« Quelque chose de grand et de rare » c’est en ces termes élogieux que sir Alex parle de son poulain. Tout a commencé en 2002 quand l’entraîneur roumain Laszlo Boloni lui donne sa chance face à Moreirense. Le prodige est lancé sur la voie du succès. Cristiano Ronaldo est né le 5 février 1985 à Funchal sur l’île de Madère, là où il a commencé ses classes avant de rejoindre la capitale et le Sporting Lisbonne à 14 ans. Le petit Ronaldo grandit rapidement, à 16 ans il joue donc en équipe première et il peut enfin montrer toutes ses qualités. Sa vivacité, sa technique en mouvement et son sens du spectacle feront dire à Boloni que Ronaldo est le meilleur joueur du monde de sa catégorie d’âge. Mourinho tentera d’ailleurs de le faire venir à Porto, mais le gamin (15 ans à l’époque) est déjà trop cher pour les dragons.

L’entraîneur portugais ne sera pas le seul à partager cette idée, puisque lors d’une rencontre amicale face à Manchester United, Cristiano va éclabousser la rencontre de tout son talent provocant l’admiration des joueurs de Sir Alex Fergusson, qui vont réclamer le transfert de l’ailier lusitanien chez les Red Devils. Liverpool, un temps intéressé, trouve le gamin encore trop jeune et trop tendre ; à forte raison puisque le portugais va avoir du mal à ses débuts en premier league. Acheté 18M€ d’euros par Man U, Cristiano revêt le mythique n°7, porté avant lui par Cantona (élu meilleur joueur de l’histoire de Manchester) et par David Beckham l’idole des supporters. En arrivant, Cristiano déclare « signer à Manchester United vaut bien des nuits avec les plus belles actrices » ; mais le maillot semble alors trop grand pour lui.

Des débuts compliqués

Le jeune homme est ambitieux et il n’a pas froid aux yeux, mais à son arrivée, les défenses anglaises réputées rugueuses, vont lui réserver un accueil digne de son talent. Coups d’épaules, tacles à la limite, engagements de tous les instants, Ronaldo peine, mais il est encore en phase d’apprentissage. Malgré ces difficultés, il continue de travailler dur, il est le premier à l’entrainement et le dernier parti. Il s’applique à répéter ses frappes, ses gammes et ses gestes qui font aujourd’hui pâlir d’envie l’Europe entière. Cristiano ne s’est pas fait en un jour et malgré son premier trophée acquis en 2004 (la coupe d’Angleterre), Ronaldo se rend à l’Euro organisé par son pays avec beaucoup d’envie et le rêve de soulever le trophée lors du Championnat d’Europe 2004. Mais, malgré ses passements de jambes, ses dribbles déroutants et tout son talent, l’ailier, international depuis 2003, n’arrive pas à vaincre la malédiction qui semble peser sur le Portugal (qui n’a remporté aucun trophée majeur en senior).

Souvent éliminé en demi-finale, comme en 1966, 1984 ou en 2000 face à la France, les Portugais avaient vaincu le signe indien. Ils étaient même favoris de la finale à la maison face à la ... Grèce qui va créer la surprise en s’imposant. Déçu mais pas abattu, Ronaldo est élu meilleur jeune joueur du tournoi. La saison suivante, il tente, sans succès, de remporter le championnat anglais, mais l’émergence de l’ogre Chelsea avec à sa tête son compatriote Mourinho est un barrage infranchissable. Ronaldo et Manchester doivent se contenter des miettes et ils ne remportent que la Carling cup en 2006. Pire, en Ligue des Champions, l’international portugais n’arrive toujours pas à inscrire le moindre but et se fait éliminer par Lille, Benfica et Villareal futur demi-finaliste de l’épreuve.

Suspecté de Viol

Durant cette période, Ronaldo va vivre le pire et le meilleur. Le pire avec cette histoire de viol en octobre 2005 où il sera entendu par la police anglaise. Deux jeunes femmes prétendent que Cristiano et un complice auraient abusé d’elles. Au final, l’affaire sera classée sans suite, puisqu’une des femmes retirera sa plainte. L’appât du gain étant apparemment, au centre de cette histoire, puisque les deux femmes proposent aux tabloïds anglais leurs témoignages, sans succès. Cela montre la notoriété grandissante du phénomène, victime de sa « belle gueule ». Le joueur étant élu par deux fois (en 2004 et 2006) joueur le plus sexy du Monde. A défaut de titres ils attirent les publicitaires et les groupies.

Le meilleur reste les actions qu’il va mener après le tsunami qui frappe l’Asie du Sud Ouest. Il va récolter des fonds pour aider des villageois, allant même jusqu’à inviter un jeune indonésien de 11 ans à une de ses rencontres avec la sélection portugaise.

La révélation de la Coupe du Monde Fifa 2006

La sélection justement est son bol d’air en cette saison 2005-2006 et la Coupe du Monde arrive à point nommé pour démontrer tout son talent. Le prodige va réussir un excellent tournoi, tantôt étincelant comme face à l’Iran où il inscrit son unique but du Mondial, ou face au Pays Bas. Ce qui fera dire à Luis Figo «  Il y a des choses que Ronaldo fait avec un ballon qui font que je me touche la tête en me demandant par quel miracle il fait ça ». Mais, son fait d’arme reste la rencontre contre l’Angleterre en quart de finale. Il est à l’origine de l’expulsion de son co-équipier Wayne Rooney ; ce qui va engendrer une forte animosité de la part des supporters anglais et surtout une rancoeur entre les deux jeunes stars de United. Cristiano est décisif jusqu’au bout, puisque c’est lui qui inscrira le tir au but de la qualification du Portugal, mais les fans anglais l’attendent désormais de pieds fermes, prêts à lui faire payer son action contre l’idole Rooney.

La demi-finale contre la France aurait pu être l’un des meilleurs moments de la carrière de Cristiano, mais le talentueux ailier portugais tombe dans l’excès. Trop individualiste, trop truqueur, il n’arrête pas de simuler et de tomber, provoquant l’irritation des défenseurs tricolores et l’indignation du public. Ronaldo aurait pu ou du faire basculer la rencontre sur ses quelques frappes, mais trop préoccupé à chercher des fautes inexistantes, il ne récoltera qu’une élimination sans gloire. Le match pour la 3e place face au pays hôte se fera sans envie et le Portugal rentrera au pays avec son meilleur résultat dans une phase finale depuis l’épopée de 66 et d’Eusebio.

Un départ Canon

Le retour en Angleterre est douloureux, les sifflets et les insultes l’accueillent à son arrivée, la perfide Albion porte alors, bien son nom. Ronaldo est au centre des premières rumeurs de transfert qui l’envoient au Real et au Barça ; mais Sir Alex ne veut pas envisager un départ de son phénomène, il sait qu’il possède en Cristiano la future star de Man U et l’avenir des Red Devils. Le joueur se remet au travail, il se réconcilie avec Rooney et son équipe commence le championnat en trombe. Seul Chelsea arrive à suivre le rythme imposé par Ronaldo, Rooney et consort.

L’ailier fait très vite oublier le ressentiment que les fans ont à son égard, ils ne voient plus que le talent à l’état pur. L’international portugais enchaîne les performances de haut niveau et enfile les buts comme des perles. Scholes est sous le charme : « le nombre de buts qu’il a inscrit et le nombre de passes décisives qu’il a distribué sont simplement incroyables ». Incroyables, comme ses accélérations, ses changements de rythme ou ses passements de jambes. Il a déjà inscrit 16 buts en championnat cette année à 2 longueurs du meilleur buteur, Didier Drogba, l’autre joueur de l’année en Angleterre. L’ailier de Manchester explose cette année au niveau de son volume de jeu, il l’a épuré, avant il était surtout un artiste de la balle, un dribbleur fabuleux, ce qui le fait devenir une icône du jeu Fifa Street2, symbole de cette nouvelle génération, attirée par le beau geste ; mais il lui manquait cette dimension de joueur décisif. Désormais, il est adoubé par les anciens diables rouges, comme Cantona pour qui il devenu un world class player (un joueur de top niveau), grâce à ses passes et buts décisifs cette année.

Le natif de Madère éclabousse le championnat anglais et rayonne aussi en Ligue des Champions où il amène des buts fabuleux, comme sur sa remontée de balle face à la Roma au match aller qui se concrétise par un but plein de sang froid de Rooney. Mais, c’est surtout la démonstration de force que Man U va infliger au retour qui va marquer les esprits et faire qu’aujourd’hui Ronaldo est considéré comme un candidat probable au ballon d’or, alors que nous ne sommes qu’en avril ! Ce soir-là Ronaldo est intenable, passement de jambes, accélérations foudroyantes, passes décisives et surtout 2 buts qui permettent au joyau mancunien d’inscrire ses premiers buts en LDC. Le voilà dépucelé après 16 matchs dans la compétition.

La magie Ronaldo

Pour Wenger, le portugais est « un danseur, il vous balade sur le terrain de droite à gauche. Il peut changer de direction à n’importe quel moment et repartir de l’autre côté aussi vite qu’il était arrivé ». Un accélérateur de particules qui laisse même pantois ses coéquipiers. Pour qui il est devenu le meilleur joueur du monde dixit Patrice Evra et Rooney son ancien ennemi, qui rajoute que Ronaldo a gagné cette saison bien des matchs à lui tout seul.

Mais le plus beau compliment viendra du maitre Eusebio pour qui « Cristiano a de la magie dans les chaussures ».

Alex Ferguson le sait, c’est pourquoi malgré les avances des plus grands clubs européens (Barcelone, Real Madrid, Chelsea ou l’Inter Milan) il a re-signé Cristiano Ronaldo pour 5 ans et 8 M€ par saison. La magie vaut bien des sacrifices, parfois.