Tonnerre de Brême !

Sacré sur la pelouse du Bayern Munich il y a seize ans, le Werder Brême accueille ce soir une équipe bavaroise en quête d’un 30e titre (20h30). Au moment où les pensionnaires du Weserstadion, avant-derniers, luttent pour leur survie dans l’élite, Foot Mercato tente de comprendre cette soudaine chute.

L'entraîneur du Werder Florian Kohfeldt sous la pluie
L'entraîneur du Werder Florian Kohfeldt sous la pluie ©Maxppp

Le Hambourg SV, rival de toujours, est passé par-là ces dernières saisons. Les historiques de Bundesliga ne sont pas imperméables à l’échec. Cette année en Allemagne le mauvais élève « surprise » se nomme Werder. Dix-septième sur dix-huit, Brême n’a troqué son double-statut de pire attaque et pire défense du championnat que samedi dernier, lors d’un déplacement de tous les dangers sur la pelouse de la lanterne rouge, Paderborn. Heureusement, dans cette saison morose le Werder voyage bien. Le club a remporté 22 de ses 28 points à l'extérieur - le ratio le plus élevé du championnat ! Allés gagner 5-1 chez le dernier, les Vert-et-Blanc ont fait le plein de confiance avant de recevoir le Bayern (1er), de se déplacer à Mayence (15e) et de terminer la saison à domicile contre Cologne (12e).

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Le bas du classement de Bundesliga à trois journées de la fin (Foot Mercato).

Remonté au sommet du football allemand de 2003 à 2010, comment le Werder a-t-il bien pu passer de référence à club moyen en dix ans ? Pour Tobias Feldhoff, journaliste qui suit le Werder pour le média Fussball Transfers, le déclin a débuté peu avant le départ de Thomas Schaaf, coach emblématique passé par toutes les catégories du club de 1987 à 2013 et resté quinze ans à la tête du groupe professionnel (644 matches) ; et de Klaus Allofs, directeur sportif de 1999 à 2012. Le duo avait façonné le Werder à son image. Une équipe qui aimait manier le ballon et n’en faisait pas n’importe quoi. Le technicien moustachu ne jurait que par le 4-4-2, « en losange » comme disent les puristes ou les gens qui veulent briller en société.

L’année du dernier titre, saison 2003-2004, juché au sommet de la figure géométrique, un numéro 10 français au long nez (lâché par Parme) nommé Johan Micoud se chargeait de faciliter le travail à un surprenant duo d’attaquants. Un Croate débusqué en division 2, du côté du FC Sankt Pauli, Ivan Klasnic (13 buts) et un Brésilien joufflu du nom d’Ailton, 28 buts cette saison-là, sa dernière au club. Sans oublier un gamin débarqué deux ans plus tôt du Paraguay, Nelson Valdez, 20 ans, un défenseur français prêté par Strasbourg, du nom de Valérien Ismaël, ou encore le phénomène Angelos Charisteas, qui décrochera le même été l’Euro avec la Grèce, en terres portugaises ! (Mal)heureusement, pas assez pour un Ballon d’Or.

Le Werder a laissé filer son capitaine et buteur

Après avoir décroché le 4e titre de son histoire, le Werder avait grimpé sur le podium lors de cinq des six saisons suivantes. Désormais grand habitué de la Ligue des champions, le club n’était pourtant jamais dans l’excès à l’approche du mercato. Quatre millions pour le défenseur Per Mertesacker (21 ans, vendu 11,3M€), cinq millions pour l’attaquant Miroslav Klose (26 ans, vendu 15M€) ou le milieu Mesut Özil (19 ans, vendu 18M€), six millions pour le milieu offensif Diego (21 ans, vendu 27M€). « Le Werder a toujours eu un mode de financement très conservateur. Donc s'il n'y a pas de coupe d’Europe, ils ne peuvent pas dépenser de l'argent pour les joueurs. Il y a plus de 10 ans, la spirale s'est arrêtée », explique Tobias Feldhoff,

Raison pour laquelle le Werder n’a quasiment pas recruté l’été dernier ? Pas seulement. Car selon le journaliste, le club n’avait pas forcément de besoins. La spirale était positive, le coach voulait conserver son effectif en l’état, après une saison 2018-2019 terminée à la 8e place, à un point de l’Europe. Après coup, les dirigeants pourront se mordre les doigts d’avoir laissé filer Max Kruse, qui s’est engagé librement au Fenerbahçe l’été dernier. Auteur de 12 buts et 14 passes décisives en 36 matches avec le Werder l’an passé, Kruse était le capitaine du navire. Avec 7 buts et 7 passes décisives en 20 matches cette saison, l’attaquant de 32 ans a confirmé à Istanbul. Pour le remplacer, le directeur sportif, Frank Baumann, a opté pour un ancien de la maison.

Recrutement malchanceux et blessures en cascade

Niclas Füllkrug, c’est l’histoire d’un joueur formé au club, prêté à droite et à gauche, vendu pour une bouchée de pain (300 000 euros à Nuremberg en 2014), puis racheté 6,5 millions... alors que blessé toute la deuxième partie de saison dernière, du côté de Hanovre, pensionnaire de deuxième division. Et pourtant ! Le choix fut le bon. L’attaquant de 27 ans avait démarré l’exercice 2019-2020 avec 3 buts et 2 passes décisives en six matches. Mais le Werder n’avait pas eu le temps de se féliciter de son coup que les ligaments croisés de l’attaquant allemand cédaient sous la pression. Le 14 septembre, sa saison était terminée (le confinement a changé la donne et le joueur a fêté son retour par un but contre Paderborn). Cette blessure de la recrue phare est le symbole de la saison du Werder.

Au total, 18 des 30 joueurs joueurs que compte de l’effectif professionnel du Werder ont été blessés ou l’étaient encore à la fin du mois de février, période à laquelle le football est passé au second plan. A eux tous, les absents comptabilisaient au 17 février 125 matchs de compétition manqués au cours de la première partie de saison, un triste record du championnat et sans nul doute l’une des raisons qui expliquent le pire début de saison de l’histoire du Werder. Au soir du 21 décembre, après la phase aller, soit dix-sept journées, le club totalisait 14 points. Il en a pris autant lors de la phase retour, à trois journées de la fin. Malgré un constat alarmant à la trêve, le coach est resté en place. Tobias Feldhoff nous explique pourquoi.

Florian Kohfeldt, le coach qu’il faut en d’autres circonstances

Cinq managers ont occupé le banc depuis le départ de Thomas Schaaf. Le Werder aurait-il des difficultés à faire la transition, comme après Alex Ferguson à Manchester United, ou Guy Roux à Auxerre ? Le problème n’est pas là. « Schaaf a fait son retour au club en tant que directeur technique (en 2018, ndlr). Et pourtant, les fans ne parlent pas beaucoup de lui ». Aujourd’hui, les rênes de l’équipe première ont été confiées à Florian Kohfeldt. Âgé de 37 ans, le « Julian Nagelsmann, de la Weser » a déjà passé dix-neuf années au club ! Arrivé comme joueur en 2001, il a en 2009, après une modeste carrière interrompue à 26 ans commencé à assister Viktor Skripnik chez les U17. Assistant du manager ukrainien jusque chez les pros, c’est vers lui que ce sont tournés les dirigeants, lorsqu’en novembre 2017 Alexander Nouri a été remercié. Onzième, puis huitième, l’évolution du Werder est positive sous Kohfeldt, qui dispute sa troisième saison sur le banc et reste sous contrat jusqu’en 2023.

« L’arrivée de Kohfeldt a rempli d’espoir de nombreux fans. Et je pense toujours que sa conception du football est bonne. Mais il n'a pas les armes pour lutter contre la relégation », explique Tobias Feldhoff. Un coach qui colle au projet, sans expérience des missions commando, mais en lequel le club veut croire. « Ce n’était pas une erreur de le conserver à la trêve malgré la 17e place. Il est certainement le meilleur choix pour occuper le poster d’entraîneur au Werder. Les dirigeants ont décidé de le garder en espérant pouvoir prendre un nouveau départ avec lui la saison prochaine. Peut-être même qu'il restera si le club descend en 2ème division ». Le Werder pense peut-être avoir trouvé en Kohfeldt l’héritier de Thomas Schaaf et semble prêt à mourir avec ses idées. Une rareté aujourd’hui.

Un manque d’énergie sur le terrain, mais des joueurs de talent

Le départ du capitaine, un recrutement bancal mis en exergue par les nombreuses blessures, un coach idoine mais inexpérimenté... et sur le terrain, qu’est-ce qui cloche ? Pour Tobias Feldhoff, c’est certain, le Werder dispose de bien meilleurs joueurs que la plupart des équipes du bas de tableau. « Normalement, Brême a de meilleurs joueurs que Mayence (15e, adversaire du Werder lors de la 33e journée) et Paderborn (le Werder s’est imposé 5-1 à Paderborn lors de la 31e journée). Et aussi une meilleure équipe que Cologne (12e, adversaire du Werder lors de la 34e journée). Mais ce n'est pas une garantie, comme on peut le voir cette saison. Le manque de vitesse, de puissance, voilà le problème du Werder. En termes de compétences footballistiques, ils ont beaucoup de bons joueurs ».

Niklas Moisander, Leonardo Bittencourt, Milot Rashica, Maximilian Eggestein... « Mais d'autres équipes comme Mayence par exemple ont beaucoup plus de puissance », appuie Feldhoff. Recruté à l’été 2018 avec le magot de Thomas Delaney (vendu 20 millions d’euros à Dortmund), Davy Klaassen est venu apporter la touche technique dont avait besoin le Werder. Le milieu néerlandais a réalisé un très bon premier exercice mais son jeu s’est avéré bien plus compliqué à développer en période de crise. « En ces temps difficiles, son type de football ne convient peut-être pas, et pourtant il est le meilleur de l’équipe footballistiquement parlant. Il n'a peut-être pas l'esprit d’un leader en temps de crise ». Samedi, à Paderborn, le Néerlandais s’est offert un doublé. Ses 5e et 6e buts de la saison, arrivés à point nommé.

Épilogue à trois en Bundesliga

Alors que le rival, Hambourg, a flirté avec la zone rouge pendant plusieurs saisons avant de logiquement tomber en deuxième division, le Werder « s’offre » sa première saison cauchemar. Simple avertissement ou punition immédiate ? Il reste trois journées aux pensionnaires du Weserstadion pour ne pas tomber au deuxième échelon du football allemand. Eux qui n’ont quitté la Bundesliga qu’une seule saison depuis la création de la poule unique en 1963, lors de l’exercice 1981-1982. Un combat à trois est engagé entre le Werder (17e, relégable, 28 points), le Fortuna Düsseldorf (16e, barragiste, 28 points) et Mayence (15e, premier non relégable, 31 points). Reste à savoir quelle sera la place finale du Werder. Sauvé ? Relégué ? Ou barragiste face au 3e de 2.Bundesliga, qui pourrait être le Hambourg SV ? Réponse dans quelques jours.

Evolution du classement du Werder Brême sur les vingt dernières saisons (Transfermarkt)

Evolution du classement du Hambourg SV sur les vingt dernières saisons (Transfermarkt)

La lutte pour le maintien

32e journée

-Werder Brême – Bayern Munich -RB Leipzig – Fortuna Dusseldorf -Dortmund – Mayence

33e journée

-Fortuna Dusseldorf – Augsbourg -MayenceWerder Brême

34e journée

-Bayer Leverkusen – Mayence -Union Berlin – Fortuna Dusseldorf -Werder Brême – FC Cologne

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