Pourquoi le Real Madrid doit arrêter de vivre dans le passé
La gestion sportive du Real Madrid est de plus en plus contestée, et forcément, son président récolte de plus en plus de critiques.
Le Real Madrid doit-il se moderniser ? C’est un courant d’idées qui, peu à peu, se fait sa place dans les débats à Madrid. Et pour cause, au fur et à mesure que les années avancent, l’écurie madrilène prend du retard sur ses adversaires européens dans de nombreux domaines, et ses lacunes sont de plus en plus exposées. La question du mercato a ainsi souvent été abordée ces dernières années. Si aujourd’hui les plus gros clubs européens s’appuient sur des cellules dantesques pour recruter, le club de la capitale espagnole fonctionne encore à l’ancienne.
Un président qui prend les principales décisions - concernant les gros transferts principalement - un bras droit (José Angel Pérez) qui gère les affaires courantes du club et le quotidien, ainsi qu’un homme à tout faire en termes de scouting qu’est Juni Calafat. Quelques autres hommes comme Santiago Solari ou Anas Laghrari ont aussi leur mot à dire sur le plan sportif ou administratif, mais de façon générale, le Real Madrid est un club qui fonctionne sur un modèle présidentiel, entouré par quelques hommes proches mais pas forcément spécialistes du terrain, ni à même de le contredire. Là où, de plus en plus à travers l’Europe, la figure du directeur sportif est de plus en plus importante. Les Merengues n’ont pas d’homme à ce poste, et donc personne ne fait le lien entre les bureaux et le staff ou le vestiaire. Une séparation énorme entre dirigeants et entraîneurs/joueurs qui entraîne forcément des problèmes, avec une direction qui n’est par exemple pas souvent consciente des besoins ou des problèmes de l’équipe. Tout comme il n’y a personne pour faire comprendre à Florentino Pérez que, parfois, ses choix ne sont peut-être pas les bons. Ne pas avoir d’homme de football, qui connaisse et soit proche de la réalité du terrain, en coulisses, est clairement handicapant.
Personne aux commandes du plan sportif
Le cas du Real Madrid contraste clairement avec l’exemple du Barça, où Deco est peut-être l’homme le plus important du club, et qui est entouré par de nombreux hommes comme Bojan Krkic, travaillant tous main dans la main avec Hansi Flick. De même pour Luis Campos et Luis Enrique à Paris. Aujourd’hui, le modèle barcelonais ou parisien, également présent à travers l’Europe, semble mieux correspondre aux standards compétitifs exigés aux clubs de haut niveau. Si la plupart des clubs recrutent de façon à offrir des joueurs qui peuvent s’inscrire dans le projet de jeu de leur entraîneur, quitte à prendre le risque de voir cet entraîneur partir rapidement, le Real Madrid opère plutôt dans un projet de recrutement d’actifs pour le club, plus que pour l’entraîneur en place. Ce dernier doit donc souvent composer avec des joueurs qu’il n’a pas forcément demandés, ou qui ne correspondent pas forcément à son idée de jeu, et n’a souvent pas les joueurs qu’il souhaite.
L’exemple Zubimendi est probant : Xabi Alonso a insisté tout l’été pour avoir le Basque - ou un joueur de ce profil - estimant que le Real Madrid avait besoin de ce type de joueur. Mais la direction a dit non, et le temps semble donner raison à Alonso. La cellule de recrutement madrilène reste d’ailleurs assez maigre en termes de scouts employés par rapport à ses concurrents européens, et le club n’a pas forcément totalement pris certains virages liés à la data dans ses analyses. De même pour tout ce qui est lié à la supervision des adversaires. Le club compte très peu d’analystes vidéo dans son staff, là où les gros clubs européens ont de véritables armadas qui ne laissent rien passer et traquent le moindre détail qui peut permettre de faire la différence sur le terrain.
Adieu aux socios ?
L’effectif reste d’ailleurs construit sur ce fameux modèle des Zidanes y Pavones du début des années 2000, avec des stars qui semblent avoir les pleins pouvoirs et énormément de liberté, et à côté, des jeunes du cru ou recrutés à prix d’or qui peinent un peu à s’y retrouver. Un vestiaire globalement assez compliqué à gérer, avec la complaisance de la direction, qui se range la plupart du temps du côté de ses joueurs. Bien sûr, tout n’est pas à jeter du côté de Madrid, et les résultats obtenus ces dernières années restent globalement satisfaisants. Si la gestion sportive du club est en cause, du bon travail a été fait ces dernières années dans d’autres domaines, à l’image de la formation, avec de nombreux jeunes formés à La Fabrica qui brillent aujourd’hui un peu partout en Europe, à l’image de Raul Asencio, Nico Paz, Jacobo Ramon ou Chema Martin.
La rénovation totale du Santiago Bernabéu est aussi bien partie pour être une réussite. Une esthétique peut-être douteuse, quelques retards dans les travaux, mais une véritable machine à cash, capable d’accueillir - dans un avenir proche en attendant que quelques soucis administratifs soient réglés - les concerts des plus grosses stars de la planète ou des rencontres de la NFL. Le Real Madrid a aussi été le seul club de football ayant dépassé le milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’année 2025. Un dernier sujet, assez tabou à Madrid, est aussi à aborder. Fonctionnant avec ce modèle bien connu des socios, le club a désormais souvent du mal à rivaliser avec les clubs appartenant à des états ou à des fonds d’investissements. Un modèle historique et qui tient à cœur à la majorité des fans, mais ces derniers sont aussi conscients qu’il limite un peu les possibilités du club. Dernièrement, l’hypothèse de passer sur un modèle hybride, où les socios existeraient toujours, mais qui permettrait l’arrivée d’investisseurs dans le capital du club, et donc avoir encore un peu plus de force de frappe sur le mercato notamment. Un sujet qui suscite des tensions et des débats acharnés à Madrid, mais qui risque d’être nécessaire…
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