Ligue 1

Paris FC : Antoine Kombouaré a sorti le grand jeu pour sa première réussie

Arrivé en pompier de service, le technicien kanak a frappé fort en menant le Paris FC à un succès précieux face à Nice (1-0). Des choix forts, une équipe métamorphosée et la méthode Kombouaré est déjà en marche.

Par Kevin Massampu - Valentin Feuillette
5 min.
Antoine Kombouare @Maxppp

Nommé le 23 février à la tête du Paris FC, 15e de Ligue 1 et englué dans une spirale inquiétante, Antoine Kombouaré n’a pas tardé à imprimer sa marque. À peine arrivé à Orly, le technicien kanak, choisi par la famille Arnault et Red Bull pour jouer les pompiers de service, a frappé fort. Quatre joueurs pourtant aptes ont été laissés à quai pour la réception de l’OGC Nice : Maxime et Julien Lopez, Timothée Kolodziejczak et Willem Geubbels. Deux capitaines écartés, un cadre défensif relégué, une recrue estivale à 11 millions d’euros priée de réfléchir… Le message était limpide. Kombouaré ne s’embarrasse ni des statuts ni des états d’âme. Une méthode rugueuse, assumée, qui posait immédiatement la question de son efficacité. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, difficile de lui donner tort.

La suite après cette publicité

Sur la pelouse de Jean-Bouin, le Paris FC a affiché un visage séduisant, discipliné et surtout conquérant. Solides dans l’axe avec Coppola et Mbow, agressifs et complémentaires au milieu grâce au duo Lees-Melou-Munetsi, les Parisiens ont su imposer un tempo cohérent, alternant pressing haut et séquences plus patientes. Devant, Ciro Immobile n’a pas encore débloqué son compteur en Ligue 1, mais l’Italien a pesé par ses déplacements et sa justesse dans les décrochages. Il aurait même pu faire mouche sans une claquette exceptionnelle de Dupé dès la 13e minute. Cette première période, maîtrisée sans être outrageusement dominante, a surtout dégagé une impression rare ces dernières semaines, à savoir celle d’une équipe structurée, solidaire, avec un plan clair.

La suite après cette publicité

Des choix forts payants

Le tournant est intervenu à la 26e minute, presque comme une illustration de cette nouvelle exigence. Sur une frappe repoussée par Dupé, Simon a insisté et Munetsi a surgi pour pousser le ballon au fond (1-0). Un but d’opportuniste, un but de joueur concerné, exactement le type d’action que Kombouaré réclame avec détermination. Nice a bien tenté de réagir, mais les Aiglons ont trop peu montré pour espérer mieux. Diop a joué à l’envers, Kevin Carlos s’est davantage signalé par une simulation sanctionnée que par son efficacité, et Ali Cho a alterné fulgurances et imprécisions. Derrière, Dupé a retardé l’échéance, évitant une addition plus lourde. « Comment j’ai vécu le match ? Avec beaucoup de douleurs, dans la souffrance. J’aime bien ce genre de victoire parce qu’ils comprennent que si tu veux aller loin, si tu veux enchainer les victoires, il faut s’arracher, il faut se battre. Et les valeurs qu’on a montrées aujourd’hui peuvent nous permettre d’aller chercher des victoires », a expliqué Kombouaré. Mais au-delà du score, c’est la maîtrise parisienne et la cohérence collective qui ont marqué les esprits. Car cette victoire dépasse le simple résultat comptable. « J’ai eu du boulot comme je n’en ai jamais eu. On a un effectif important, une équipe qui restait à domicile sur une défaite, une gifle (0-5, contre Lens). Il fallait remobiliser tout le monde, faire comprendre que ce qui s’est passé, c’est grave. Quand il y a un entraîneur qui part, ce n’est pas anodin. Surtout les premiers (visés), ce sont les joueurs. Et après, mettre en place notre travail. On l’a vu en première mi-temps, c’était un peu plus compliqué… La deuxième mi-temps était bien plus disciplinée, bien plus organisée, on a été capables de bien défendre et puis d’aller de l’avant. On aurait pu marquer un deuxième but, mais bon, on est contents d’avoir gagné. »

En écartant quatre joueurs, dont deux capitaines, Kombouaré a pris un risque considérable pour sa première, au point de fissurer potentiellement son vestiaire en cas de contre-performance. Une défaite aurait ouvert le débat sur sa méthode et un nul aurait nourri les doutes. Il a obtenu une victoire pleine de caractère, contre un concurrent direct, dans un match sous tension. Difficilement pronostiquable au regard de la dynamique récente du club, ce succès valide déjà, au moins provisoirement, son approche sans concession. Le message est passé et le statut ne protège plus, seule la performance compte. « Ce sont des choix tout simples. J’ai regardé pas mal de matchs. Après, sur ce que j’ai vu et ce que je vais demander, il y a des joueurs qui, aujourd’hui, sont en capacité de mieux le faire. Alors c’est sur l’instant. Mais ce que je leur ai dit, que ce soit à Maxime (Lopez), que ce soit à Timothée Kolodziejczak ou à Willem Geubbels… Qu’ils travaillent et puis, qu’ils me montrent qu’ils ne lâchent pas et, à un moment donné, ils auront leur chance. La difficulté que j’ai moi, c’est de faire des choix, de prendre des décisions, donc ça ne plaît pas toujours. Et puis eux, ils ont le sentiment que c’est une injustice. Mais je comprends ça pour avoir été un jour (à leur place), je le comprends. Ce qui est important aujourd’hui, c’est que ceux qui étaient là ont montré qu’ils étaient capables de relever le défi. Et pour ceux qui sont à l’écart du groupe, faut pas qu’ils lâchent, on ne sait jamais, on aura besoin de tout le monde jusqu’à la fin de la saison. La vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain ? C’est tellement fragile que je ne me la raconte pas, surtout pas ». En une semaine, le Kanak a remis de l’ordre, redonné une colonne vertébrale à son équipe et insufflé une forme de foi collective. Le Paris FC n’est pas encore sauvé, loin de là, mais cette première réussie ressemble à un tournant, et à un pari gagné.

La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Copié dans le presse-papier