Ce devait être une fête. Elle fut gâchée bien avant l’heure. La finale de la 66e édition de Coupe d’Italie a hier soir été émaillée par de multiples incidents. Pour commencer par le commencement, il faut se situer bien avant l’heure de la rencontre. Aux abords du Stadio Olimpico, trois tifosi napolitains sont blessés par balles. Il ne s’agit pas d’affrontements entre supporters des deux clans, mais le « fruit du hasard » selon un premier communiqué de la préfecture de Rome, en réalité le fruit d’une rencontre avec un ultra de la Roma. À ce moment précis tout du moins, l’un des blessés est dans un état critique – il vient tout juste de sortir du coma, une balle a perforé un poumon pour se loger à proximité de la colonne vertébrale – et autour de sa condition, sera déterminé le rythme de la finale.

De fait, alors que le public se masse dans les tribunes de l’Olimpico à l’approche du coup d’envoi, les supporters napolitains, logés dans la Curva Nord, demeurent silencieux. Un silence d’où ressort une voix, une requête, plutôt : « nous voulons parler à Hamsik, le capitaine. Sans quoi, nous partons tous. » Des officiels du Napoli et le milieu offensif slovaque vont à la rencontre des ultras. Le capo, répondant au nom de Gennaro De Tommaso, a les bras tatoués et arbore fièrement un t-shirt Speziale LiberoLiberté pour Speziale, supporter de Catane condamné pour l’homicide involontaire d’un policier en 2007. La presse transalpine dévoilera plus tard qu’il est le fils d’un affilié à un clan de la Camorra… Toujours est-il qu’il assure à ses interlocuteurs que le match ne peut se jouer, du fait de la condition critique du tifoso. Pendant ce temps, l’armée de stadiers est éloignée à coups de fumigènes et pétards. Il faudra finalement attendre que le capo donne son accord, pour que la finale ait lieu, 45 minutes après l’heure prévue. Un nouveau communiqué de la préfecture de Rome a démenti ce déroulement des événements, affirmé que le dialogue était à l’initiative du Napoli et non des ultras. Ce n’est pas ce que montrent les images.

Reste donc des questions. Comment un supporter peut-il décider de la tenue d’une rencontre, et qui plus est d’une rencontre aussi importante qu’une finale de Coupe ? Les médias du monde entier s’accordent aujourd’hui pour qualifier la scène de désolante, scandaleuse, honteuse. Elle est surtout le témoignage d’une Italie impuissante face au mal ultra. Une image particulière retranscrit ce sentiment : Matteo Renzi, chef du gouvernement italien, était au stade, mais c’est un « supporter » incarnant l’opposition à l’État qui a donné le coup d’envoi de la finale. Fort heureusement, le match s’est par la suite déroulé sans le moindre incident, alors que l’on pouvait craindre qu’une simple rumeur quant à l’état de santé du tifoso enflamme la Curva. Lors d’un derby romain en 2004, sur la base d’une information – qui s’est avérée fausse – selon laquelle un enfant avait été renversé par une voiture de police, les ultras giallorossi étaient entrés sur la pelouse, forçant l’arrêt du match.

« Le calcio est victime de situations qui dépassent son cadre : les ultras utilisent les stades pour des démonstrations de pouvoir. C’est un fait : dans certains stades, les ultras ont un rôle inacceptable. Nous sommes prêts à faire notre travail pour inverser la tendance. Nous réfléchissons par exemple à donner aux clubs la possibilité de bannir eux-mêmes certains tifosi, comme Villarreal l’a fait avec l’individu qui a lancé une banane à Dani Alves » a aujourd’hui réagi Giancarlo Abete, président de la fédération italienne. Des mesures s’imposent, nul doute qu’elles seront prises. Mais il faudra plus que des mesures, sinon du temps et du changement, pour que l’image du football italien, une nouvelle fois écornée, retrouve de sa splendeur.

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