Droits TV, Mediapro : la grosse mise au point de Jaume Roures

Depuis quelques semaines, Mediapro fait vivre des moments difficiles au football français. Pour répondre aux interrogations suscitées par son groupe, Jaume Roures a organisé une conférence de presse ce mercredi matin au Pavillon Dauphine à Paris. S'il n'a pas fait d'annonces incroyables, il a toutefois assuré qu'il espérait bien trouver une solution avec la LFP grâce à un processus de conciliation mis en place entre les différentes parties, avant d'indiquer qu'il n'était pas sûr d'honorer la prochaine échéance prévue en décembre prochain...

Le président de Mediapro Jaume Roures lors d'une conférence de presse
Le président de Mediapro Jaume Roures lors d'une conférence de presse ©Maxppp

En 2018, Mediapro débarquait avec fracas dans le paysage des droits TV français en s'offrant pour un montant record (780 millions d'euros par saison pour la L1 et 34 millions pour la L2) l'essentiel de la L1 et de la L2 au grand dam de Canal+ qui perdait alors ses joyaux de famille. Aujourd'hui, le groupe sino-espagnol tient l'avenir du football français entre ses mains après avoir refusé de payer la deuxième échéance de son contrat (de l'ordre de 172 M€), prévue initialement le 5 octobre, et a même demandé une renégociation des droits TV à la baisse.

La suite après cette publicité
Une situation qui a fortement agacé la LFP qui avait ardemment besoin de cet argent pour les redistribuer aux clubs professionnels de Ligue 1 et de Ligue 2. La ligue professionnelle de football (LFP) a dû contracter le 15 octobre un nouvel emprunt pour pallier le retard de paiement de Mediapro et a décidé de contre-attaquer en mettant en demeure Mediapro de payer, menaçant de se tourner vers d'autres diffuseurs. Une situation intenable pour Mediapro qui a décidé de sortir du silence en organisant une conférence de presse ce mercredi matin au Pavillon Dauphine à Paris qui avait fait le plein pour l'occasion.

Devant plus d’une quarantaine de journalistes, le boss du groupe sino-espagnol a tout d’abord remis dans le contexte le projet en indiquant notamment qu’il n’avait pas le sentiment d’avoir surpayer les droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2. « Nous avons gagné un appel d'offres il y a 2 ans, cet appel d'offre n'était pas surpayé en comparaison avec les autres pays et les autres ligues d'Europe. Pour nous, c'était et c'est un prix correct. A ce moment-là, nous n'avions pas d'associés chinois. Ils sont arrivés après la victoire dans l'appel d'offres, c'est important de le dire. C'était un projet pour quatre ans et pas pour une saison. Ce n'était pas un projet rentable dès la première saison. On avait fait nos études de marché sur la situation. On connaissait très bien le nombre d'abonnés réel au foot chez les opérateurs français chez Canal, BeIN et chez les autres », a-t-il expliqué avant d’indiquer avoir lancé un processus de conciliation avec la LFP. « Il faut avoir confiance dans le processus de conciliation. Je ne vois pas pourquoi on ne trouverait pas des solutions. Le contrat est pour durer. Nous avons cette volonté-là. La seule chose que nous demandons, c'est de nous adapter à la situation pour cette saison. Je ne peux pas croire qu'on ne va pas s'en sortir. Nos demandes concernent cette saison impactée par la Covid. »

Un processus de conciliation qui pourrait remettre en question la prochaine échéance prévue en décembre

Ce processus de conciliation a été choisi pour trouver des solutions financières et juridiques adaptées à cette situation pour le moins inédite et régler ainsi le litige entre les deux parties. Il peut durer plusieurs semaines et peut aller jusqu’à quatre mois a d’ailleurs indiqué l’avocat de Médiapro présent pour l’occasion. « Ce processus de conciliation peut durer quatre mois, et le taux de succès de ses discussions est très élevé, c’est la raison pour laquelle nous avons choisi cette solution et pour laquelle nous sommes très confiants quant à son issue favorable. Notre demande de conciliation concerne uniquement cette saison qui est touchée par la Covid. On verra ou ça nous amène les négociations. » Relancé à plusieurs reprises sur les tenants de cette conciliation, Jaume Roures est resté évasif, indiquant à plusieurs reprises le côté confidentiel du processus. Concernant le paiement des échéances à venir, aucune annonce forte là encore, Roures se cachant encore derrière la fameuse conciliation et souhaitant trouver une solution raisonnable. Cependant, il n’a pas pu garantir qu’il y aurait le paiement de la prochaine échéance prévue en décembre prochain. « Je veux souligner que nous ne sommes pas en dehors des échéances de paiement. Nous allons respecter ce qu'il découlera des négociations. Maintenant on ne peut pas affirmer qu'il y a une échéance au mois de décembre. Il faut attendre le processus de conciliation. Tout est sur la table pour trouver une solution pour trouver une solution qui permettra au football français d'être parfaitement diffusé. » Comprenez, le prochain versement pourrait être suspendu à la décision du processus de conciliation qui pourrait arriver seulement… en 2021. Un sacré casse-tête à venir pour les clubs professionnels français et pour la LFP qui ont plus que besoin de cette somme pour renflouer leurs caisses.

Une chose est sûre, il entend bien maintenir Mediapro et la chaîne Telefoot à flot, et ce, pour les quatre prochaines saisons. « On se tient à ce projet. C'est évident que la COVID a touché au foot, la Covid a touché toute la société. Les audiences à la TV sur le foot sont descendues même si on pourrait penser dans un premier moment que le manque de public dans le stade pouvait favoriser les abonnements, mais ça ne s’est pas passé comme ça. Et ce que personne ne pouvait prévoir à ce moment-là les effets sociaux et financiers de la Covid. » Bien évidemment, la situation est difficile, mais le patron de Mediapro veut garder le cap malgré les difficultés et le contexte financier précaire face à la COVID qu’il n’a pas été à mettre en avant à chaque fois qu’il en avait l’occasion. « On a conscience que cette situation n'arrange personne. Cela nous met tous dans la difficulté. Pour la recherche de financement, c'est pire, pour avoir des abonnements c'est pire. Mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas trouver de solution. On est obligé à s'adapter à cette situation. On veut adapter cette saison à cette situation. Nous on croit qu'il y a une base d'abonnés pour soutenir le projet. Je ne veux pas me dire qu’on ne peut pas s'en sortir. »

600 000 abonnés à La Chaine Telefoot

S’il a avoué être bien loin de l’objectif des 3 millions d’abonnés, le boss du groupe Sino-espagnol a donné quelques détails sur le nombre d’abonnés de la chaîne et a contesté le chiffre des 200 000 abonnés qui avait fuité dans les médias. « 200 000 abonnés ? On a beaucoup plus que 200 000 abonnés. Mais on a construit une théorie sur ca. Nous sommes aux alentours de 600 000 abonnés. Jamais nous n'avons dit qu'on voulait être à 3 millions dès la première année parce que c'est un projet à 4 ans. On ne pouvait pas aspirer à ça à aucun moment. » Si Roures s’est réjoui du deal signé avec Netflix et Apple qui lui rapporte sa plus grande source d’abonnés, ce dernier a fait le point également sur les négociations avec Canal+, qui le freine bien évidemment dans son objectif d’abonnés. « Nous avons tenté de trouver un accord avec Canal depuis le début. On a parlé avec eux pendant des mois l'année dernière. On est encore en négociations avec eux. Mais je ne sais pas comment ça va aboutir. Il n'y a pas d'accord, mais on est ouvert à un accord avec eux. »

Au final, peu d’annonces ont été faites durant cette conférence de presse tant attendue. Mais Mediapro et sa chaîne Telefoot ont gagné du temps, et ce, même si cela ne va guère améliorer son image. Si Jaume Roures en est parfaitement confiant, il a toutefois invité les fans de la Ligue 1 à suivre le championnat de France sur sa chaîne. « Tout ce bruit n'est pas bon. On ne peut pas tout contrôler, mais je suis venu pour assurer que Telefoot va continuer. J'invite tous ceux qui veulent suivre la Ligue 1 à venir sur la Chaine Telefoot. » Pas sûr que cette situation ubuesque qui met le football français dans une sacrée crise soit la meilleure publicité qui soit…

Plus d'infos

Articles recommandés

Commentaires