Jorge Mendes ne pouvait pas mieux dire en novembre dernier, lors d’un voyage à Shanghaï : « Nous pensons que le football chinois est promis à un avenir brillant ». Il aurait pu ajouter « et très vite ». Car pour les clubs de première et deuxième division, le temps de l’expansion est arrivé. Après plusieurs tentatives, quelques gros coups (pas toujours réussis), les voilà devenus une vraie force de frappe dans le marché mondial. Les chiffres sont là pour en attester : plus de 200 M€ dépensés sur le mercato (1ere et 2e divisions confondues). Le record de transfert sur le mercato hivernal : l’achat de Jackson Martinez pour 42 M€ par Guangzhou Evergrande, qui a supplanté celui de Ramires à Jiangsu Sainty pour 28 M€. Gervinho, 18 M€ au Hebei China Fortune (club promu en première division), Guarin, 13 M€ au Shanghai Shenhua, ont également suivi le pas, en attendant d’autres joueurs dans les prochaines semaines.

Car la razzia n’est pas terminée, loin de là. Pour les clubs chinois, il s’agit de leur mercato principal, ouvert jusqu’au 26 février, puisque leur saison démarre en mars et s’achève fin octobre-début novembre (hors Ligue des Champions asiatique qui prolonge la saison). Beaucoup de négociations sont donc encore en cours entre des joueurs évoluant en Europe et des clubs chinois. Et les agents ne sont plus forcément aussi réticents que par le passé à proposer la solution chinoise. « Avant, les clubs chinois prenaient des joueurs libres ou en fin de carrière. Maintenant, ils veulent vraiment faire progresser leur championnat et visent des joueurs plus jeunes, sous contrat. Ils acceptent de surpayer transfert et salaires s’il le faut, pour attirer plus de joueurs. Un joueur évoluant en Premier League peut multiplier son salaire par trois en allant en Chine », nous a confié Jean-Bernard Beytrison, agent notamment de Seydou Doumbia. « Il y a aussi des entraîneurs de renom, le niveau va monter obligatoirement. Désormais, on peut écouter les propositions qui viennent de là-bas. Et ils sont aux petits soins pour les joueurs », poursuit-il.

Les agents pas tous convaincus

Djibril Mandefu, l’agent de Maxwel Cornet et ancien professionnel, a lui furtivement joué en Chine, en 2006. Il n’en garde pas un très bon souvenir. « J’y suis resté 2 mois. C’était n’importe quoi, on ne faisait que courir, 3 fois par jour, dans des camps d’entraînement et, tactiquement, on était complètement à la ramasse », se rappelle-t-il. Aujourd’hui, il a pu constater la montée en puissance des clubs chinois sur le mercato, mais n’en fait pas encore une destination privilégiée pour les joueurs dont il s’occupe. « Pour moi, cela reste encore exotique et un choix purement financier. Je reste focalisé sur le sportif. Après, pour un joueur âgé de plus de 28 ans, pourquoi pas... » C’est bien là le défi actuel des dirigeants chinois : attirer des joueurs plus jeunes, sous contrat avec leur club. Leurs cibles privilégiées ? Les Brésiliens. Plus de 150 ont déjà évolué en Chinese Super League (la première division), 22 étaient impliqués lors de la saison 2015. Mais les clubs chinois continuent leur expansion et étendent leur domaine de chasse. Le FC Séville a ainsi reçu des offres pour son milieu argentin Banega de la part du Jiangsu Sainty ou pour son Français Gaël Kakuta de la part du Hebei China Fortune.

« C’est un marché assez particulier, qui peut et va être attractif. L’État est en train d’assainir le marché là-bas. Il met les moyens pour que le football se développe. Des membres chinois sont entrés au Comité Exécutif de la FIFA », nous racontait il y a un mois Alain Gauci, agent français ayant notamment placé Brice Jovial et Jérémy Bokila en Chinese Super League. L’État joue en effet un grand rôle dans cette expansion. Le chef D’État Xi Jinping est un fan déclaré de football et a impulsé un plan à grande échelle pour développer ce sport (comme la création de 50 000 écoles de football sur 10 ans). Les droits TV ont aussi explosé avec un nouveau contrat de 1,14 milliard d’euros sur cinq ans avec les diffuseurs. Ajoutez à cela que les clubs appartiennent souvent à des entreprises et que les sponsors affluent et vous comprendrez la puissance financière dégagée par les clubs chinois.

Réussir ou pas son intégration

Reste un écueil à surmonter, que l’argent ne peut parfois pas acheter : la réussite de l’intégration du joueur. Nombreux sont ceux à avoir effectué un aller-retour assez rapide dans le championnat chinois (Hoarau, S. Keita, Drogba entre autres). Pour éviter cela, ils bichonnent les joueurs les plus désirés, en offrant des appartements luxueux, des voitures avec chauffeur. Pour les autres joueurs étrangers au CV moins glorieux, une grande capacité d’adaptation est nécessaire. « C’est très difficile. Dans n’importe quel autre endroit, il est plus facile de s’intégrer mais la Chine est vraiment différente des autres pays », remarque Erik Paartalu, joueur australien de 29 ans qui a passé un an seulement au Tianjin Teda, à CNN. « Sortir se balader ou parler au chauffeur de taxi, cela prend beaucoup de temps. La nourriture était aussi un problème au début, je n’aimais pas ce qui m’était proposé, mais on finit par trouver des endroits où aller ».

Après les Brésiliens, les joueurs européens libres ou en fin de carrière, les clubs chinois ont en tout cas décidé d’accélérer la cadence et de venir un acteur majeur des prochains marchés des transferts, quitte à surpayer les meilleurs. Il ne fait guère de doute qu’il y aura encore plusieurs mouvements d’ici le 26 février prochain. La dernière preuve en date : l’offre pharaonique du Shanghai Shenhua pour Hulk, à hauteur de 91,5 M€. Le Zenit a dit non malgré la plus-value possible. Le club chinois aurait aussi proposé à Ezequiel Lavezzi, l’ailier argentin du Paris Saint-Germain, un contrat avec à la clé une rémunération de 10 millions d’euros par an selon Sky Italia. Star du Shakhtar Donetsk, Alex Teixeira, qui était proche de rejoindre Chelsea puis Liverpool, pourrait lui aussi filer à Guangzhou Evergrande, tandis que l’OM a été contacté par le Hebei Fortune pour Lassana Diarra. Les clubs chinois n’ont désormais plus peur de rien sur le mercato.