Southampton, Yan Valery : « c’est sûr que c’est flatteur si l’OM venait à s’intéresser à moi »

Débarqué en Premier League à l'âge de seize ans, Yan Valery poursuit, aujourd'hui, sa progression sous les couleurs de Southampton. Désormais âgé de 23 ans et après deux saisons plus que contrastées, le latéral droit franco-tunisien évoque son parcours, son quotidien au Royaume de Sa Majesté et ses ambitions pour la suite de sa carrière. Entretien.

Yan Valery sous le maillot de Southampton.
Yan Valery sous le maillot de Southampton. ©Maxppp

Foot Mercato : bonjour Yan Valery, avant de revenir sur votre actualité, pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

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Yan Valery : je suis originaire de Champigny-sur-Marne dans le 94, j’ai commencé le football là-bas à l’âge de 6 ans, mais j’ai très vite arrêté pour essayer d’autres sports. J'ai tenté les arts martiaux, le tennis, mais je continuais à jouer au football à l’école et avec mes potes dehors et en primaire, les surveillants allaient voir ma mère pour lui dire qu’il fallait me réinscrire au foot. Aux alentours de mes 8 ou 9 ans, elle m’a donc réinscrit et après ça je n’ai joué que pour Champigny-sur-Marne. Le Champigny FC94 et puis après aux tests de Clairefontaine, Rennes m’a repéré et donc je suis allé faire des tests à Rennes qui ont été concluants. J’ai signé à Rennes, j’ai fait deux ans là-bas et après le tournoi de Montaigu que j’avais fait avec les 98 (génération 1998) l’année d’avant, je l’ai joué avec les 99 et sur cette année-là, il y avait plusieurs clubs intéressés pour me recruter, dont Southampton. Moi dès que j’ai entendu Southampton, je voulais aller en Angleterre, je savais que c’était un très bon club formateur, je n’ai même pas réfléchi, je suis allé là-bas, j’ai fait mes classes, je suis passé par les U18 puis U23 très tôt, avec les plus grands avant d’intégrer le groupe professionnel à l’entraînement vers l’âge de 17 ans ou 18 ans. Et à 19 ans j’ai donc fait mes débuts contre Leicester en Coupe de la Ligue avant de faire mes débuts en Premier League le week-end d’après contre Manchester United à la maison…

FM : pourquoi avez-vous décidé de quitter Rennes si tôt pour rejoindre Southampton ?

YV : pour plusieurs raisons, la première déjà, c’est que j’ai toujours voulu jouer en Angleterre donc je ne voulais pas passer à côté d’une telle opportunité. C'était un rêve pour moi d'aller là-bas. La deuxième raison, c’est qu'au moment du tournoi de Montaigu, beaucoup de clubs m’ont montré de l’intérêt et à ce moment-là, Southampton s'est montré convaincant. Une chose est sûre, Rennes c’était un super club formateur et d’ailleurs je ne leur cracherai jamais dessus, Rennes m’a aidé sur plein de choses, j’ai vraiment progressé avec eux. Je suis content de cette expérience, mais dès que j’ai eu l’opportunité de l’Angleterre... J’aime trop l’Angleterre, en plus apprendre à parler la langue, etc donc je me suis dit « je vais aller là-bas ».

«Ousmane Dembélé à Rennes, il m’a vraiment choqué !»

FM : dans la continuité de vos propos, est-ce que vous pouvez du coup me parler d’Ousmane Dembélé que vous avez côtoyé dès votre plus jeune âge ?

YV : il était incroyable après comme tout le monde sait, déjà le fait d’avoir les deux pieds, c’est incroyable et pour lui que ce soit le droit ou le gauche, c’est exactement la même chose, la même précision. Il était juste au-dessus. Je me souviens une fois parce que lui il a deux ans de plus que moi, déjà il était surclassé et un jour il s’est entraîné avec son groupe de la génération 97 et moi j’avais fait un entraînement avec eux et je me souviens on fait un entraînement où on fait buts rapprochés. On était tous libres et le coach il le met en joker avec seulement trois touches parce que sinon pour lui c’était trop facile, mais même avec trois touches bah… c’était trop facile pour lui (rires). Il est trop fort ce joueur, quand il te fait feinte de frappe ou autre, tu ne peux absolument rien faire, il est au dessus du lot, c’est tout c’est comme ça. Avant d’arriver à Rennes, on m’avait proposé les clubs phares de Paris comme le Paris FC ou Créteil. J’avais vu de très bons joueurs, mais quand je suis arrivé à Rennes, j’ai vu la différence, un autre monde. J’avais regardé les matches de la CFA et je suis tombé sur des joueurs comme Wesley Said ou d’autres encore et là tu comprends que c’est très très fort. Et Ousmane à Rennes, il m’a vraiment choqué.

FM : pouvez-vous nous parler de votre intégration en Angleterre ?

YV : je suis parti à Rennes à l’âge de 14 ans donc j’étais déjà habitué au fait de ne pas être avec ma famille, ça m’a aidé. Quand je suis arrivé à Southampton, ce qui est bien avec ce club, c’est que c’est très familial, ils font en sorte de te mettre dans les meilleures conditions, ils sont là pour toi, ils t’aident. Au début, j’ai intégré une famille d’accueil et c’était super. Encore aujourd’hui je suis en contact avec cette famille d’ailleurs, c’était super. J’étais forcé à parler anglais aussi, ils ont fait exprès de ne pas me mettre avec un Français, car il y avait un autre joueur français quand je suis arrivé du coup je me suis retrouvé avec deux Irlandais. C’est un contexte qui m’a permis de vite progresser en anglais et c’est beaucoup plus simple après pour s’intégrer. Ce qui m’a également aidé, c’est qu’à ce moment-là, le coach des U23 c’était Radhi Jaïdi, un Tunisien qui parlait parfaitement français, donc il m’a aidé pendant les entraînements, notamment au moment des consignes pour que je comprenne bien. Les débuts là-bas se sont vraiment bien passés.

FM : et quelles différences avez-vous ressenties en termes de football ?

YV : dès le début, lors de la présaison, j’ai dit « ok là, l’intensité c’est un truc de ouf ». Je savais dès le départ parce que c’est la Premier League et que tout le monde a cette même idée sur l’intensité de ce championnat, mais à ce point… À l’entraînement et dès le plus jeune âge, j’étais avec les U18, c’était ma première présaison là-bas, j’avais fait ma petite préparation à Paris avant d’arriver, mais là-bas, c’est un autre monde. En fait, on fait beaucoup de ballon, mais c’est toujours sur des grandes surfaces, des grands terrains donc pour le cardio, etc, c’est quelque chose. Tu cours partout, ça ne s’arrête jamais, dès que tu perds la balle, faut défendre directement, il n’y a pas une seule pause. Le contre pressing notamment, franchement c’est très intense. J’ai su m’adapter vite et vu que mon style de jeu en tant que latéral c’est box-to-box, je me sentais bien dans cette philosophie.

Un latéral droit polyvalent

FM : toujours pour mieux vous connaître, vous évoluez donc au poste d’arrière droit. Pouvez-vous nous parler de votre profil de joueur ? Vos forces ? Vos axes d’amélioration ?

YV : je me considère comme un latéral box-to-box, j’aime beaucoup aller de l’avant, mais je sais aussi que je dois défendre. Lors de la dernière année, j’ai aussi appris à jouer défenseur central, ce que je ne pensais pas… Ce n’est pas que je ne pensais pas être capable de le faire, mais vu que je suis quelqu’un qui aime aller de l’avant, j’avais peur avec ce nouveau poste d’être restreint. Après je prends ce qu’il y a à prendre et si le coach il veut me faire jouer là, il sait que je vais faire mes matches. Au final, j’ai fait cette nouvelle expérience, j’ai appris d’autres choses, je voyais un match d’un autre angle, j’ai appris au niveau de ma vision du jeu, dans ma façon de défendre. C’est bien d’avoir ça dans le CV. Au niveau de mes axes de progression après, je suis honnête, il y a toujours des choses sur lesquelles on peut progresser, mais mon jeu de tête peut largement être amélioré. Apprendre aussi à rester lucide parce que parfois quand je suis fatigué je vais faire quelques erreurs de passes. La concentration, c’est quelque chose qu’on me dit depuis que je suis jeune donc je sais que je dois gagner en régularité à ce niveau-là. Globalement, depuis mon arrivée en Angleterre, j’ai énormément progressé.

FM : vous signez finalement votre premier contrat professionnel avec les Saints en janvier 2019, comment accueillez vous cette nouvelle ?

YV : j’étais fier et puis surtout pour ma famille et mes amis, leur montrer que je ne suis pas parti de France pour rien. Pour moi, à partir du moment où tu vas dans un autre pays, j’étais obligé de réussir. Après, le contrat pro n’est pas une fin en soi pour moi parce que ça ne veut rien dire tant que tu n’es pas sur le terrain. Il y a plein de joueurs qui signent professionnels et à la fin il y a rien donc oui j’étais content, mais c’était surtout pour ma famille et mes proches.

FM : pour votre première saison chez les professionnels en Premier League, vous réalisez des débuts plus que prometteurs en 2018-2019, pouvez-vous nous parler de ce joli départ avec le groupe pro des Saints ?

YV : oui c’était super et je n’avais aucune peur, j’étais surtout excité. Je me souviens de mon premier match contre Manchester United, c’était à la maison et je me souviens, tous les joueurs venaient me parler, ils pensaient que j’étais stressé, mais j’étais juste super excité. Dans ma tête je me disais « ah, mais je vais voir comment Paul Pogba joue, comment je peux défendre sur lui etc ». J’étais vraiment super content et toute la saison s’est déroulée comme ça où on enchaînait face à des grosses équipes. J’étais trop heureux, je jouais contre des joueurs que j’avais vus à la télé. Je me souviens contre Chelsea d’avoir affronté Eden Hazard, j’étais surexcité, je savais que j’allais apprendre et en même temps je n’avais aucune envie de le laisser passer. Il n’y avait aucune peur, que de l’envie d’aller au combat. Cette saison était vraiment incroyable.

«Ce match face à Manchester United, je m’en rappellerai toujours !»

FM : vous marquez notamment un but d’anthologie face à Manchester United en mars 2019, comment vit-on un tel moment et qu’est-ce qui se passe dans votre esprit à ce moment-là ?

YV : franchement j’étais dans un état de confiance maximal. Tu vois quand les joueurs tentent n’importe quoi et ça marche, bah à cette époque j’étais comme ça. Avant le but, il y a Charlie Austin et Nathan Redmond, ils viennent me voir parce que je dribblais de temps en temps et ils me disent : « tu sais, tu n’es pas obligé de dribbler, une bonne touche et tu peux envoyer un bon centre ou même tirer ». Moi je suis jeune, première saison, ils sont rentrés dans ma tête et donc je reçois ce ballon de la gauche, ma première touche est parfaite et dès que j’ai vu mon contrôle, je me suis dit «ah c’est parti, il faut envoyer » (rires). J’étais vraiment confiant, tout le match, je fais une très bonne rencontre et on a d’ailleurs failli obtenir un résultat positif contre eux. Ce match je m’en rappellerai toujours.

FM : la suite a finalement été plus délicate : 11 apparitions en Premier League lors de la saison 2019-2020, un retour en équipe réserve, 4 petites apparitions en PL2 lors de l’exercice suivant, un prêt peu abouti à Birmingham en Championship... Comment avez-vous vécu ce trou d'air de plus de deux saisons ?

YV : les gens ne savent pas tout, il y a eu beaucoup de choses durant cette période. Déjà j’ai eu une mononucléose infectieuse donc pendant 4-5 mois j’étais OUT, je ne pouvais pas jouer, je ne pouvais rien faire du tout, même m’entraîner je ne pouvais pas. N’importe quel effort physique, je pouvais contracter des problèmes pulmonaires. Je ne pouvais pas prendre de risques. Juste après ça, le Covid est arrivé, on a dû arrêter le championnat donc cette saison-là c’était vraiment dur. Après c’est plus personnel, mais ma mère avait aussi de graves problèmes de santé. Tous ces éléments ajoutés, ce n’était vraiment pas facile, j’étais jeune, je sortais seulement d’une moitié de saison chez les professionnels. Et même si je me pensais très fort mentalement, la vérité c’est que ce n’était pas aussi simple de gérer tout ça.

«Je voulais sortir, appeler les journaux, dire que ce n’était pas vrai !»

FM : comment parvient-on à rebondir après un long passage à vide ? Qu’est-ce qui vous a permis de tenir bon et de rester focaliser sur l’objectif ?

YV : ce qui m’a surtout aidé dans cette période ce sont mes proches, tout le monde m’a dit de ne rien lâcher, que ce sont des moments qui pouvaient arriver dans une carrière de footballeur, que j’étais encore jeune. On m’a soutenu et c’est comme ça qu’on s’accroche avec la famille et les proches.

FM : de décembre 2019 à janvier 2020, vous avez été absent plusieurs semaines. Certains parlaient d’une sanction, d’autres d’une blessure, d’autres d’une infection virale. Il y a eu beaucoup de spéculations. Comment on réagit face à tout cela ?

YV : je ne vais pas mentir, moi je voulais sortir, appeler les journaux, dire que ce n’était pas vrai. En tout cas, au moins avoir cette chance de répondre, de dire les choses, mais mes proches et mon agent m’ont conseillé à ce moment-là en me disant de laisser parler. Ils ont raison au final, ça ne sert à rien. Il y aura toujours des gens pour rager, pour te descendre même avec des preuves sous les yeux. J’ai donc laissé, mais je dois avouer aussi que parfois ça me faisait mal, surtout pour ma mère ou mes proches qui lisaient ces choses, on savait que c’était faux, mais ça les atteint aussi. C’était dur, je ne vais pas dire le contraire, mais on a laissé couler, moi je sais ce que je vaux et je sais que tout ça, toutes ces mauvaises m’ont donné un mental encore plus fort, plus solide. Et puis nous on est croyant donc on sait que les choses n’arrivent pas par hasard.

FM : après cette période délicate, vous avez malgré tout retrouvé une place de titulaire au sein de la défense des Saints en fin de saison dernière, cela doit forcément vous faire plaisir ?

YV : oui, je fais mon retour lors d’un match de Coupe contre Chelsea. Je joue défenseur central dans une défense à cinq, première fois de ma vie que je joue à ce poste. Je ne vais pas mentir, l’entraînement avant ce match, je n’étais pas content. On avait eu qu’un entraînement parce qu’on venait de jouer en Premier League deux jours avant et je me souviens que je n'étais pas convaincu mais les joueurs sont venus me parler en me motivant, en me disant que je suis un très bon joueur et que je dois prendre ce qu’on me donne et le coach aussi est venu me voir pour m’expliquer ce choix. Au final, après le match, tout le monde m’a félicité, j’ai regardé mon match et je me suis rendu compte que c’était pas mal et on a continué comme ça. J’ai adoré le match contre Tottenham ensuite où on gagne et puis j’ai poursuivi dans ce rôle de central même à l’entraînement. J’ai commencé à trouver des repères, à demander des conseils aux autres défenseurs centraux et je suis content. Je reste professionnel, j’ai conscience du chemin effectué.

FM : quelles sont, aujourd’hui, vos relations avec le club de Southampton ?

YV : elles sont bonnes, j’ai été formé là-bas, je connais tout le monde, c’est un club familial donc les relations ont toujours été très bonnes.

«Je suis toujours à Southampton et on verra ce qui va se passer cet été !»

FM : vous êtes en fin de contrat en juin 2023, est-ce qu'on vous a d’ores et déjà parlé de prolongation ? Envisagez-vous un départ lors du mercato estival ?

YV : je ne préfère pas parler de ces choses-là. Il me reste un an de contrat, on va voir ce qu’il va se passer, je suis toujours à Southampton et on verra ce qui va se passer cet été.

FM : sans parler prolongation, ça fait plusieurs fois que votre nom revient avec insistance en France, à l'OM et à Nantes notamment. Est-ce que la Ligue 1 est un objectif pour vous ?

YV : je ne vais jamais cracher sur la Ligue 1, je suis Français, c’est sûr que la Ligue 1, si c’est un club du haut… il y en a beaucoup, même mon club formateur le Stade Rennais sort d’une superbe saison, tu vois aussi des clubs comme Strasbourg ou Lens, ça joue très bien. On connaît après les gros clubs avec Nice, Lyon, il y a beaucoup de très bons clubs et moi ça ne me dérangerait pas, un jour, de rentrer en France et de jouer là-bas, c’est sûr.

FM : la DNCG a rendu son verdict récemment… Est-ce que si l’OM revenait à la charge cet été, ça vous ferait plaisir ?

YV : (rires) je peux pas parler de ça, mais en tout cas c’est sûr que c’est flatteur si l’OM venait à s’intéresser à moi. On sait que c’est un très grand club en France donc personne ne va jamais cracher sur Marseille.

FM : vous avez affronté les plus grands attaquants de la planète football en Premier League, lequel vous a le plus impressionné ? Pour quelles raisons ?

YV : il y en a beaucoup, mais celui qui m’a le plus impressionné, je dirais que c’est Eden Hazard parce que franchement c’est le joueur tu ne peux pas prédire ce qu’il va faire et même quand il est dos au but, il est tellement vif. En fait il est complet, il est fort techniquement, mais il est aussi vif, costaud, super dur et avec lui tu es obligé de rester concentré jusqu’à la 90+4e minute. Il peut sortir un truc de génie à tout moment et pourtant contre nous il n’avait pas fait un match de fou, mais je sentais que c’était quelqu’un de spécial.

FM : vous êtes franco-tunisien, ancien international français U17 et U18, quelles sont vos ambitions au niveau de la sélection ?

YV : comme je l’ai toujours dit, je me concentre avant tout sur le club, car tu ne peux pas prétendre à la sélection si tu ne joues pas en club. Déjà je dois m’imposer en club, que je fasse mes matches, que je prouve et si tout ça arrive et seulement si ça arrive, je pourrais penser à la sélection.

FM : les Aigles de Carthage, c’est un objectif ou les Bleus restent prioritaires ?

YV : je ne ferme aucune porte des deux côtés, mais je n’ai pas la tête à ça aujourd’hui, car je reste focus sur mon club avec l’envie de jouer chaque week-end et de commencer à prouver ce que je sais faire. Après ça, on en reparlera.

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