs introuvables. La scène ressemble davantage à une mauvaise caméra cachée qu’à une routine professionnelle. Quelques minutes plus tard, la raison tombe : il est licencié. Sans entretien préalable, sans réunion, sans discussion. Sa lettre officielle l’attend tranquillement sur son bureau, comme un colis administratif oublié. L’Espagnol, médusé, réclame des explications et annonce vouloir consulter son agent. Selon le quotidien Al-Riyadiyah, les tensions avec le président Abdulaziz Al-Malik couvaient depuis plusieurs semaines, notamment après des désaccords publics et des attitudes jugées humiliantes dans le vestiaire. Mais même dans un milieu habitué aux limogeages express, la mise en scène relève du théâtre surréaliste. En effet, l’ancien coach de la Real Sociedad a été interdit d’entraîner, prié d’aller lire son propre renvoi comme une humiliation jouissive pour certains, puis renvoyé chez lui comme un intrus.

La suite après cette publicité

La suite est encore plus folle. Dimanche, l’entraîneur revient au siège, déterminé, pour exiger l’intégralité du salaire correspondant aux dix-huit mois restants de son contrat. Refus catégorique de céder. Bras de fer juridique en vue. Pendant ce temps, le club, actuellement 14e avec 19 points, nomme en urgence le technicien des U17, Abdullah Al-Mutairi, comme intérimaire. Le porte-parole Mohammed Al-Shehri, lui, décline tout commentaire et renvoie vers le président… injoignable par la presse. Ajoutez à cela des jeunes joueurs du centre de formation, campant le rôle de gardes du corps pour empêcher l’accès à certaines zones des infrastructures d’entraînement et vous obtenez un tableau digne d’une satire sportive. Dans une ligue qui dépense des fortunes pour paraître ultra-professionnelle, voir un coach bloqué à la porte comme un visiteur sans badge donne au feuilleton des allures de comédie burlesque. Le contraste est saisissant. D’un côté, des milliards injectés pour bâtir une super-puissance footballistique. De l’autre, une scène digne d’un sketch de Surprise sur prise !, où un entraîneur apprend son sort en découvrant une lettre posée sur son bureau. Même pour un championnat habitué aux excès, difficile de faire plus ubuesque.

La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Copié dans le presse-papier