Allemagne : que retenir de la grande première de Julian Nagelsmann ?
Pour sa première sur le banc de l’équipe d’Allemagne, Julian Nagelsmann a remporté un succès logique aux États-Unis (1-3), samedi en amical. Des débuts réussis et salués par la presse locale. Loué par ses joueurs, l’ancien coach du Bayern Munich a, cependant, prévenu ses protégés que le chemin était encore long avant l’Euro 2024. Décryptage.

«Un stage d’entraînement à l’étranger contribue toujours à l’ambiance car on passe beaucoup de temps ensemble. On peut se parler et apprendre à se connaître. Bien sûr, je connais déjà les joueurs mais je ne leur ai pas encore parlé personnellement, seulement au téléphone et c’est différent. On peut très bien utiliser le temps passé ensemble. Nous allons essayer de faire passer nos idées et de créer une première structure. Nous aurons certainement besoin des autres trêves internationales pour progresser. Mais nous allons créer une première structure sur laquelle nous pourrons nous appuyer et jouer deux bons matchs internationaux». Voici ce que déclarait Julian Nagelsmann, successeur d’Hansi Flick sur le banc de la sélection allemande, avant de défier les États-Unis puis le Mexique dans le cadre de la tournée américaine de la Mannschaft. Misant sur l’effet de surprise pour ses débuts, le jeune tacticien de 36 ans a, quoi qu’il en soit, passé son premier test avec succès.
Une première renversante, un onze très offensif !
Samedi soir, au Pratt & Whitney Stadium, l’Allemagne - qui s’était déjà imposée contre les Bleus en septembre dernier - a en effet enchaîné une deuxième victoire consécutive face aux États-Unis (3-1). Un résultat plutôt encourageant à huit mois, jour pour jour, du match d’ouverture de l’Euro 2024 à Munich et quelques semaines seulement après l’humiliation vécue contre le Japon (1-4). Présent en conférence de presse à l’issue de la rencontre, Julian Nagelsmann se réjouissait logiquement de cette première soirée. «Ce que j’ai le plus aimé, c’est que nous sommes restés calmes et que nous n’avons pas été agités ou effondrés. Dans l’ensemble, nous avons eu beaucoup de courage, beaucoup de bonnes actions footballistiques et en deuxième mi-temps, nous avons eu plus de patience et de possession dans la moitié de terrain adverse». Fier de ses hommes, l’ancien coach du Bayern Munich, ciblé par le PSG au cours de l’été, avait d’ailleurs opté pour un onze très offensif face à la Team USA.
Sur le terrain qui sert habituellement de cadre aux matches de football américain des UConn Huskies, les champions du monde 2014 se présentaient ainsi dans un 4-2-3-1 où Jamal Musiala, Ilkay Gündogan et Leroy Sané soutenaient Niclas Füllkrug en pointe. Un cran plus bas, l’habituel milieu offensif du Bayer Leverkusen, Florian Wirtz, était lui aussi associé à Pascal Gross. En défense, le technicien allemand décidait, enfin, de faire confiance à Robin Gosens, Antonio Rüdiger, Mats Hummels (boudé sous l’ère Flick) et Jonathan Tah. Une équipe portée vers l’attaque qui a d’ailleurs proposé un pressing assez haut en première période avant de maîtriser les débats au retour des vestiaires. Pour autant, tout n’a pas été parfait et les lacunes défensives observées ces derniers mois restent bien présentes. En difficulté face à la vitesse des contres américains, notamment sous l’impulsion de Timothy Weah, l’Allemagne cédait ainsi avant la demi-heure de jeu. En retard sur le raid solitaire de Christian Pulisic, Tah voyait l’ailier de l’AC Milan s’offrir un golazo et permettre aux siens de prendre l’avantage (1-0, 27e).
La défense, le chantier prioritaire de Nagelsmann !
Illustration parfaite que la Mannschaft est encore en quête de la bonne formule en défense ? Sur les 18 derniers matches disputés de l’Allemagne, seuls deux se sont finalement conclus sans encaisser de but, contre Oman (1-0) et le Pérou (2-0)… De quoi réserver un gros chantier à Julian Nagelsmann jusqu’à l’Euro 2024. «Après avoir été menés, nous voulions renverser le match trop rapidement, trop de ballons étaient perdus. Nous pouvons encore nous améliorer dans le pressing haut, mais nous le ferons. Ce n’était pas parfait, mais c’est bien, j’aime travailler», avouait, à ce titre, le nouvel architecte de la sélection allemande. Totalement impuissant sur la magnifique frappe de l’international américain aux 62 sélections (26 buts), Marc-André ter Stegen allait cependant passer une fin de soirée plus sereine. Conséquence directe d’une Allemagne conquérante et juste techniquement. Dans la fraîcheur automnale du Connecticut, les coéquipiers de Thomas Müller, entré en fin de match, ont alors fait preuve de caractère pour renverser la tendance…
Opportuniste et auteur d’une grande prestation, Ilkay Gündogan profitait d’un gros travail de Leroy Sané pour égaliser avant la pause (1-1, 39e). «Ilkay Gündoğan a joué un match exceptionnel, il voulait chaque ballon et était également bon défensivement», déclarait d’ailleurs Nagelsmann au sujet du néo-Barcelonais. Dominateurs en seconde période, les Allemands ont logiquement pris les commandes grâce à Niclas Füllkrug (1-2, 58e), auteur de son huitième but en dix sélections. Transféré au Borussia Dortmund cet été, le buteur de 30 ans apporte ainsi une solution offensive globalement fiable à Nagelsmann, dans un secteur très dépeuplé. À l’entrée de la dernière demi-heure, Musiala, auteur d’un slalom dans la défense américaine, parachevait finalement la victoire de l’Allemagne après un relais sur Füllkrug. De quoi combler le nouveau boss de cette Mannschaft. «Il est important que nous ayons une certaine esthétique dans le jeu, aujourd’hui c’était bien, nous avons joué un football décent et passionné. La base pour moi, c’est qu’ils s’amusent. L’équipe nationale ne fait pas partie de la vie de tous les jours, c’est de la passion et de la passion, je veux voir ça et c’était bien. Ce serait bien si la série continuait bien, avec une fin heureuse, ce serait encore mieux».
Le vestiaire et la presse sont déjà conquis !
Prêt à relever le défi avec brio et redonner ce jeu scintillant aux Allemands, Nagelsmann peut désormais se projeter sur la Pennsylvanie et Philadelphie où l’Allemagne tentera donc d’enchaîner une troisième victoire de rang face au Mexique, mardi soir. Pas question, en revanche, pour l’intéressé de baisser la garde. «Je ne leur donnerai pas une demi-journée de congé, peut-être une heure - nous ne sommes pas là pour siffler La Paloma», lançait le tacticien de 36 ans avant de promettre quelques changements au sein de son prochain onze : «nous allons changer quelque chose, parce que je veux voir autant de monde que possible dans le jeu, pas seulement à l’entraînement». Une rencontre qui se fera, en revanche, sans le milieu de terrain du Bayern Joshua Kimmich, malade (fièvre) et qui va rentrer plus tôt que prévu à Munich. «Il a des frissons et 38 de fièvre. Ça ne fait pas de sens qu’il passe tout son temps dans sa chambre à l’hôtel». Convaincant pour sa première sur le banc de l’Allemagne, Julian Nagelsmann semble, quoi qu’il en soit, déjà faire l’unanimité outre-Rhin.
«Il a une autorité naturelle. Il explique clairement ce qu’il attend de nous avec un discours clair et des solutions. C’est important pour un joueur. Il nous fait une bonne impression», affirmait, dans cette optique, Niclas Füllkrug en zone mixte. Des louanges également dressés, ce dimanche matin, dans la presse allemande. «Cela nous donne de l’espoir pour le Championnat d’Europe ! Sa tactique a fonctionné, il n’a pas fait beaucoup d’expériences avec le line-up et on pouvait déjà voir beaucoup de son idée de jeu : un jeu rapide vers l’avant, beaucoup de dynamisme. L’équipe nationale allemande est donc enfin à nouveau amusante», s’exclamait le quotidien Bild. Reste désormais à savoir si l’engouement autour de l’ancien coach du RB Leipzig perdurera. À l’instant T, il est en tout cas l’homme de la situation.
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