Ligue 1

PSG : les supporters du RC Lens ont vécu un véritable cauchemar au Parc des Princes

Les Red Tigers 1994 dénoncent un dispositif sécuritaire « humiliant » lors du déplacement des supporters lensois au Parc des Princes dimanche, pointant blocages, violences policières et intervention de la BRAV-M après la défaite (2-0) face au PSG.

Par Valentin Feuillette
7 min.
Lens au Parc des Princes @Maxppp

Dimanche soir, le RC Lens se déplaçait au Parc des Princes pour affronter le Paris Saint-Germain lors de la 4e journée de Ligue 1. Si la rencontre s’est soldée sportivement par une défaite (2-0) des Sang et Or, l’après-match a été marqué par une vive polémique autour des conditions d’accueil des supporters lensois. Le principal groupe ultra du club, les Red Tigers 1994, a publié un communiqué particulièrement virulent à l’encontre des autorités et du dispositif de sécurité mis en place dans la capitale. Dans ce texte, le collectif dénonce une organisation jugée « honteuse » et « provocatrice », affirmant que des centaines de supporters ont été bloqués dans leurs bus, escortés sous haute surveillance et traités comme des suspects plutôt que comme des spectateurs. Les Red Tigers pointent du doigt un « dispositif humiliant », une montée des tensions prévisibles et des incidents qu’ils estiment directement liés aux choix policiers. Les ultras lensois ciblent aussi l’intervention de la BRAV-M et accusent les autorités d’avoir volontairement orchestré une mise en scène sécuritaire, allant jusqu’à parler de violences injustifiées et de blessés parmi leurs membres. Ils appellent leurs adhérents et témoins de la scène à conserver photos et vidéos, promettant de ne pas laisser cet épisode sans suite et de demander des comptes aux responsables. À noter que la Préfecture de Paris avait publié un arrêté vendredi pour expliquer l’incroyable dispositif de sécurité déployé pour ce match.

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« Interdiction de descendre des autocars. Interdiction d’aller aux toilettes. Extraction individuelle des autocars avec fouille intégrale façon carcérale au milieu des casques et des tonfas. Et comme les Lensois ont refusé ces extractions illégales tant qu’ils ne pourraient pas aller aux toilettes, ils se sont fait gazer. Ça n’est ni la procédure habituelle, ni une procédure acceptable », s’est empressé de défendre Maître Pierre Barthélémy, avocat de l’Association nationale des supporters, sur le réseau social X. Quant à la presse locale, l’affaire n’a pas tardé à faire couler beaucoup d’encre dans les journaux de la presse quotidienne régionale comme La Voix du Nord. Le journaliste Florent Caffery, présent au Parc des Princes pour couvrir le RC Lens en déplacement, a détaillé un peu plus le calvaire vécu par les supporters lensois : « La France et sa gestion des supporters sera-t-elle un jour vraiment compétente ? Des CRS dès la descente du bus, 30 min pour faire entrer 200 personnes dans le stade, nous sommes à des années lumières de l’Allemagne, de l’Angleterre… Gestion catastrophique des Lensois devant le parcage. Comme attendu depuis le départ… Fouille dès la sortie du bus, gazage dans tous les sens, une partie des supporters ont quitté le parcage. La France et la gestion des supporters. Les images des supporters lensois gazés devant le Parc des Princes. Les CRS voulaient fouiller individuellement dès la descente du bus (pourquoi ne pas instaurer seulement la fouille classique à l’entrée du stade ?). La France et les supporters acte 8545 ». Cet épisode relance le débat sur la gestion des supporters en déplacement et sur les méthodes employées pour assurer le maintien de l’ordre autour des matchs de Ligue 1.

Le communiqué cinglant d’un groupe d’ultras lensois

Dans un premier temps, les Red Tigers décrivent une arrivée sous haute tension au Parc des Princes. : « Deuxième déplacement de la saison au Parc des Princes… et déjà une organisation honteuse, catastrophique, volontairement provocatrice. On se demande vraiment ce qu’il faut faire pour que la machine administrative et sécuritaire autour du football cesse d’osciller entre l’amateurisme le plus insultant et la mise en scène sécuritaire la plus ridicule. Ce soir-là, alors que plusieurs bus de supporters lensois prennent la route pour soutenir les Sang et Or, le protocole simple, connu, répété, a été piétiné par les autorités. À l’arrivée, après le point d’escorte habituel à Senlis, nos bus se retrouvent bloqués sur le parking visiteurs. Blocage : policiers en tenue anti-émeute, gaz lacrymogène et taser ostensiblement visibles, portes des bus maintenues fermées. Traduction : des hommes et des femmes, supporters comme n’importe quel citoyen, sont littéralement parqués dans leur propre moyen de transport. On nous explique ensuite, d’un ton censément protecteur, que la sortie se fera… un par un. Entourés de policiers surarmés. Comme si nous étions des suspects à extrader. Comme si la dignité humaine était un luxe auquel la Préfecture de police aurait décidé de ne pas souscrire. On nous vend ce dispositif comme mesure de sécurité. Nous, on appelle ça une humiliation organisée. Traiter des supporters, venus soutenir leur équipe, comme du bétail n’est pas de la « prudence », c’est une stratégie provocatrice et stupide. Quand on enferme, on provoque ; quand on humilie, on radicalise ; quand on empile les gestes stigmatisants, on crée les conditions d’une explosion. Et voilà une heure de manipulations, dix minutes avant le coup d’envoi, la tension explose et des incidents surviennent. Résultat prévisible. Prévisible parce que voulu par l’approximation et la panique d’un dispositif qui prétend assurer l’ordre, mais ne fait qu’attiser le chaos ».

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Ils poursuivent en dénonçant l’intervention de la BRAV-M et ses conséquences violentes : « Comme si cela ne suffisait pas, la BRAV-M est intervenue. Oui, cette brigade, déjà tristement célèbre pour ses violences policières gratuites lors des mobilisations sociales, a été mobilisée contre des supporters venus… voir un match de football. Le résultat est à la hauteur de leur réputation : certains d’entre nous ont fini blessés, en sang, frappés par des coups aussi absurdes que brutaux, pendant que ces "agents de police" esquissaient des sourires narquois. Voilà donc la vision de la sécurité publique : faire couler le sang de supporters, sans aucune justification, en assumant l’humiliation comme mode opératoire. Que dit-on à ceux qui dirigent la sécurité publique ? Au Ministère de l’Intérieur voulant faire son baroud d’honneur ? Au préfet qui valide ces dispositifs ? Quand le terrain est géré avec un tel niveau d’incompétence, quand la « sécurité » devient une mise en scène humiliante plutôt qu’un service public, il y a une responsabilité politique à rechercher. Les supporters n’acceptent plus d’être la variable d’ajustement d’une politique sécuritaire brouillonne. Ce n’est pas un « incident isolé » que nous décrivons, c’est une méthode : mise en scène autoritaire, isolement contrôlé, humiliation publique, violences policières assumées ».

Enfin, le groupe lance un appel à la responsabilité politique et à la mobilisation des supporters : « À force d’empiler les mesures punitives, on banalise la brutalité et on institutionnalise la répression. Et pour être clair : nous n’accepterons pas que la faute soit renvoyée aux supporters comme s’ils étaient seuls responsables. Qui a ordonné ce verrouillage ? Qui a fait appel à la BRAV-M? Qui a validé cette escalade insensée ? Ces responsables doivent rendre des comptes. Nous ne laisserons pas passer cette gestion calamiteuse comme s’il s’agissait d’un simple couac logistique. Quand l’État se comporte en organisateur d’humiliations et de violences, il faut agir et vite. Aux autorités concernées, cessez d’improviser sur le dos des supporters. Arrêtez les mises en scène sécuritaires humiliantes et configurez des dispositifs qui protègent réellement, sans stigmatiser. Vous avez la responsabilité du maintien de l’ordre ; elle implique compétence, discernement et respect des personnes. Ce soir, vous avez fait le choix inverse. Nous appelons nos adhérents, nos supporters et tous ceux qui refusent l’humiliation à rester unis et vigilants. La solidarité ne se décrète pas : elle se vit. À tous les supporters qui ont assisté à la scène, qui ont filmé, pris des notes ou qui ont été témoins : préservez VOS éléments, transmettez-les (à l’adresse e-mail redtigers.officiel@gmail.com). Ce traitement indigne ne doit pas passer. Nous sommes déterminés et nous ne laisserons pas cette tentative de discipliner des supporters en public sans suite ». Deux heures après avoir quitté le Parc des Princes, où ils n’ont pas pu assister au match, les supporters lensois restent encore escortés, sans aucune possibilité de pause sur l’autoroute. Jusqu’au bout, la situation est restée surréaliste. Entre blocage des bus, intervention de la BRAV-M et blessés, les Red Tigers 1994 tirent à boulets rouges sur un dispositif qu’ils jugent humiliant et dangereux. Reste à voir désormais la réaction de la préfecture et du PSG.

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