La pubalgie, la blessure qui gâche la vie des joueurs
Blessure qui touche énormément de joueurs de nos jours, la pubalgie est au cœur de toutes les préoccupations médicales dans le monde du football actuel. Pourtant, face à la recrudescence des cas de pubalgie, les réponses apportées par les staffs médicaux ne sont pas souvent les bonnes. Découverte.
Lamine Yamal, Tanguy Ndombele, Nico Williams, Franco Mastantuono et Nayef Aguerd. Quel est le point commun entre tous ces joueurs ? Depuis le début de saison, les cinq font partie de la grande famille des joueurs touchés par une pubalgie. Présente depuis des décennies dans le quotidien du footballeur, cette blessure est en train de revenir sur le devant de la scène à une vitesse extravagante depuis plusieurs mois. Un nom qui parle, mais un syndrome qui n’est pas vraiment connu par le public. C’est pourquoi nous sommes partis à la rencontre de spécialistes pour réellement comprendre ce qu’est une pubalgie et tout ce qu’il faut retenir de cette "blessure à la mode".
Qu’est-ce qu’une pubalgie finalement ?
Dans un premier temps, il est important de dire que la pubalgie n’est pas apparue que ces derniers mois. En effet, cette gêne musculaire existe depuis des décennies, mais a traîné pendant des années en catimini dans les vestiaires. La raison ? Des mauvais diagnostics qui ont souvent induit en erreur les footballeurs. Ainsi, les pubalgies ont été, avec beaucoup de négligence, assimilées à des problèmes d’adducteur ou à l’aine par le passé. Ainsi, la pubalgie pouvait déranger le joueur durant des mois sans que le problème ne soit réglé. Mais pourquoi la pubalgie a été trop vite assimilée à d’autres blessures ? Pour le comprendre, il faut savoir où se trouve le problème dans le corps. Pour nous aiguiller, Farman Bhatti, kinésithérapeute à Paris, qui a l’habitude de travailler avec de nombreux joueurs, explique que cette blessure gênante se trouve à un coin stratégique dans le corps : «la pubalgie est littéralement une douleur du pubis, région antérieure du bassin. Elle résulte d’un déséquilibre entre les muscles abdominaux et les adducteurs, qui s’insèrent sur cette même zone. Quand la coordination entre eux se dérègle — par surmenage, surcharge ou déséquilibre postural — cela crée une tension excessive sur la symphyse pubienne et les tendons. C’est donc plus un syndrome qu’une simple blessure.»
Une inflammation qui est difficile à déceler car elle développe les mêmes symptômes que d’autres blessures dans la zone : «cette inflammation provoque des douleurs localisées, mais il faut savoir que d’autres structures peuvent mimer une pubalgie, comme le psoas, souvent douloureux à l’accélération ou à la frappe, développe Benjamin Illouz, ostéopathe de nombreux joueurs à Paris. Dans certains cas, la douleur ressentie au niveau des adducteurs peut même être projetée depuis un problème plus éloigné, par exemple au niveau du dos.» Outre la nature de cette blessure, il faut comprendre ce que les footballeurs peuvent ressentir. Dans cette zone cruciale entre le bas du corps et le tronc, plusieurs gestes élémentaires pour le footballeur sont difficiles à exécuter à cause de la douleur, comme nous l’explique Farman Bhatti : «le joueur ressent souvent une douleur dans le bas-ventre, au niveau du pubis ou des adducteurs. Comme le carrefour abdomino-adducteur est responsable de tous les gestes principaux du footballeur, on peut comprendre qu’une douleur à cet endroit peut être particulièrement handicapante sur des mouvements aussi simples que les sprints, les changements de direction, les frappes ou parfois une simple passe.» Benjamin Illouz explique également que le joueur ne ressent pas forcément la douleur sur le moment. C’est une gêne qui s’installe dans le temps mais surtout de manière durable : «chez le footballeur, la douleur apparaît progressivement. Au début, elle peut se manifester par une gêne au niveau du dos, puis s’aggraver à la suite d’un changement de direction, d’une glissade ou de microtraumatismes répétés. La douleur se fait d’abord sentir après les matchs, “à froid” ou le matin au réveil, puis elle finit par s’installer au quotidien.»
Pourquoi les pubalgies se multiplient ?
Maintenant que l’on sait d’où vient et quelle est la douleur liée à la pubalgie, il faut comprendre pourquoi tout le monde en entend parler depuis plusieurs mois. Comme évoqué plus haut dans cet article, cette blessure existe depuis la nuit des temps. Mais force est de constater que la multiplication des cas a forcément poussé les staffs médicaux à déceler et à se questionner sur cette inflammation du pubis comme responsable de toutes ces douleurs. Ainsi, la pubalgie s’est fait un nom et le cas est de plus en plus reconnaissable de nos jours. Mais pourquoi les cas de pubalgie se multiplient ces dernières années ? «On observe aujourd’hui une augmentation nette des cas de pubalgie, surtout chez les jeunes joueurs», confirme Illouz. «Cela s’explique par plusieurs facteurs : la généralisation des terrains synthétiques, le manque de travail abdominal et de gainage, et surtout la sursollicitation liée au football moderne, où les matchs s’enchaînent beaucoup trop.».
Une réalité qui interroge depuis des années. En effet, les matches tous les trois jours et le calendrier FIFA qui est toujours plus chargé provoquent l’ire de nombreux acteurs du football. Et même si plusieurs joueurs et organismes sont montés au créneau, rien ne change réellement et toujours plus de matches sont disputés chaque saison. La contrepartie est matérialisée par un nombre de blessures qui augmente de manière exponentielle, cela inclut donc les pubalgies, et un temps de récupération moindre pour se soigner de manière viable. Un constat que fait également Farman Bhatti, qui explique également que cette cadence effrénée empêche les clubs de répondre de manière juste à cette blessure, qui nécessite beaucoup de temps pour être soignée efficacement : «et oui, l’enchaînement des matchs peut aussi jouer un rôle. Ces contraintes mécaniques répétées fragilisent cette région. Il faut aussi citer un déficit de travail individualisé sur la stabilité du bassin ou le gainage profond. Le corps est alors obligé de compenser jusqu’à l’atteinte.»
Quels traitements pour soigner une pubalgie ?
Et lorsque ce point est atteint et que la pubalgie est effective, quelles sont les solutions qui s’offrent au footballeur ? Comme dans beaucoup de gênes musculaires si profondes, l’opération est souvent choisie. Mais encore faut-il que cette méthode soit viable et efficace chez les joueurs. Pour la pubalgie, le syndrome est plus compliqué à traiter et une opération n’est pas toujours garante de guérison dans ce genre de circonstances. «Beaucoup de joueurs utilisent des anti-inflammatoires pour masquer la douleur au lieu de traiter la cause, explique Benjamin Illouz. Le problème, c’est qu’une fois la douleur bien installée, le repos et le renforcement musculaire – parfois les seuls traitements proposés dans les clubs – ne suffisent plus. Et bien sûr, les matchs tous les trois jours sont totalement incompatibles avec une pubalgie active : il faut que la douleur disparaisse complètement avant de rejouer, sinon on risque d’aggraver la blessure jusqu’à devoir envisager une opération… dont les résultats sont trop souvent décevants. Les retours sont très mitigés. Beaucoup de joueurs continuent à avoir mal après l’intervention, et la cicatrisation est longue : entre quatre et six mois de convalescence en moyenne. C’est une opération délicate, et son taux de réussite n’est pas optimal.»
Ce qui est également imprévisible avec une pubalgie est la durée de cette blessure. Alors qu’elle peut même développer des douleurs chroniques même après l’opération, cette dernière peut se soigner en quelques jours ou en plusieurs mois. Si elle est vite décelée, elle peut être traitée en quelques semaines. Sinon, la moyenne se situe sur plusieurs mois à l’instar d’un Tanguy Ndombele qui travaille depuis des mois pour se soigner définitivement de cette blessure du côté de Nice. Pour éviter d’être mis sur le côté pendant des mois ou de passer par la case opération, il ne reste alors que la prévention. «La prévention passe avant tout par le renforcement harmonieux de la zone pelvienne (dos et abdominaux), des étirements réguliers et surtout une bonne écoute de son corps. Il ne faut jamais forcer sur ce type de douleur, car une fois installée, elle ne disparaît pas simplement avec du repos», précise Illouz. «En réalité, la meilleure prévention, c’est d’écouter les signaux du corps avant que la douleur ne s’installe», clôture de son côté Farman Bhatti. Vous l’aurez compris, la pubalgie est l’une des blessures les plus complexes à déceler et à traiter efficacement dans le football actuel. D’où l’impression qu’elle est en train de devenir la "blessure à la mode". L’un des enjeux cruciaux du football moderne sera de répondre efficacement aux besoins des joueurs pour endiguer la recrudescence de cette douleur. Et pour ce faire, une réponse collective des organismes, des staffs et des joueurs sera absolument nécessaire.
En savoir plus sur