Matchs Amicaux

C’est le chaos total entre l’Uruguay et Marcelo Bielsa

Qualifiée pour la Coupe du Monde 2026, la Celeste ne traverse pas une période euphorique pour autant. Et après la gifle reçue face aux États-Unis (1-5), Marcelo Bielsa semble plus isolé que jamais.

Par Matthieu Margueritte
5 min.
Marcelo Bielsa, sélectionneur de l'Uruguay. @Maxppp

Quatrième du classement des éliminatoires sud-américaines de la Coupe du Monde 2026, l’Uruguay de Marcelo Bielsa a validé son billet pour les États-Unis, le Canada et le Mexique sans trop de difficultés. Pourtant, quelques mois après avoir déjà agacé les observateurs, El Loco est loin de vivre une période enthousiasmante avec la Celeste. Après un triste 0-0 concédé face au Mexique dimanche dernier, l’Uruguay a explosé contre les États-Unis. Battus 5 buts à 1 au Raymond James Stadium de Tampa (Floride) mardi soir, les hommes de l’ancien coach de l’OM devaient certes composer sans quelques-unes de leurs stars (Federico Valverde et Darwin Nuñez), mais à sept mois du Mondial, cette défaite a marqué au fer rouge les médias locaux.

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La presse uruguayenne se déchaîne

« Soirée catastrophique. Si l’image laissée par l’équipe face aux Aztèques était préoccupante, elle l’est encore plus après le match contre les Américains », a écrit El Pais. « Un désastre. Une triste équipe céleste », a ajouté le Montevideo Portal. Enfin, El Observador n’y est pas allé de main morte non plus. « L’équipe de Marcelo Bielsa a montré son pire visage et a subi une défaite honteuse. » En encaissant quatre buts rien qu’en première période, l’Uruguay a fait fort, mais c’est surtout l’incapacité des hommes de Bielsa à se créer des situations de but qui en a interpellé plus d’un. Et pour beaucoup, Marcelo Bielsa continue de se couper de son groupe. Déjà repris de volée par l’emblématique Luis Suarez il y a un an, l’Argentin est accusé de faire la sourde oreille face aux doléances de son groupe. Un sentiment partagé par Egidio Árevalo Ríos. L’ancien milieu de terrain de 43 ans compte 90 sélections avec la Celeste et n’a pas hésité à affirmer que Bielsea épuise ses joueurs.

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« Il n’y a pas assez de dialogue pour réduire la charge d’entraînement, les joueurs l’ont signalé à plusieurs reprises, mais rien ne change. J’ai vu beaucoup de footballeurs épuisés physiquement. Espérons qu’il y aura plus de dialogue, que les joueurs expriment ce qu’ils ressentent et que le staff technique prenne ses responsabilités et réduise la charge de travail. C’est un jeu collectif, tout le monde doit être sur la même longueur d’onde pour que l’équipe soit toujours au meilleur de sa forme à chaque match et qu’il n’y ait pas plusieurs joueurs fatigués comme on le voit. Il manquait beaucoup de volume de jeu, on voyait qu’ils voulaient jouer, mais ils ne pouvaient pas à cause de leur fatigue physique. Au début, tout le monde veut se montrer, ils essaient de comprendre rapidement l’idée de l’entraîneur et peut-être qu’ils n’avaient pas un entraînement aussi exigeant qu’aujourd’hui. Ils arrivaient avec plus de souffle physique, ils écrasaient les équipes adverses, ils créaient beaucoup de situations et les transformaient en buts. Aujourd’hui, l’équipe peine à créer des occasions offensives, sans parler de marquer des buts, et cela nous coûte cher. Espérons que tout changera, que l’année prochaine, l’équipe sera au complet pour la prochaine Coupe du Monde. Si cela continue ainsi, de nombreux joueurs vont en souffrir et on dira ensuite que les footballeurs ne veulent pas jouer ou qu’ils sont trop souvent blessés », a-t-il déclaré durant l’émission Esto es Fútbol diffusée sur la radio Carve Deportiva 10.10 AM.

La sortie kamikaze de Bielsa

Bien conscient des critiques dont il fait l’objet, Marcelo Bielsa fait du Bielsa. Durant la conférence de presse d’après-match, le sélectionneur uruguayen a fait ce que certains médias ont qualifié de « sincéricide », à savoir un constat sincère, sans filtre pouvant être considéré comme une sortie kamikaze. « Ce n’est pas un problème lié aux joueurs, car les meilleurs joueurs uruguayens ne peuvent en aucun cas perdre contre une deuxième sélection des États-Unis. Si j’avais des éléments concrets concernant l’équipe, je trouverais le moyen de le dire. Je suis sûr que cela relève de ma responsabilité dans la manière dont je la gère. Je n’ai pas l’impression de critiquer qui que ce soit, mais si c’est le cas, après la performance d’aujourd’hui, je parlerai de ma gestion du match, des joueurs et des ressources. Ce qui se passe est lié à ma gestion des joueurs, à ma façon d’aborder les matchs et au style que je propose. Ce qui est clair, c’est que la version que je propose de l’équipe a été surpassée et je ne vois pas l’intérêt de critiquer individuellement ou collectivement, car je n’ai pas ce sentiment et j’assume l’entière responsabilité. Je ne peux pas vous dire quoi faire en janvier, février et mars pour changer cette réalité, car le contact avec les joueurs passe toujours par les matchs. Nous pouvons discuter, et ce qui est clair, c’est que sous ma direction, nous faisons beaucoup pour le développement de l’équipe, mais quand on fait beaucoup et que les résultats ne sont pas au rendez-vous, cela génère de l’autocritique et une remise en question. »

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À l’heure où certains supporters réclament le départ de Bielsa sur les réseaux sociaux, El Loco peut-il claquer la porte ou être démis de ses fonctions ? Concernant la première hypothèse, les fans de l’Olympique de Marseille savent que l’Argentin en est capable. Lié à la fédération uruguayenne (AUF) jusqu’en juillet 2026, l’entraîneur de 70 ans ne serait cependant pas menacé selon le directeur des sélections nationales de l’AUF, Jorge Giordano. Ce dernier a en effet confirmé que la fédération uruguayenne comptait toujours sur son sélectionneur. « Oui, bien sûr. Nous sommes évidemment déçus par ce résultat, qui nous a durement touchés, mais il faut se relever et aller de l’avant », a-t-il déclaré dans des propos relayés par El Observador, avant d’assurer que l’Argentin n’était pas isolé et perdu. « Non, je ne partage pas cet avis. Je pense même qu’il y a beaucoup d’autocritique. Je vois que nous sommes peinés, mais face à cette douleur, il y a aussi une réflexion et une autocritique, et il faut se ressaisir et aller de l’avant. » Rendez-vous en mars pour la suite de la saga.

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