Figure de l’Asociacion Atletica Estudiantes de Rio Cuarto, club de la Région de Cordoba, Maximiliano Comba évoluait depuis deux ans et jusqu’à cet été - l’hiver austral - dans le Torneo Federal A*, troisième échelon du football argentin, équivalent de notre Championnat de National 1. Il y a trois jours, celui qui avait l’habitude de briller devant le public clairsemé du stade Antonio Candini a paraphé un contrat d’un an, avec une option pour deux années supplémentaires, au Gimnasia y Esgrima La Plata, formation de première division du pays des gauchos. Et lorsque l’on se penche sur l’histoire récente de ce petit attaquant rapide et technique parfois affublé du numéro 8 et qui devrait faire le bonheur d’El Lobo, on se rend compte que son parcours est des plus surprenant.

Maximiliano Comba est né il y a 24 ans dans le petit village de 969 âmes de La Cautiva. Petit garçon au pays du Pibe de Oro, il était forcément destiné à jouer au ballon. Même si, en fait, il n’aimait pas beaucoup ça. « Maxi » aimait plutôt l’air de la campagne, courir derrière son père Francisco Alberto ou ses frères aînés. « Je n’ai jamais pensé que j’allais jouer au football. Dans ma famille ils sont tous gauchos, leur vie tourne autour des chevaux, leur éducation... Et j’ai toujours aimé ça aussi. J’adore la campagne... Et au contraire, c’était plutôt quand on venait me chercher pour aller jouer au ballon que je me cachais sous le lit pour ne pas y aller, » racontait le joueur dans une interview accordée au media argentin Perfil.

En Ligue Régionale il y a deux ans

Bien que réticent, un homme à l’œil averti le pousse à s’inscrire dans le club du patelin d’à côté. Jusqu’à ses 12 ans, Maxi évolue d’abord en Ligue Régionale de Football de Laboulaye, dans la ville de General Levalle, dans le club au nom commun d’Estudiantes. Et puis il gravit les échelons et passe au Recreativo Estrellas, petit club de la communauté de Jovita sous l’égide de la Ligue Régional de Football de General Roca, et enfin à San Martin de Vicuña Mackenna, club d’une bourgade de 9000 habitants, jusqu’à ses 15 ans. Le pays est vaste, les distances sont longues, mais Maxi se résout à suivre le chemin des terrains. Un destin embrassé par de nombreux petits argentins qui rêvent de courir sur les traces des gloires de l’Albiceleste.

D’une demi-heure, le trajet passe à une heure, sur les routes caillouteuses qui se perdent dans les paysages lunaires qui évoquent la Pampa, toute proche. C’en est trop pour l’apprenti gaucho, qui décide de tout stopper. La vie dans l’estancia, avec son père, tel est son rêve. Mais tel un amour passionnel, le football ne se quitte pas si facilement. Il réapparait lorsqu’un certain Leonardo Rufinengo, homme clé de la carrière du jeune Maxi qui a toujours cru en son potentiel, lui conseille de poursuivre dans cette voie, lui décelant de réelles qualités. Un premier salaire en équipe première de son club d’enfance, un titre de champion avec le Recreativo de Jovita, il n’en faut pas plus à Comba pour changer d’opinion sur le football.

D5, D4, D3...

En rejoignant la Ligue Régionale de Football de Rio Cuarto, Maxi Comba est mis en lumière. Il remporte le titre du Torneo Federal C (D5) avec le San Martin de Vicuña Mackenna et permet au club d’accéder au niveau supérieur. A partir de ce moment-là, une spirale positive est enclenchée, entraînant l’attaquant droitier au petit gabarit (1m67) vers les sommets. Suite logique pour le petit gars du sud de la Province de Cordoba, il atterrit il y a deux ans dans le plus grand club du coin, l’Estudiantes de Rio Cuarto. Dans la deuxième plus grande ville de la région de Cordoba - derrière la susnommée - à tout juste 21 ans, il découvre le Torneo Federal B, quatrième division argentine. Auteur de prestations solides pour sa première saison sous les couleurs du club qui avait révélé l’enfant du pays Pablo Aimar, avant son départ à River Plate, il participe à la montée del Celeste en Fédéral A (D3).

Deuxième du groupe B de Fédéral A, l’Estudiantes Rio Cuarto domine le groupe A de la deuxième phase, avant de chuter aux tirs au but en demi-finale du tableau final. Un parcours exemplaire dû en grande partie à son attaquant, Maxi Comba, auteur de 6 buts en 18 matches lors de la première phase, toujours efficace pour faire basculer des rencontres dans le dernier quart d’heure. Ses performances sous la tunique bleue sont remarquées au-delà du troisième échelon. Des clubs de deuxième et première divisions sont à l’affût. L’Instituto (D2) et l’Atlético Belgrano (D1), clubs phares de la région, le surveillent. « C’est très bien que de tels grands clubs me regardent. J’ai fait un grand sacrifice pour me faire un nom. Mais il ne faut pas s’enflammer et rester calme, j’ai un contrat de deux ans avec Estudiantes, où je sais que je suis apprécié, » racontait-il y a deux mois. Mais la vie n’avait pas fini de surprendre El Chin (le Chinois, ndlr), qui rejoint finalement le 23e (sur 28) du dernier exercice de Superliga.

Aux premières loges pour les adieux de Pablo Aimar

Entre-temps, le 23 janvier dernier, le néo-co-sélectionneur de l’Albiceleste, Pablo Aimar, mettait un terme à sa carrière de joueur, à l’occasion d’une rencontre de qualification pour la Coupe d’Argentine face au Sportivo Belgrano. Arborant pour la toute dernière fois la tenue céleste de Rio Cuarto, club où tout avait commencé pour lui, Payito (le fils d’El Payo, "le gars de la campagne", surnom donné à son père, ancien joueur de Belgrano, ndlr) avait ce jour-là un coéquipier nommé Maximiliano Comba sur le front de l’attaque. L’histoire ne retiendra sûrement pas que Pablo Aimar glissa une merveille d’ouverture à l’attaquant mis en lumière aujourd’hui et que ce dernier buta sur le portier adverse. Au final, Estudiantes concéda le nul (0-0) et laissa échapper la qualification.

Les 12 000 spectateurs, dont Marcelo Bielsa, venus s’amasser dans le stade Antonio Candini ce soir-là n’auront le souvenir que des larmes de l’enfant de la région, au moment de quitter la pelouse après 50 minutes d’efforts. Maxi Comba, lui, aura réalisé un rêve d’enfant, peut-être le premier d’une longue série en cette année 2018. « J’ai laissé le football me surprendre. J’ai eu le luxe d’être présent lors des adieux de Pablo Aimar. Jamais cela n’aurait pu me traverser l’esprit qu’un jour je puisse jouer aux côtés de mon idole de jeunesse. Être à côté de lui, l’avoir si proche était incroyable. La vie et le football vous surprennent. (...) Sur le terrain, il nous a donné des indications, c’était un phénomène. C’était magnifique, » se souvenait le joueur dans l’interview donnée à Perfil.

La fierté d’un club

Aujourd’hui, et alors que Maximiliano Comba est pour le moment prêté avec option d’achat au Gimnasia y Esgrima La Plata, le club qui a véritablement lancé sa carrière exprime sa fierté par le biais d’un communiqué. Confirmant que l’Estudiantes Rio Cuarto, comme le soulignent les spécialistes du football argentin, est devenu une référence, si ce n’est un passage obligé, pour les joueurs de la région, afin de pouvoir être observés par les équipes les plus prestigieuses du pays, sans avoir à passer par le traumatisant processus d’exil dans la capitale argentine, à un très jeune âge.

« Le transfert récent de Maximiliano Comba au Gimnasia y Esgrima de La Plata, où il disputera la Superliga, confirme que jouer à Estudiantes est une vitrine pour le football national, et pas uniquement pour le transfert de jeunes joueurs. Tout au long de son histoire, Estudiantes a nourri le football argentin de ses joueurs, dont certains ont poursuivi leur formation dans d’autres clubs jusqu’à leur éclosion en Première Division. D’autres joueurs, tel Maxi Comba aujourd’hui, sont directement passés de l’équipe première d’Estudiantes, à la première division argentine, sans aucune étape intermédiaire. Le désormais ex-céleste a paraphé un contrat jusqu’en 2021** avec le club platense et nous ne doutons pas qu’il a toutes les qualités pour réussir, » peut-on lire sur le site du club.

* Créé en 2014 lors de la refonte du système des championnats de football argentin, il fait partie des deux championnats qui forment le troisième niveau régional du football argentin. Le Torneo Federal A regroupant les équipes situées en dehors du Grand Buenos Aires, la Primera B Metropolitana n’étant réservée qu’aux clubs situés dans la région élargie de la capitale argentine.

**Selon le communiqué du Gimnasia : « Le joueur originaire de Cordoba arrive sans indemnité de transfert, en prêt et avec la possibilité de récupérer 50% d’un hypothétique futur transfert. Il a signé un contrat d’un an, avec une clause automatique selon laquelle, en cas de levée de l’option par le Gimnasia, le contrat est automatiquement prolongé de deux années supplémentaires. »