C’est le jour J. La Coupe du Monde touche à son terme, avec en apothéose la finale de la compétition, opposant l’Argentine à l’Allemagne. Un choc attendu par la planète entière, entre une Mannschaft séduisante et joueuse qui a su élever son niveau de jeu au cours de la compétition, et une Albiceleste particulièrement solide. La physionomie de la rencontre retranscrit parfaitement cette description, avec des Allemands ayant l’intention de mettre le pied sur le ballon, et des Argentins désireux d’évoluer en contre. Ce sont ces derniers, qui se montrent dans un premier temps plus justes à la tâche. Dans un début de match très rythmé, les hommes de Löw manquent de justesse dans la zone de vérité, là où les coéquipiers de Messi parviennent à exploiter les brèches.

Les occasions probantes sont rares, et toutes à mettre au crédit d’un certain Higuain, qui outre un but refusé pour une position de hors-jeu, a manqué l’immanquable face à Neuer, après une erreur de Kroos (20e). L’Allemagne, qui a pourtant le bénéfice du cuir, met du temps avant de répondre. Il faut attendre la 37e minute pour entrevoir sa première frappe cadrée, l’œuvre de Schürrle à la suite... d’un contre. Montée en puissance, la Mannschaft finira fort dans ce premier acte, entre une nouvelle frappe de Kroos (43e) et une tête d’Höwedes qui a frappé le montant (45e+2). À la pause, le suspense reste à son comble.

Soucieuse de corriger le tir, l’Albiceleste attaque la deuxième période pied au plancher. Et Messi de se procurer une énorme occasion : bien servie dans la profondeur par Biglia, La Pulga se présente seule face à Neuer, mais croise trop sa frappe (47e). La tactique argentine ne change pas et réside toujours dans le sacrifice de la possession pour exploser en contre, elle est d’autant plus efficace alors que les hommes de Joachim Löw sont plus maladroits. Mais cette fois, les occasions ne suivent pas. Au contraire, le match gagne en tension. Il faut attendre la 82e minute pour entrevoir une nouvelle grosse opportunité, celle de Kroos, qui manque le cadre (83e). Les deux équipes n’ont su se départager au terme de 90 minutes équilibrées, place aux prolongations.

Étonnamment, alors que le rythme avait logiquement baissé à l’approche du terme du temps réglementaire, la prolongation démarre de belle manière, sur l’occasion de Schürrle, qui pousse Romero à la parade (91e). La fatigue aidant, la lucidité n’est plus la même, les erreurs se répètent et les espaces augmentent. L’Argentine aussi, sait en profiter, tandis que Palacio se joue d’Hummels pour se présenter face au portier. Mais là encore, c’est raté (97e). Alors qu’on semble se diriger vers la séance fatidique des tirs au but, Götze vient finalement rompre l’éternelle inefficacité face au cadre. Suite à un gros travail de Schürrle côté gauche, il hérite d’un centre au premier poteau sur lequel il réalise un enchaînement victorieux amorti poitrine-reprise (1-0, 113e). L’Argentine aura beau pousser, la différence se fera là. La Mannschaft réédite la performance de 1990 pour remporter la 20e édition de la Coupe du Monde. Elle tient-là sa quatrième étoile.

L’homme du match : André Schürrle (8,5) : le remplaçant de luxe de la Mannschaft a apporté un vrai plus à son équipe. Sa vivacité, sa capacité de percussion, et sa propension à déclencher rapidement des frappes lui ont permis de se montrer à son avantage, se créant notamment la première véritable occasion allemande (37e). Ne trouvant pas le chemin des filets, le joueur de Chelsea s’est alors mué en passeur décisif, adressant un amour de centre pour le but de Götze (113e). Il a assurément été le danger numéro un pour la défense argentine.

Allemagne :

- Neuer (6) : serein depuis le début du Mondial, le gardien de but aurait pu craindre le pire ce soir, sur une sortie face à Higuain (57e). Genou en avant, le portier a certes boxé en premier le ballon, mais a ensuite percuté de plein fouet Pipita, le laissant au sol quelques instants. Et si l’arbitre n’a pas bronché, cette action porte clairement à confusion. Pour le reste, de la sérénité, comme à son habitude. Il n’a jamais tremblé face aux attaquants argentins, rassurant ses coéquipiers.

- Lahm (8) : l’arrière droit de la Mannschaft a une fois de plus réalisé un grand match. Le capitaine de la sélection allemande a été un élément clé du dispositif mis en place par Joachim Löw, lui qui a éteint Pérez en première mi-temps, et qui n’a guère laissé plus de chances à Agüero au retour des vestiaires. Inspiré offensivement, le joueur du Bayern Munich n’a eu de cesse de prendre son couloir, dominant Rojo.

- Boateng (6,5) : le défenseur passé par Manchester City a alterné le bon et le moins bon dans cette finale. Excellent dans le premier acte, s’avérant même être le défenseur central allemand le plus appliqué, il a connu plus de difficultés à la reprise, lui aussi mis à mal par la vivacité des attaquants de l’Albiceleste. Autoritaire tout de même sur certains tacles bien maîtrisés.

- Hummels (4) : réalisant un Mondial absolument exceptionnel, le défenseur central du Borussia Dortmund a connu un premier acte difficile. Chaque fois qu’il a eu à faire face à Lionel Messi dans les 45 premières minutes, celui qui a inscrit deux buts dans cette Coupe du Monde a été pris de court, incapable de suivre à la course le petit lutin argentin. Après la pause, il a certes tenté de revenir avec de meilleures intentions, mais a replongé, à l’image de cette intervention aérienne totalement ratée, qui aurait pu profiter à Palacio (97e).

- Höwedes (3,5) : sa qualité première n’est pas la vitesse, et cela s’est confirmé une fois de plus ce soir. Le latéral gauche de l’Allemagne a éprouvé les pires difficultés à tenir son couloir, trop régulièrement mis à mal par la vivacité des petits gabarits argentins, Lavezzi et Messi en tête. Offensivement discret, il aurait malgré tout pu marquer, d’une tête s’écrasant sur le poteau (45e+2). A écopé d’un carton jaune (33e).

- Kramer (non-noté) : remplaçant au pied levé Khedira, le jeune joueur de 23 ans n’a pas eu l’occasion de fouler bien longtemps la pelouse, lui qui a dû quitter ses partenaires prématurément, visiblement sonné. Remplacé par Schürrle (8,5) : voir ci-dessus.

- Schweinsteiger (7,5) : en homme de l’ombre, le milieu défensif allemand a fait son match. Devant composer avec le forfait de dernière minute de Khedira, puis la sortie de Kramer, le Bavarois s’est tout de même parfaitement adapté, ne montrant aucun signe de faiblesse face à ces différentes situations. En costaud, il a eu un rôle clé à la récupération, avec quelques interventions bien senties à la clé. A écopé d’un carton jaune (29e).

- Kroos (6,5) : annoncé de manière imminente au Real Madrid, le maître à jouer allemand avait à cœur de remporter le Mondial avant de s’envoler pour la capitale espagnole. Il s’est en tout cas démené pour mener à bien sa mission, lui qui a brillé de par la clairvoyance de ses passes, notamment sur coups de pied arrêtés, à l’image de celui qui a amené la tête sur le poteau de Höwedes (45e+2). Replacé dans le cœur du jeu à la sortie de Kramer, Kroos a fait le métier dans l’entrejeu, mais a en revanche loupé deux occasions sur des frappes aux abords de la surface (43e, 82e).

- Özil (4) : le petit Mozart n’a pas su réciter sa partition. Ayant visiblement du mal à s’accorder avec ses partenaires, l’habituel chef d’orchestre n’a pas su emmener les siens dans son sillage, peinant à créer du jeu, et à faire valoir toute l’étendue de ses qualités. Quelques fulgurances pourtant - comme cette ouverture sur Kroos à la 82ème minute de jeu, mais trop rares pour être véritablement tranchant. Remplacé par Mertesacker (119e).

- Müller (5) : ayant marché sur l’eau à chacune de ses sorties ou presque depuis le début du Mondial, l’attaquant n’a pas connu pareille réussite ce soir. Bien pris par une défense argentine appliquée, le joueur du Bayern Munich n’a pas su avoir l’impact escompté ce soir. S’il n’est pas passé à côté de son sujet, Müller a été trop discret pour un joueur de sa trempe, se contentant de bien combiner avec ses coéquipiers à défaut de se créer de bonnes occasions.

- Klose (4) : match frustrant pour l’avant-centre de la Mannschaft. S’il s’est démené sur le front de l’attaque allemande, multipliant les courses et les appels, le joueur de la Lazio Rome n’a en revanche jamais pu se trouver en position de tir, sevré de ballon dans la surface de réparation argentine. Le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du Monde n’a pu renforcer encore un peu plus sa légende. Dommage pour lui. Remplacé par Götze (88e). Le prodige du Bayern Munich a inscrit le seul et unique but du match, d’un magnifique enchaînement amorti poitrine-reprise du gauche.

Argentine :

- Romero (6) : le portier a fait le match qu’il fallait. Rarement sollicité, il a répondu présent quand les occasions se sont présentées, qu’il s’agisse de frappes de Schürrle (37e, 91e), Kroos (43e) ou encore Götze (90e+1). Battu une fois par Höwedes (45e+2), il a eu le bonheur d’être sauvé par son poteau. Il a eu moins de réussite devant Götze en prolongation (113e)...

- Zabaleta (7) : un excellent match de la part du guerrier argentin. Peu mis à contribution par son vis-à-vis désigné par la feuille de match Özil, il fut pourtant au four et au moulin pour apporter son aide défensive. On ne compte pas le nombre de ses interventions ou dégagements salvateurs. La copie est quelque peu gâchée en prolongation, où il est pris de vitesse par Schürrle sur le but allemand (113e).

- Demichelis (6) : le central vétéran a fait le boulot. Bien qu’il ait accusé le coup face aux minutes, ses interventions ont fait du bien, son placement fut irréprochable. On peut noter un petit accroc dans le deuxième acte avec une perte de balle dans l’axe qui aurait pu coûter cher (61e), mais le Citizen a tenu son rang.

- Garay (7,5) : le néo-défenseur du Zenit a lui aussi accompli un travail remarquable. Toujours bien placé pour couper les transmissions ou effectuer les dégagements adéquats, il a fait preuve d’une concentration à toute épreuve pour dégoûter les attaquants adverses.

- Rojo (5) : le jeune latéral s’est démené, mais n’a pas toujours été impeccable défensivement. Quelques erreurs de placement sont à déplorer, mais c’est surtout les absences de son acolyte de couloir Pérez qui l’ont mis en difficulté, lui qui s’est souvent retrouvé face à des situations de surnombres avec les montées de Lahm. Moins sollicité dans le second acte, il fut dès lors plus actif offensivement. Un centre impeccable pour Palacio (97e), véritable balle de but, est à mettre à son crédit.

- Mascherano (8) : le symbole de cette Argentine courageuse. El Jefecito a encore une fois livré une prestation remarquable. Râtisseur de ballons, il s’est fendu d’un grand nombre de tacles salvateurs et anticipations pour couper les transmissions adverses aux abords de sa surface. Inoxydable.

- Biglia (6) : ne pas attendre du Laziale qu’il se mette dans la lumière et verse dans le spectaculaire. Non, son job, il l’accomplit dans l’ombre, et il l’a une nouvelle fois bien fait. Actif à la récupération au côté de Mascherano, l’ancien “médian” d’Anderlecht a assuré ses passes et s’est même fendu de quelques bonnes ouvertures, comme celle somptueuse à destination de Messi (47e)

- Lavezzi (6,5) : un bon match de la part du Pocho. Disponible, il n’a jamais hésité à dézoner pour toucher le cuir, s’étant ainsi montré dangereux sur les phases de contres de par sa vitesse et ses accélérations. Parmi les Argentins les plus dangereux du premier acte, il fut pourtant, étonnamment, sorti à la pause. Émoussé ou victime d’un choix tactique ? Toujours est-il que son remplaçant Agüero (5) n’a pas démérité. Très mobile également sur le front de l’attaque, il a créé des espaces. Mais il ne s’est pas montré décisif, et aurait même pu être expulsé durant la prolongation, lui qui est passé près d’un deuxième carton jaune.

- Messi (5) : à l’instar de son Mondial, la star du Barça fut encore une fois branchée sur courant alternatif. Capable de remarquables actions, comme avec ces rushs incroyables où il s’est joué d’Hummels (8e, 40e), le numéro 10 aurait même pu s’offrir un but, mais a manqué le cadre en face à face (47e). Le reste du temps, il fut des plus discrets. Des fulgurances donc, qui n’ont pas débouché sur du concret.

- Pérez (4) : auteur d’une bonne demi-finale face aux Pays-Bas, le remplaçant attitré de Di Maria a cette fois éprouvé plus de difficulté, notamment d’un point de vue défensif en première période, alors qu’il évoluait à gauche dans le 4-2-3-1 de Sabella. Les incessantes montées de Lahm dans son couloir signifient en effet qu’il n’a pas su bloquer au mieux son vis-à-vis, ce qui a mis son arrière-garde en difficulté. Bien plus à l’aise dans le second acte, lorsqu’il est redescendu d’un cran au passage en 4-3-3. Remplacé par Gago (87e).

- Higuain (3,5) : il aurait pu être le grand homme du match. À la 20e minute de la rencontre, l’avant-centre du Napoli a en effet vu se présenter une opportunité en or, de celles qu’un attaquant de son standing attend pour punir l’adversaire avec froideur. Mais suite à la tête en retrait mal ajustée de Kroos, Higuain, seul face au portier, a manqué le cadre. Il a bien cru se rattraper en faisant trembler les filets, mais il fut signalé hors-jeu. Autant dire que son occasion ratée lui trottera un moment dans la tête, à n’en pas douter... Remplacé par Palacio (78e), qui a lui aussi manqué une opportunité probante face au portier (97e).

10% sur tout Foot.fr avec le code FM10