Serie A

La ville de Rome se barricade face au cocktail d’ultras venus d’Europe pour le Derby della Capitale

À l’approche du Derby della Capitale, Rome redoute l’arrivée massive d’ultras étrangers alliés aux deux clubs. Un cocktail explosif qui menace de transformer l’Olimpico et ses abords en champ de bataille malgré un dispositif de sécurité sans précédent.

Par Valentin Feuillette
4 min.
Rome @Maxppp

Dimanche 21 septembre à 12h30, Rome vivra l’un des matches les plus explosifs du football européen : le Derby della Capitale entre la Lazio et l’AS Roma. Cette rencontre, déjà mythique par l’intensité de la rivalité sportive et politique entre les deux clubs, est cette fois placée sous une alerte maximale par les autorités italiennes. La « preuve de maturité » du 13 avril dernier, où 24 policiers ont été blessés et 6 ultras arrêtés lors du précédent derby, a été « misérablement ratée », selon les responsables de la sécurité. Depuis plusieurs jours, la préfecture, le ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre multiplient les réunions et les plans d’action pour éviter de nouveaux affrontements qui terniraient l’image de la capitale et pourraient même peser sur la candidature italienne à l’Euro 2032.

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Comme le rapporte La Gazzetta dello Sport, le risque majeur de ce derby réside dans l’arrivée massive d’ultras étrangers, alliés historiques des deux tribunes romaines. Côté Curva Sud, les Fratelli giallorossi attendent les Grecs du Gate 13 (Panathinaïkos), les Espagnols du Frente Atlético (Atlético de Madrid) et les Croates des Bad Blue Boys (Dinamo Zagreb). En face, la Curva Nord des Laziali devrait accueillir des supporters tout aussi radicaux : les Allemands du Lokomotive Leipzig (Ultras et Blue Side Lok), les Polonais des Sharks Hooligans du Wisla Cracovie, les Bulgares du Sofia West (Levski Sofia) et les Anglais de l’Inner City Firm (West Ham). Ces alliances, souvent bâties sur des affinités idéologiques d’extrême droite et consolidées lors de déplacements européens, font craindre des scènes d’affrontements très violents, semblables à celles de 2015 et d’avril 2024.

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La crainte d’un cocktail explosif d’ultras étrangers

L’histoire récente du derby romain est jalonnée d’épisodes violents et d’« expéditions punitives » qui alimentent l’inquiétude. En 2006, des ultras de la Roma avaient fait irruption en pleine nuit dans un hôtel pour attaquer des supporters grecs de l’Olympiakos, blessant l’un d’eux à la cuisse, avant d’assaillir un bus de supporters adverses. Plus récemment, en avril 2024, des affrontements entre 300 hooligans des deux camps ont éclaté dès 9h30 du matin, avec jets de bombes artisanales et de projectiles sur les cordons de police. Les Polonais des Sharks, réputés pour leur violence, étaient déjà venus en nombre en 2015 et avaient participé à des émeutes urbaines contre les forces de l’ordre. Ces précédents alimentent la crainte d’un scénario identique dimanche, dans un contexte politique et sportif extrêmement tendu.

Pour ce derby, la Ville éternelle se transforme en forteresse. Plus de 1 500 policiers, carabiniers et unités anti-émeute seront mobilisés sur le secteur de l’Olimpico et dans tout le nord de Rome. Dès la veille, les abords du Foro Italico et les pubs fréquentés par les ultras sont placés sous surveillance, tandis que des équipes spécialisées procèdent à la « bonifica » c’est-à-dire la fouille des buissons, berges du Tibre et parkings, à la recherche d’armes, de bâtons ou de pétards. Le jour du match, la police aérienne déploiera des hélicoptères et des drones connectés directement à la salle opérationnelle de la Questura et à la salle GOS du stade. Les axes menant à l’Olimpico seront fermés dès la matinée et un plan de circulation spécifique est mis en place pour séparer au maximum les flux de supporters.

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Les 60 000 spectateurs attendus dimanche devront passer par un double système de filtrage et de pré-filtrage, avec des ouvertures de portes dès 10h. Les parcours d’approche ont été strictement différenciés : Ponte Milvio pour les laziali, Ponte della Musica et Ponte Duca d’Aosta pour les romanisti. Les parkings aussi sont distincts, Villaggio Olimpico pour les premiers et Piazzale Clodio pour les seconds. L’Atac, société de transports de la zone urbaine de Rome, a renforcé 22 lignes de transport public pour absorber les flux massifs. À travers ce dispositif impressionnant, Rome espère éviter le chaos et montrer son savoir-faire sécuritaire à l’UEFA, alors que la candidature italienne prévoit deux stades dans la capitale (Olimpico et Pietralata) pour l’Euro 2032. Mais chacun garde en tête que le moindre incident majeur pourrait transformer cette vitrine en fiasco diplomatique et médiatique.

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