Excellent depuis trois saisons avec le CSKA Moscou et auteur d’une très belle Coupe du monde avec la Russie (quart de finaliste), Aleksandr Golovin (22 ans) est arrivé en grande pompe à l’AS Monaco. Un transfert important avec l’idée de franchir un palier avant de viser un des grands clubs du football européen. Très vite le mariage s’annonce parfait, mais les choses ne se passent pas vraiment comme prévu. Revenu tard de la Coupe du monde, le milieu de terrain n’a pas pu reprendre l’entraînement suffisamment tôt pour participer au Trophée des Champions (défaite 4-0 de l’AS Monaco face au Paris Saint-Germain). Quelques jours plus tard, il a vécu sa première désillusion avec une entorse de la cheville droite contractée à l’entraînement.

Alors qu’il commençait à s’adapter tout doucement à son nouvel environnement, il a dû soigner son corps. Absent des cinq premières journées de championnat, du premier match de Ligue des Champions face à l’Atlético de Madrid et du rassemblement de la sélection en septembre, Aleksandr Golovin s’apprête à faire ses débuts avec l’AS Monaco contre le Nîmes Olympique. La situation est loin d’être réjouissante pour les Asémistes qui n’ont gagné qu’un seul de leurs cinq premiers matches de championnat. Pas encore en crise, ils se retrouvent néanmoins dans un besoin de résultats. Cette rencontre débute mal pour les Monégasques qui se retrouvent menés. Toutefois, ils parviennent à revenir au score et à montrer de l’envie. Entré à la 72e minute de jeu, Aleksandr Golovin montre immédiatement de belles choses. Placé en tant que milieu offensif, il présente rapidement une belle complicité avec le jeune Moussa Sylla. Toutefois, il n’empêche pas son équipe de concéder le match nul 1-1.

La crise monégasque

Si cette rencontre peut laisser penser à un réveil de l’AS Monaco sur les prochains matches, il n’en sera rien. Les Asémistes enchaînent trois défaites contre Angers (1-0), Saint-Étienne (2-0) et Rennes (2-1) en Ligue 1 et une humiliation en Ligue des Champions face au Borussia Dortmund (3-0). Quatre rencontres lors desquelles Aleksandr Golovin passe totalement à côté de son sujet. Aligné milieu offensif en soutien de l’attaquant, il n’arrive pas à faire le liant avec son milieu de terrain. Ses prestations ne sont pas catastrophiques, mais elles ne répondent clairement pas aux attentes placées en lui. Parfois brouillon, il montre des retards dans ses prises de décision et n’arrive pas à élever le niveau des siens.

Il faut dire aussi que ses coéquipiers ne le mettent pas dans les meilleures conditions et connaissent une situation encore plus compliquée. Rony Lopes, Danijel Subasic, Stefan Jovetic, Pietro Pellegri, Ronaël Pierre-Gabriel ou encore Adama Traoré ont enchaîné les blessures tandis que des cadres comme Jemerson, Andrea Raggi ou encore Kamil Glik ont plombé l’équipe avec leurs mauvaises performances. Dans tout ce marasme, Leonardo Jardim est écarté et Thierry Henry est nommé sur le banc de l’AS Monaco. Un changement brutal qui n’arrange pas l’intégration du joueur qui ne parle pas français et a seulement des notions d’anglais.

Des éclaircies cachées par les déceptions

Avec l’arrivée de Thierry Henry, l’AS Monaco espère sortir de l’eau, mais les résultats ne s’améliorent pas. Aleksandr Golovin est baladé sur le terrain. Parfois milieu offensif, à d’autres moments ailier gauche ou droit, le Russe n’est jamais fixé à une position et cela se fait ressentir. Habitué à évoluer en tant que milieu relayeur voire milieu défensif comme un meneur reculé au CSKA Moscou, le natif de Kaltan connaît d’incroyables difficultés dans son positionnement. Certes, il a déjà évolué plus haut en club ou en sélection. C’est d’ailleurs en soutien de l’attaquant et sur le côté gauche qu’il s’est illustré avec la Russie lors de la Coupe du monde 2018.

Malgré un problème d’adaptation tactique, il parvient à tirer son épingle du jeu par ses qualités individuelles. À l’origine de quelques belles actions collectives, il livre quelques prestations convaincantes sur le plan individuel. Toutefois, sur le plan collectif Monaco ne décolle pas. Pire, il se fait remarquer négativement à deux reprises. La première fois en se faisant exclure bêtement face à l’Olympique Lyonnais (défaite 0-3). La seconde en loupant un face à face où il était en position idéale contre l’Olympique de Marseille (1-1). Deux erreurs qui soulignent ses difficultés à répondre présent dans des contextes difficiles.

Une situation inédite pour lui

Très vite considéré comme l’un des grands espoirs russes, Aleksandr Golovin n’a jamais vécu une situation aussi compliquée dans sa jeune carrière. Interrogé par Championat, son premier entraîneur Aleksandr Plyasunov a donné son point de vue sur la situation : « peut-être qu’il est allé au mauvais moment et au mauvais endroit, c’est en tout cas ce que je pense. [...] S’il rejoignait un autre club, peut-être que les choses iraient mieux. Je sais ce que Sacha (surnom pour Aleksandr) vit aussi. Il ne comprend pas pourquoi cela se produit. L’équipe n’est pas mauvaise tout comme l’entraîneur, mais cela ne fonctionne pas. À Monaco, tout le monde est terrifié. »

Impuissant devant cette situation, il n’est pas encore inquiet et s’attend à une réaction de son poulain : « je vais dire une chose banale, mais de telles difficultés ne font que l’endurcir. Je connais bien Sasha et il ne sombrera pas, il est habitué aux difficultés. Il n’y avait jamais rien de facile sur son chemin. Quelqu’un dit que Golovin a décollé très rapidement, cela est arrivé, mais il a fait beaucoup d’efforts. Golovin est très déterminé, je dirais même inflexible. Les difficultés à Monaco l’incitent à travailler encore plus. »

Un besoin de temps

Toujours en phase d’acclimatation selon le sélectionneur Stanislav Cherchesov, la situation n’est pas catastrophique pour lui. Interrogé par Sport-Express, il a expliqué qu’il a récemment était à Monaco : « oui j’ai récemment rencontré Thierry Henry mais vous avez vu la situation a évolué. Je ne pense pas qu’Aleksandr sera en difficulté suite à ce changement d’entraîneur. Il a déjà joué sous Jardim. Je l’observe attentivement, son niveau de jeu n’a pas baissé. C’est toujours un milieu de terrain rapide et mobile, son attitude est bonne, laissez le prouver [...] Récemment j’étais là-bas, j’ai tout vu de mes propres yeux, comment il s’entraîne et vit. La visite du sélectionneur lui a été utile d’une certaine façon. »

Interrogé sur la situation du jeune milieu de terrain russe par Sport-Express, le commentateur Gennady Orlov préfère lui laisser du temps : « c’est une histoire difficile... Il est un peu malchanceux d’être venu à Monaco à un tel moment [...] Mais Golovin est toujours un footballeur en devenir. Bien que talentueux, il a encore besoin de grandir. Dans le football, la confiance est importante. Pas de chance, personne ne s’attendait à ce que Monaco s’écroule comme ça. Dommage que Jardim ait été viré (il a été réinvesti dans ses fonctions depuis, ndlr.). C’est un très bon coach. » Toutefois cet optimisme n’est pas suivi partout. Si certains observateurs russes restent mesurés, Aleksandr Golovin est très critiqué dans son pays pour ses prestations moyennes avec l’AS Monaco et son transfert est déjà vu comme un échec.

Comment remédier à tout cela ?

Face à tant d’éléments perturbateurs (acclimatation difficile, mauvais positionnement et manque de confiance), Aleksandr Golovin va devoir cravacher pour se sortir de cette spirale négative. Toutefois, la situation n’est pas encore dramatique et plusieurs éléments peuvent entrevoir une nette amélioration. Très complémentaire avec Fodé Ballo-Touré côté gauche, il pourrait vite s’adapter à un poste d’ailier gauche ou de milieu relayeur gauche (dans un milieu à trois). Se fixer définitivement à un poste lui permettrait de prendre ses marques plus facilement.

Le recrutement actif de l’AS Monaco et le retour des blessés va également permettre de construire une ossature ambitieuse. Depuis le début de la saison, la faillite sportive de certains cadres et les forfaits n’ont jamais permis d’avoir un onze type. De plus, le club du Rocher a évolué en 3-4-3, 3-5-2, 4-3-3 ou encore 4-2-3-1. De nombreux systèmes de jeu qui ont montré leurs limites. Si la libération doit venir collectivement, elle doit aussi provenir sur le plan individuel. Au CSKA Moscou, il n’a jamais eu des statistiques impressionnantes compte tenu de son positionnement. Évoluant plus haut désormais et auréolé d’un nouveau statut, il doit désormais inscrire son premier but sous la tunique monégasque pour lancer son aventure. Ou sinon, il risque de continuer à sombrer mentalement.

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