Ligue 1

Joueurs professionnels et engagés aux élections municipales, des cas rarissimes en France

Habitués à la compétition sur les terrains les week-ends, trois joueurs professionnels sont entrés dans l’arène politique à l’occasion des élections municipales de 2026. Si Pierrick Capelle, déjà élu en 2020, a de l’expérience en la matière, pour Johan Gastien et Lionel Mpasi, c’est une première. Ils sont des cas uniques en France.

Par Maxime Barbaud
6 min.
Johan Gastien, le milieu de terrain de Clermont @Maxppp

«A voté». Cette fameuse phrase résonnera dans les milliers bureaux de votes ces dimanches 15 et 22 mars à l’occasion des élections municipales. Près de 50 millions de Français sont espérés dans les urnes pour élire leur maire pour les 6 prochaines années. Comme l’ensemble des citoyens, tous les joueurs de football français auront l’occasion d’exercer ce droit si précieux au bon fonctionnement de la démocratie. Certains sont même directement impliqués dans cette campagne politique en acceptant de faire partie d’une liste électorale, à l’instar de Pierrick Capelle, conseiller municipal dans sa commune de Saint-Léger-de-Linières (Maine-et-Loire) depuis 2020. Un cas unique en France pour un joueur toujours en activité. Le milieu offensif d’Angers, à nouveau inscrit en 19e position sur la liste du maire centriste sortant, Franck Poquin, sera peut-être bientôt rejoint par d’autres.

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Johan Gastien vit sa première expérience en la matière. Le joueur de Clermont s’est lancé dans l’aventure dans sa commune de Sayat (Puy-de-Dôme), 2500 habitants, convaincu par un ami, Sébastien Bersnard, qui a monté sa liste sans étiquette «Demain se dessine ensemble». «C’est plus un engagement pour ma commune qu’un engagement politique, nous assure-t-il d’emblée. Je ne fais pas du tout de politique. Ça ne m’intéresse pas plus que ça en toute honnêteté. Je fais ça parce que j’ai envie de m’investir, de voir grandir mes enfants dans un environnement sain, dynamique». À Clermont depuis 2018, et installé dans le village d’Argnat dont dépend Sayat depuis 2 ans, le milieu de terrain arrive en fin de contrat à 38 ans et réfléchit à l’après. Cet engagement confirme son intention de s’installer durablement dans la commune. C’est même par ce biais-là qu’il a connu celui qui incarne la tête de liste, et sera peut-être le prochain édile.

La proximité comme facteur clé

Lionel Mpasi est animé par la même démarche à Rodez, à ceci près. Gardien de la RAF pendant 8 ans, il a quitté l’Aveyron l’été dernier pour Le Havre en Ligue 1. Pas la porte à côté donc et lui-même l’affirme, sa présence sur la liste de Sarah Vidal (Divers gauche) revêt plus du symbole que de l’action politique (il est 34e, en avant-dernière position). À l’inverse de ses deux collègues d’Angers et de Clermont, il n’est pas question de présence au conseil municipal, volonté personnelle et distance obligent. «Mon parcours est lié à l’histoire du club et donc à celle de la ville. J’y ai beaucoup appris, humainement et professionnellement», indique le portier de 31 ans dans le communiqué livré à la presse. S’il est originaire de région parisienne, «Rodez a fait et fera toujours partie de ce que je suis», affirme-t-il, révélant au passage avoir «fait le choix d’y acheter un bien» dans cette cité de 24 000 âmes tout de même, chef-lieu du département.

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Dans tous les cas, la volonté de prendre racine et d’améliorer l’ordinaire du territoire dans lequel on vit sont des facteurs clés. «On se balade beaucoup à vélo avec ma femme et les enfants et on se rend compte qu’il manque des petites choses, des jeux pour les petits. Il y a quelque chose à faire. C’est à petite échelle. Dans une ville plus importante, c’est certain que je n’aurais pas accepté», précisait Capelle à Le Monde en 2020. Le caractère local est une donnée importante. Les élections municipales résistent aux plus forts taux d’abstention records (exception faite en 2020 où les électeurs ont boudé les urnes en pleine pandémie de covid-19) observés lors d’échéances nationales. Ce dimanche 15 mars, 904 042 candidats, répartis dans 50 478 listes, vont s’affronter pour diriger l’une des 34 875 communes que constitue l’hexagone. Seuls 68 villages de moins de 1300 habitants sont sans candidats.

«Un engagement dans la cité qui est partisan»

Bien sûr, les maires ne sont pas immunisés contre "les affaires", même sur de petites communes, mais malgré ce contexte où la défiance à l’égard des personnalités politiques nationales est grande, et serait responsable du déclinisme de la société, la vie locale a toujours le vent en poupe. Le premier élu de la ville est respecté et apprécié selon une étude réalisée par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs pour Le Monde. Sur les 10 927 personnes interrogées, 69% affirment avoir confiance dans leur équipe municipale. 82 % disent s’intéresser à ces élections. L’édile incarne la proximité, la réalité de terrain. Il vit le même quotidien que ses administrés et prend des décisions qui se voient au cours d’un mandat comme sur le logement, la vie associative, l’école communale. Il connaît les problématiques et les enjeux d’un territoire bien précis, à l’inverse des grands discours et des effets d’annonce de politiques nationales centralisées. La couleur politique s’estompe également.

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«Dans les petites villes, la grande difficulté c’est de constituer des listes. Il faut trouver des personnes, nous explique Paul Dietschy, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Franche-Comté. Il y a aussi une dimension de conviction, de s’enraciner, de participer à la vie locale. C’est un engagement citoyen qui se distingue du reste des footballeurs professionnels, qui ont plutôt un engagement social et caritatif. Là, c’est un engagement dans la cité qui est partisan. C’est plus facile de s’engager pour les enfants malades à l’hôpital que dans une municipalité où on reçoit plus de critiques que de compliments», poursuit le spécialiste de l’histoire du sport. Dans ce cas précis de petites communes à diriger, la notoriété du sportif passe en second plan. On vient chercher le voisin du coin de la rue plutôt que celui qui pourrait mettre en lumière sa campagne politique et les services de notabilité qui l’accompagnent.

Gastien : «si je m’investis dans ma commune, c’est qu’on est plus proche de la fin que du début»

«Les footballeurs professionnels sont souvent rares en politique, et très souvent d’ailleurs, ils n’affichent pas leurs convictions politiques, ou alors à la fin de la carrière sportive, soutient Paul Dietschy. D’abord parce qu’il faut du temps. L’âge fait aussi qu’ils ont acquis un peu plus d’expérience. Ils ont été en contact avec le monde politique par leur club.» Gastien, Capelle et Mpasi ont en effet tous passé la trentaine. «Comme je dis aux gens, vous vous doutez bien que si je m’investis dans ma commune, c’est qu’on est plus proche de la fin que du début», confirme le milieu de Clermont, parfois surnommé «Monsieur le Maire» dans le vestiaire. Pierrick Capelle, 39 ans le 15 avril prochain, arrive lui aussi à la fin de son bail du côté du SCO. Et puis pas simple non plus de jongler entre vie personnelle, professionnelle et engagement citoyen, au risque de prendre des coups, comme sur le terrain.

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«C’est du boulot, il ne faut pas se cacher», confirme l’Auvergnat qui enchaîne entraînement la semaine, match le week-end, réunion publique depuis l’automne, séances de porte-à-porte, distributions de flyers et bien sûr, élaboration du programme politique. En cas de résultat positif dans les urnes dimanche, le benjamin de sa liste sera en charge des sports et de la vie associative de sa commune en binôme avec une conseillère municipale sortante, plus expérimentée. «Le but, c’est d’aider à développer les infrastructures sportives, parler avec les associations, les dynamiser, les aider sur les horaires, les plannings». Fort d’un premier mandat où il a participé à la construction de deux city stades et d’un terrain de foot synthétique, Capelle est lui d’ores et assuré de conserver son poste. Sa liste «Vivre ensemble, agir pour tous» est la seule à se présenter. Cette fois, il sera en charge de l’aménagement des voies douces.

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