Cet été va être un tournant pour l’Olympique de Marseille. En effet, le mercato ouvre ses portes demain et c’est sur celui-ci que la nouvelle direction va être jugée pour son « OM Champions Project » et sa capacité à offrir à Rudi Garcia un effectif compétitif. Le technicien, partie prenante des décisions sur le marché, travaille déjà depuis plusieurs mois avec Andoni Zubizarreta et son équipe. Pour épauler le Basque, l’OM a en effet accueilli le 15 février dernier Albert Valentin au poste de directeur sportif adjoint. Les deux hommes s’étaient connus au FC Barcelone puis leurs routes se sont séparées pour mieux se retrouver l’hiver dernier. Mais que dit-on des deux hommes et de leur façon de travailler de l’autre côté des Pyrénées ? « Avant de se rencontrer, Albert Valentin a bossé pour une boîte d’agents pas très recommandables. Il a ensuite bossé en Catalogne où il a connu Narcis Julia, l’ancien joueur de Saragosse. Puis il a bossé à l’Espanyol et au travers de ses voyages, il a dû rencontrer Zubizarreta qui l’a embauché », nous a indiqué un observateur avisé du football espagnol.

D’un autre côté, leur travail est plutôt salué : « un bon bilan, il y a évidemment eu de jolis coups, d’autres moins bons. La refonte de l’effectif du Barça à l’arrivée de Luis Enrique en 2014, c’est Andoni Zubizarreta qui la mène. Il recrute Marc-André ter-Stegen, Claudio Bravo, Luis Suarez, Ivan Rakitic. C’est cette équipe qui a gagné deux Ligas et une Ligue des Champions, ce qui n’était pas gagné après le passage de Tata Martino, durant lequel le Barça n’a gagné qu’une Supercoupe d’Espagne. La première année de Luis Enrique, malgré le départ de Zubi en milieu de saison, le Barça gagne 5 titres sur 6 possibles. Il a également enrôlé Douglas, aujourd’hui au Sporting, un transfert qu’on lui reproche, mais qui n’a coûté que 4 M€. Surtout, il a eu le courage de faire signer Luis Suarez. C’était loin d’être facile comme opération au sortir du Mondial 2014 marqué par l’épisode de sa morsure sur Chiellini. Zubi a pris ce risque, d’autant que son arrivée bouleverse la manière de jouer de l’équipe. Jusqu’ici, Messi occupait la pointe. Avec Suarez, le Barça récupère un 9. Et le trio MSN s’est ainsi constitué. La tendance aurait été de ne pas le recruter, car il coûtait cher (83 M€), avait de nombreux problèmes, était suspendu six mois par la FIFA, n’allait pas s’adapter. Mais avec Luis Enrique, ils ont convenu que l’équipe avait besoin d’un joueur d’un autre registre », se remémore Marcos Lopez, journaliste Mediaset et El Periodico de Catalunya.

Les dossiers Alcantara et Asensio en points noirs

Pourtant, rien n’était gagné et quelques bourdes ont aussi terni un peu l’image du duo. « Je trouve que son travail à Barcelone a été très bon et qu’il n’est pas assez reconnu. Pour moi, ce qu’il a fait est très important. Il a allongé le cycle après Guardiola et les années difficiles sous Tito Villanova et Tata Martino. Il a su régénérer cette équipe. Le travail de Zubi a impulsé un nouveau cycle. Le Barça éliminé par la Juventus cette saison est quasiment le même que celui qui remporte la Ligue des Champions en 2015 grâce au recrutement de Zubi. Je crois que l’environnement du club est très difficile. Txiki Beguiristain était déjà critiqué, alors qu’il a construit deux équipes de champions, la première avec Ronaldinho, Deco, Marquez avec Rijkaard et la deuxième avec Guardiola. Et pourtant, son travail n’est pas tellement reconnu. On préfère toujours retenir le négatif que le positif  », philosophe Marcos Lopez. Et pourtant du négatif, il y en a eu, notamment avec les jeunes.

« Si Zubizarreta l’amène à l’OM, c’est que Valentin a dû montrer que c’était quelqu’un de réglo. Ils ont bien travaillé, mais ils ont aussi fait quelques bourdes. Par exemple, ils se sont endormis sur le dossier Thiago Alcantara. Il lui restait quelques matches à jouer avec le Barça pour que sa clause augmente et personne n’a prévenu le coach. Ensuite, le Bayern Munich est arrivé et a posé l’argent de sa clause qui était assez basse pour ce type de joueurs. Il y a aussi le dossier Marco Asensio. Tout était bouclé et Zubi a décidé que 5 millions d’euros, c’était trop cher. Quand le Real Madrid a su ça, ils étaient pliés en quatre, car même en deuxième division, il déstabilisait les matches à lui tout seul. Ils ont mis l’argent et on connaît la suite, il a marqué le quatrième but en finale de Ligue des Champions. Tout ça parce que Zubizarreta préférait payer 3,5 M€ au lieu de 5. Mais tout était OK avec le joueur », développe notre source.

Comment vont-ils travailler

C’est la principale question que se posent les amoureux du foot et de l’OM qui ont appris que le départ de Valentin ne s’est pas forcément bien passé à Saragosse. « Quand ils sont partis de Saragosse (Julia et Valentin), je ne dirais pas que c’était par la petite porte, mais le club a coulé et personne ne les regrettera là-bas », développe notre indicateur avant que Marcos Lopez n’y mette un petit bémol : « Saragosse est un club très compliqué. C’est un historique du football espagnol, qui végète en L2, c’est compliqué de travailler là-bas ». Justement, comment vont se distribuer les rôles ?

« Valentin, ce sont les autres yeux de Zubi. Zubi a une vision plus large, panoramique, politique. Valentin est davantage un spécialiste du mercato. Il a étudié le marché en profondeur, il a une très large base de données et une vaste expérience en termes de mercato. C’est l’homme de confiance de Zubi. À Barcelone, Zubi, Valentin et Julia fonctionnaient en trio. Ils se connaissent bien, sur le bout des doigts, ils ont des idées très proches sur le plan du football, ce qui leur permet de bien travailler ensemble, de manière fluide, sans question d’egos », détaille le journaliste ibérique.

Le centre de formation au cœur du jeu

Il serait néanmoins étonnant de voir le modèle catalan s’exporter sur la Canebière pour plusieurs raisons différentes et déjà évoquées par Andoni Zubizarreta à son arrivée dans le sud de la France. Marcos Lopez abonde en ce sens : « Plus que le modèle, ce sont les idées qui s’exportent. Ensuite, il faut les adapter au cadre, à la ville, au club, à l’équipe. Tu ne peux pas le faire de la même façon à Marseille ou à City. Chaque club a ses spécificités. Il faut adapter les idées à ce qui existe dans les clubs. Ce que Zubi veut, c’est donner une stabilité sportive à son équipe. Ce n’est pas évident d’exister entre le PSG, l’AS Monaco ou Lyon et Lille. Tu ne peux pas te contenter d’arriver dans un club avec l’étiquette Barça pour espérer tout révolutionner ».

La seule chose qui pourrait s’appliquer donc, ce sont les méthodes employées par Zubizarreta que ce soit à Bilbao ou au FC Barcelone concernant l’évolution des jeunes joueurs ainsi que leur intégration en équipe première. « Zubi a toujours travaillé avec les centres de formation. Il est né pour le foot à Bilbao, qui s’oblige à former ses propres joueurs. Il a été marqué par ça. C’était pareil au Barça. Après, tout est question de niveau, de talent, de timing. Il répétait souvent lors de son passage au Barça : "Avant de regarder ailleurs, nous regardons toujours ce que nous avons à l’intérieur du club. Si nous n’avons pas ce qu’il faut chez nous, alors, nous regarderons ailleurs". Depuis le départ de Zubi, la promotion des joueurs de La Masia n’a pas été énorme. Zubi a été le premier à croire en Sergi Roberto pour l’équipe première. Sans doute pas pour jouer latéral droit, mais il sentait qu’il avait le potentiel pour jouer avec le grand Barça. Il part du principe qu’un club fort, une équipe forte, doit en partie être constituée de joueurs du cru », décrit Marcos Lopez. Une chose est certaine, l’Olympique de Marseille se professionnalise et cela ne devrait pas déplaire aux supporters. Maintenant, on attend les actes. Cela tombe bien, le mercato ouvre ses portes ce soir, à minuit.