Ce n’est pas encore son heure. Depuis quelques mois maintenant, le nom d’Abdou Diallo est associé à l’équipe de France A. Un défi qui ne fait pas peur au défenseur central âgé de 22 ans. À chaque interview qu’il a accordé à la fin de l’année 2018, l’ancien joueur de Monaco n’a cessé de clamer qu’il visait les Bleus à court ou moyen terme. Et son discours n’a pas changé d’un iota en 2019. « Oui, forcément j’y pense. C’est l’objectif pour tout joueur », a-t-il avoué lundi à l’occasion d’un point presse organisé dans le bâtiment des Espoirs à Clairefontaine. Mais le joueur du Borussia Dortmund sait qu’il y a encore un long chemin qui le sépare du "Château" des A. D’autant que la concurrence à son poste est plus féroce que jamais. « Difficile ou pas, c’est le combat qu’on essaye tous de mener. C’est l’équipe de France, c’est une grande nation donc c’est normal qu’il y ait de la concurrence. Ça rend l’équipe meilleure. J’essaye de faire mon travail de mon côté en espérant que je fasse mon trou le plus rapidement possible ».

En attendant, Abdou Diallo continue son apprentissage avec les Espoirs avec lesquels il participera à l’Euro cet été 2019 en Italie et à Saint-Marin. Un tournoi qui est déjà dans son esprit. « C’est une compétition importante. Comme c’est une compétition, forcément on veut gagner. C’est aussi une reconnaissance car ça fait longtemps que la France n’a pas participé. Donc si on peut participer et gagner, ce serait top. Si on ne joue pas pour gagner, ça ne sert à rien. Donc on veut gagner. On serait les numéros un de notre génération ». Une génération qui a aussi une petite pression sur les épaules puisque les Bleuets ont souvent déçu ces dernières années. « Non (les Espoirs n’ont pas de pression). On nous posait déjà des questions de ce type avant les qualifications. On écrit notre page d’histoire ». Après le chapitre qualification, les Espoirs ont entamé celui de la préparation. « On va travailler sur les points faibles que l’on a, les entames de match. On doit régler tous les détails pour arriver prêts sur la compétition. Je n’ai pas étudié les adversaires comme je suis concentré sur la course au titre avec mon club. Mais je connais pas mal de joueurs ».

La Bundesliga mise sur le made in France

Il poursuit : « Peut-être qu’il y aura aussi des joueurs qui descendront de l’équipe A. Il va y avoir de belles équipes. Là, on va jouer en Allemagne, juste à côté de chez moi, et face au Danemark où il y a un joueur de Dortmund (Ndlr. Jacob Bruun Larsen a été appelé en renfort et va évoluer avec l’équipe A). En tout cas de près ou de loin, on se connaît tous ». Ce tournoi sera donc l’occasion parfaite pour les talents français pour briller et pourquoi pas susciter l’attention de Didier Deschamps ou des meilleurs clubs de la planète. « Oui, je pense que pour certains ce sera un tremplin, pour d’autres pas forcément. C’est une étape que l’on veut passer avec succès. Si ça peut nous être bénéfique sur la durée, ce serait top ». Toutefois, la plupart des Bleuets évoluent déjà dans de grandes écuries. « Je pense que la donne a changé pour les Espoirs. La majorité joue en pro dans les championnats majeurs. L’expérience des U23 est assez riche dans le groupe. Sylvain Ripoll s’appuie là-dessus. Il échange avec nous parfois durant la saison. C’est un plus pour l’équipe et pour nous. »

C’est aussi un plus pour le football français qui s’exporte très bien chez nos voisins allemands. « C’est vrai qu’il y a beaucoup de Français en Bundesliga. Mais on voit que c’est un phénomène qui n’est pas réservé qu’aux Français. On voit quelques joueurs anglais qui commencent à s’y épanouir. C’est un championnat ouvert, plaisant, avec de très beaux stades et infrastructures. Donc c’est parfait pour les jeunes. La plupart, ça leur réussit. Donc ça attire les autres ». Il ajoute : « Je pense que les clubs allemands ont le cran de prendre les jeunes joueurs français ou d’autres nationalités et de les faire jouer. C’est risqué. Peut-être que sur certains matches ils vont perdre des points, mais au final je pense que c’est la bonne stratégie et ils en récoltent les fruits ». C’est le cas du Borussia Dortmund qui n’a pas hésité à mettre 28 M€ pour déloger Diallo de Mayence et qui en a fait un titulaire en puissance (35 matches toutes compétitions confondues avec son club). Un statut que le natif de Tours était venu chercher au BVB. « Cette saison, j’ai progressé sur le nombre de matches joués. Je pense qu’on ne remplace pas l’expérience d’un match. J’ai joué beaucoup de minutes, donc j’ai pris de l’expérience. Une expérience du haut niveau car la Bundesliga est très intense. J’ai connu la bataille pour ne pas être relégué. Maintenant, je connais la bataille pour gagner le titre donc c’est très enrichissant ».

Abdou Diallo savoure sa saison au BVB

Mais le titre n’est pas encore gagné car le Bayern Munich (1er, 60 points) est repassé devant le BVB (2ème, 60 points). « Ça fait partie des aléas de la saison. Il faut avancer, prendre des points et on fera les comptes à la fin. Je ne sais pas si c’est mieux d’être dans la position du chasseur. Le plus important est d’être le premier à la fin. Si je passe toute la saison dernier et qu’à la fin je suis premier, je serais très content ». D’autant que tout se passe bien pour lui. Sa collaboration avec Lucien Favre, qui l’a convaincu d’opter pour le Borussia, le ravit. « Notre relation est géniale. Depuis le début, ça se passe bien. J’étais venu pour jouer, je joue et je progresse. Techniquement, j’ai progressé que ce soit du pied droit ou du pied gauche. Au niveau du placement, c’est quelqu’un de minutieux. Il travaille dans le détail donc c’est super ». Tout ça a permis à Abdou Diallo d’apprendre, que ce soit sur la scène nationale ou européenne en Ligue des Champions.

« C’était ma première vraie participation à la Ligue des Champions. C’est ce que tout joueur à envie de goûter. J’avais fait un match avec Monaco, je savais à peu près à quoi m’attendre. J’étais content de la jouer. J’aurais aimé aller beaucoup plus loin. Ce sera pour l’année prochaine. Forcément, j’ai envie de la rejouer ». Cela lui donnera l’opportunité de se jauger face aux meilleurs joueurs de la planète. Et c’est lors de cette compétition qu’il a croisé le joueur qui lui a donné le plus de fil à retordre cette saison. « Antoine Griezmann, c’était pas mal lors du match contre l’Atlético de Madrid. Malgré le fait qu’on ait gagné, que ce soit dans le placement, dans l’intelligence de jeu, dans les petites déviations, les appuis, c’est très fort. Il est très malin dans le jeu ». Mais le BVB compte aussi dans ses rangs des joueurs talentueux à l’image de Jadon Sancho. « Comme tout le monde, je pense qu’il impressionne l’Europe cette année. Techniquement, c’est exceptionnel, au-dessus de la moyenne. À lui de faire ce qu’il faut pour arriver au top niveau et puis ce sera très bien pour notre club. A l’entraînement c’est compliqué, surtout en un contre un ».