Coronavirus : quelles répercussions pour les agents de joueurs ?

Sur les terrains mais également en coulisse, le football est à l'arrêt pratiquement aux quatre coins du globe en raison de l'épidémie de coronavirus. Une situation qui impacte logiquement les agents de joueurs ou de joueuses en France comme ailleurs. Des hommes et des femmes de l'ombre qui doivent adapter leurs méthodes de travail en cette période de confinement, tout en étant dans l'incertitude la plus complète. Pour Foot Mercato, certains conseillers de footballeurs ont accepté de raconter, anonymement ou non, la façon dont ils vivent ce contexte inédit et d'évoquer les problématiques qu'ils rencontrent ou qu'ils risquent de rencontrer à l'avenir.

Les agents sont aussi impactés par l'épidémie de coronavirus
Les agents sont aussi impactés par l'épidémie de coronavirus ©Maxppp

Le football est en pause. Et ce, pour une durée indéterminée. Une situation qui impacte tout le monde du ballon rond, des écuries professionnelles aux clubs amateurs, en passant par les joueurs/joueuses, le personnel travaillant dans les clubs ou encore les agents sportifs. Des femmes ou des hommes de l'ombre qui s'activent en coulisse en multipliant notamment les déplacements sur le terrain et les rendez-vous. Mais face au match que la planète mène actuellement contre le COVID-19, eux aussi avancent au ralenti dans l'inconnu tout en restant vigilants pour eux, leurs proches, mais également les joueurs avec lesquels ils collaborent. C'est le cas de Michaël Manuello, agent d'Olivier Giroud, Léo Dubois ou encore Morgan Sanson. «On échange depuis un moment sur le minimum de règles à respecter. On discute avec chacun d’entre eux pour leur donner un avis objectif de la situation. On ne va pas pouvoir se déplacer pour les voir. Les joueurs doivent s’attendre aussi à ne pas avoir quasiment de vacances. Si l’épidémie se freine et disparaît comme on l’espère, les championnats vont se terminer fin juillet, il ne faut pas rêver. Donc c’est aussi une autre chose à laquelle on doit les préparer. On leur dit de faire attention à leur santé, à leur famille et de bien protéger les personnes âgées, tout en leur disant que même s’ils sont en bonne santé ils peuvent tomber malade. Même s’il y a peu de chances que ça soit grave, il faut faire attention. Les clubs sont très vigilants là-dessus. Tous les sportifs doivent faire comme le reste de la population, c'est-à-dire freiner ce qui peut être freiné. On doit également les préparer à avoir un impact économique, sur leur progression sportive l’année prochaine dans les clubs. Tout va être complètement chamboulé dans l’organisation. Mais les joueurs sont responsables. Tout le monde prend conscience que c’est une chose plus grave que ce que l’on pensait».

La suite après cette publicité

Un discours préventif qui rejoint celui d'un autre agent bien implanté en L1. «Mes joueurs sont un peu partout en Europe : Angleterre, Italie, France, Turquie, Allemagne, etc... Donc j'essaie de garder le contact au maximum. On fait des facetime pour prendre un peu des nouvelles, ce qu'ils font pour s'occuper et pour s'entretenir. Mais les journées sont longues pour eux comme pour tout le monde. On essaie de les conseiller, de faire attention à ce qu'ils mangent. On leur dit de s'entretenir au maximum, de ne pas trop s'éparpiller, de rester au maximum chez eux, de profiter de la famille. On discute, on essaie de visualiser aussi de ce qu'il peut se passer par la suite, on fait des suppositions. Mais il n'y a que quand ça va repartir qu'on verra bien ce qu'il en est». Contacté par nos soins, un agent français, qui a lui aussi souhaité rester anonyme, nous raconte son expérience. «Au-delà du football, tout le monde est vigilant. Les clubs donnent les consignes aux joueurs. Mais nous aussi on leur donne notre avis sur beaucoup de choses. Les joueurs sont à l’arrêt et inquiets aujourd’hui. Ils pensent un peu à eux et à leurs proches, c’est normal. L'un de mes joueurs est rentré dans son pays en Croatie. On essaye de savoir un peu comment ça se passe. Mais en général, les joueurs sont responsables. Aujourd’hui, l’information pour savoir comment faire attention est quand même très diffuse. Il n’y a pas trop de soucis là-dessus. Ce sont surtout les clubs qui ont été pris de cours. Ils ne savaient pas s’ils devaient maintenir ou non les entraînements. Puis, ils se sont rendus compte qu’il y avait des gens touchés dans tous les clubs et ils ont été obligés de fermer tout ça».

Des méthodes de travail différentes

Une pause qui va forcément avoir des répercussions sur les conseillers ou représentants de joueurs comme nous l'avoue Michaël Manuello. «Au niveau des agents, là où on va être impactés, c’est que tout va dépendre de la durée des différentes interdictions. Tous les mouvements de joueurs vont être bloqués. Toutes les négociations vont être suspendues. Il se peut qu’une part de salaire ne soit pas payée puisque les clubs vont avoir un manque à gagner. Ça va être un autre problème, qui n’est jamais survenu. Donc on va voir comment cela va se régler. À l’heure actuelle, on n’est pas impactés. On essaye de penser à la bonne santé de tout le monde. Mais effectivement, selon la durée de tout cela il peut y avoir différents niveaux d’impacts. Salaire, négociations, transferts, mouvements de joueurs cet été...ça fait par exemple déjà trois semaines qu’avec l’Italie rien ne peut se faire. Quand vous avez tout un pays qui est fermé, on est tous interdépendants. Tout le monde va être obligé de patienter, d’observer et d’espérer que ce virus meure de lui-même rapidement, même si c’est peu probable». Comme lui, l'agent français qui a souhaité garder l'anonymat vit tant bien que mal cette situation inédite. «Tout est complètement arrêté donc ça chamboule beaucoup de choses. Les gens ont d’autres soucis aujourd’hui et on est moins sur le business. En plus, on ne sait pas quelles vont être les retombées par rapport à l’avenir des clubs. Entre ceux qui auront des budgets, car ils seront en coupe d’Europe et d’autres qui aujourd’hui se serrent la ceinture et se font du souci pour leurs finances à venir, comme c’est notamment le cas en Belgique où il y a des clubs qui sont dans la difficulté».

Il ajoute : «Ça va faire bouger pas mal de marchés et ça va avoir des répercussions sur notre travail. Il y a beaucoup d’incertitudes. Sur les joueurs en fin de contrat, on avait déjà beaucoup travaillé. On a déjà des dossiers, des pistes. C’était déjà avancé. Généralement, c’est une période où on signe déjà pour le mois de juillet pour ceux qui sont en fin de contrat. Mais là ça freine un peu tout ça (...) Je travaille aussi sur des rachats de clubs, des montages d’achat de clubs qui est une activité qui se développe de plus en plus. On a quelques dossiers là-dessus de clubs qui sont à la vente, mais aussi de personnes qui sont à la recherche de clubs. On a des projets en cours. Mais toutes les incertitudes qu’il y a autour font que les prix varient. Je travaille sur ça. Donc voilà comment j’occupe mes journées en ce moment». Un quotidien qui est aussi celui de l'agent bien implanté en L1, notamment à Marseille et Nice . «On est à l'arrêt. On est face à une situation inhabituelle. Forcément il faut s'adapter. Au niveau du travail, il n'y a pas grand-chose à faire. On est dans une période ou d'habitude on est en pleine prise de rendez-vous, ou on commence à entrer dans le vif du sujet et là forcément il ne peut pas se passer grand-chose d'autant que les échanges téléphoniques ne peuvent pas se passer pareil. Même au niveau des clubs ils sont dans le flou. Personne ne sait vraiment comment ça va se passer. Le mercato sera plus court, plus long, même période, on ne sait pas du tout. Niveau stratégie ça va être compliqué pour voir un peu où on en est. Peut-être pour les jeunes qui sont dans les centres de formation, qui doivent signer leur premier contrat pro, les clubs sauront déjà ce qu'ils veulent faire avec eux. Mais au niveau des pros, c'est à l'arrêt. C'est difficile de se projeter».

Et à situation exceptionnelle, méthodes de travail exceptionnelles. Avec le confinement et l'arrêt momentané du football, les agents doivent, eux aussi, adapter leurs façons de travailler. C'est ce que nous raconte l'agent français qui travaille aussi sur la vente et l'achat de clubs. «La grosse différence pour moi, c’est que je ne fais pas de déplacements. Je ne voyage pas alors que je voyageais beaucoup habituellement. Je suis complètement bloqué. Donc ça bloque aussi l’avancée des dossiers, des discussions qu’on peut avoir des clubs, des managers, etc...Aller les visiter et les rencontrer c’est autre chose que de parler par téléphone ou de les avoir par e-mail. Beaucoup de choses se règlent en face à face. Même aller à Paris est compliqué aujourd’hui, donc voyager en Europe ou dans le monde...Cela nous freine. Les dossiers se discutent uniquement par voie téléphonique ou par internet». Ce que fait aussi l'agent qui a une grosse écurie de joueurs en L1. «Pendant cette période, on essaie malgré tout de profiter un peu de la famille et nos proches. C'est important puisque ça touche tout le monde. Mais on essaye aussi d'avancer. On revoit un peu quelques matches, peaufiner, faire un travail en parallèle où tu commences à cibler des clubs. Tu regardes aussi des matches de certaines équipes que tu n'as pas le temps de regarder. Tu regardes leur jeu, leur système pour voir si ça peut matcher avec des joueurs que tu as. On garde le contact avec les clubs, on fait du phoning, même si ça reste un peu flou pour la plupart d'entre eux. Mais on espère que ça va repartir pour enchaîner, reprendre les voyages, les rendez-vous et les stades».

Un mercato chamboulé

On le constate, cette situation influe logiquement sur le travail des agents. Des agents qui, au-delà des répercussions financières que cela devrait représenter pour eux, s'interrogent surtout sur le mercato, la période où ils sont sur le pied de guerre. Mais tout commence bien avant l'ouverture des marchés. C'est le cas notamment pour les joueurs libres et ceux qui arriveront en fin de contrat en juin prochain. «C'est un marché où on négocie souvent bien avant pour ces joueurs en fin de contrat», nous précise l'agent français anonyme. «Mais même dans certains clubs, ils anticipent ces départs-là. Il y a des prises d’informations, de discussions, des propositions que l’on fait bien en amont. Aujourd’hui, le problème aussi dans certains clubs est de savoir ce qu’ils vont faire l’année prochaine. Ils ne savent pas trop sur quoi ils doivent tabler, s’ils vont faire une coupe d’Europe ou pas. Le marché dépend des grosses écuries et ça a des répercussions économiques sur beaucoup. Les petits clubs, pour certains, sont en difficultés financières. Ils savent qu’ils vont devoir vendre un peu plus que ce qu’ils avaient prévu. Ce sont des données qui sont un peu en vrac aujourd’hui, mais qui vont avoir besoin d’une analyse un peu plus approfondie pour tabler sur des budgets, des objectifs. La situation actuelle freine vraiment l’approche du marché».

Elle inquiète surtout les agents en ce qui concerne les éléments prêtés, libres ou qui le seront en juin. «Aujourd’hui, réglementairement, ce n’est pas possible de prolonger les contrats pour un ou deux mois», rappelle Michaël Manuello. «Il n’y a que les Anglais qui pouvaient faire à un moment des contrats sur une période mais ils ont enlevé cette possibilité. Actuellement, on n’a pas cette possibilité de faire un contrat d’un ou deux mois. Tous les contrats se terminent fin juin. En Angleterre, ils arrivent aussi à autoriser des prêts jusqu’à la fin du mois de mai. Le joueur en prêt retourne dans son club au mois de juin. En France, ça va jusqu’à fin juin. Je n’ai pas ce cas à gérer, mais je ne sais pas comment ça va se passer (...) Donc à ce moment-là, pour le joueur libre, est-ce qu’on autorisera une prolongation du contrat, en estimant qu’il y a eu une pause de deux mois ? Le contrat mis en pause se terminerait deux mois après. Je ne sais pas. Il y a beaucoup de points où les instances vont devoir répondre. Mais on voit que toutes les instances ne prennent pas de décisions radicales. Elles attendant, elles observent, mais elles ne peuvent pas prendre de décisions radicales. Il y a un enjeu économique tel, qu’elles doivent attendre et espérer».

Il poursuit : «Les joueurs libres et les entraîneurs libres sont inquiets. C’est une prise de risque d’arriver en fin de contrat. Mais c’est aussi une possibilité d’avoir un choix sportif et économique bien plus large. Aujourd’hui, ils vont se retrouver dans un cas d’attente. Il va falloir leur expliquer qu’il va falloir attendre deux mois, trois mois ou plus que tout reprenne. Et quand tout pourra reprendre, ils seront de nouveau sur le marché. Mais ils auront un temps avec des risques. Il faudra leur expliquer et voir comment les clubs qui ont des joueurs en fin de contrat agissent avec eux. Il y aura beaucoup de choses à mettre en place avec eux, notamment au niveau de la préparation physique indépendante, en préparation mentale». Dans le flou le plus total, les agents de joueurs ou de joueuses subissent cette situation tant bien que mal en essayant à la fois de rassurer leurs joueurs et préparer comme ils le peuvent l'avenir. Un avenir où ils auront de nombreuses problématiques d'ordre sportives, juridiques ou encore financières à gérer, eux qui ne sont pas épargnés par cette situation peu ordinaire qui a provoqué un véritable effet domino dans le milieu du football et plus largement dans le monde entier.

Articles recommandés

Commentaires