En Espagne, les rachats de club terminent très souvent mal. Si la Liga n’est déjà pas forcément très favorable à l’arrivée de capitaux étrangers dans les clubs espagnols, les derniers exemples de clubs qui sont passés dans les mains d’investisseurs étrangers plaident en faveur de l’instance espagnole. Inutile de s’étendre sur le cas de Malaga, qui a fini en deuxième division et n’a même pas pu enregistrer ses meilleures recrues estivales à cause de pépins financiers. Une situation intenable, tant sur le terrain qu’institutionnellement. Du côté de Valence, même si la saison dernière a été brillante, ça a souvent été compliqué, et les résultats sportifs obtenus par Marcelino ont permis de cacher le désordre qui existe dans les bureaux. Si l’Espanyol ne s’en sort pas trop mal, ça a été compliqué pour des clubs comme Granada. Autant dire que cet été, lorsque le riche saoudien Turki Al-Sheikh a repris le club d’Almería, tout le monde n’a pas vu ce rachat d’un très bon œil.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le mercato estival a été animé, et que la nouvelle direction a souhaité faire table rase du passé très récent du club... Un nouveau coach - Oscar Fernandez - avait ainsi été embauché par l’ancienne direction... Avant d’être mis à la porte lorsqu’Al Sheikh est arrivé. De même pour de nombreux joueurs qui avaient rejoint la formation du sud de l’Espagne lors des premières semaines de mercato. Quelques semaines après le début du championnat, le propriétaire de la formation andalouse a encore fait des siennes. Exit Pedro Emanuel, le coach portugais qui était pourtant deuxième, et bienvenue Guti, qu’on ne présente plus. Et ça se passe plutôt bien pour l’ancien joueur emblématique du Real Madrid, puisque l’équipe est toujours positionnée à cette deuxième marche du classement qui lui offrirait une montée directe en fin de saison.

Al-Sheikh, un féru de football

Il faut le dire, Turki Al-Sheikh est un drôle de personnage, pour le moins folklorique. Certaines de ses mesures ont fait sourire en Espagne, comme l’organisation d’une tombola avant chaque match d’Almería, où le gagnant repart chez lui avec une Audi neuve. En revanche, contrairement à beaucoup de businessmen qui entrent dans le monde du football uniquement motivés par l’aspect financier, c’est un véritable fan de football. La preuve, il organise régulièrement des rendez-vous et des repas avec des personnalités importantes du monde du football, à l’image de Zinedine Zidane, José Mourinho, Lionel Messi, Unai Emery ou même Quique Setién, le nouveau coach du Barça. L’occasion pour lui d’en apprendre plus sur le monde du football, mais aussi de gagner une certaine visibilité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il n’hésite pas à publier des photos avec des acteurs majeurs du football sur les réseaux sociaux.

Mais surtout, c’est un dirigeant qui compte faire de son nouveau jouet une véritable puissance du football espagnol, n’hésitant pas à mettre la main à la poche. Le stade est actuellement en train d’être rénové, alors qu’un centre d’entraînement va être construit. 17 millions d’euros ont été dépensés l’été dernier, avec l’arrivée de l’espoir anglais Arvin Appiah, 18 ans, pour 9 millions d’euros, alors qu’il était convoité par certaines grosses écuries de Premier League. Des montants jamais vus en deuxième division espagnole, où la plupart des transferts ne dépassent pas le million d’euros, ou sont des arrivées en prêt et fin de contrat. Cet hiver, il a tenté de récidiver, mais il a dû faire face à des contraintes imposées par la Liga. L’institution espagnole régule et encadre les finances des clubs de première et deuxième division, avec, entre autres, un plafond salarial imposé qui dépend des revenus directement générés par le club. Une façon de s’assurer que tous les clubs terminent dans le vert, mais aussi, un moyen de ne pas fausser la compétition avec des clubs financés par un mécène.

Javier Tebas ne fera aucun cadeau

Dès lors, Al-Sheikh a tenté de mettre en place différents stratagèmes pour contourner ce fair-play financier de la Liga. Certains joueurs, de l’équipe B notamment, ont été vendus... à des clubs saoudiens. Isah Aliyu est ainsi parti à Al-Shoulla, alors que Youness s’en est allé à Al-Kawkab. De quoi tromper la vigilance de Javier Tebas ? Clairement pas. « Ce qu’il a fait n’a pas servi pour alléger sa masse salariale. La vente de joueurs à des équipes arabes, on ne comptabilise pas ça. Pour nous, il n’a vendu personne. Et les partenariats sans aucune logique financière ne permettent pas de recruter plus », a confié le patron du championnat espagnol lundi soir à la Cadena COPE, ajoutant que ces opérations étaient en plus surévaluées.

Il faut dire qu’Al-Sheikh comptait bien offrir de sacrées munitions à Guti. Matias Palacios (17 ans, San Lorenzo), considéré comme un des plus gros espoirs argentins, était ainsi dans le viseur du club, prêt à griller le Real Madrid. Alvaro Negredo, expérimenté attaquant espagnol, avait aussi des chances d’arriver dans le sud de l’Espagne cet hiver. L’arrivée d’Hatem Ben Arfa, qui s’est finalement engagé à Valladolid, avait aussi été envisagée, alors que Gustavo Scarpa, ailier de Palmeiras qui avait même passé la visite médicale, n’a finalement pas pu s’engager. Finalement, l’ancien international espagnol va devoir se contenter de joueurs comme Wilfried Kaptoum et Francis (Betis), David Costas (Celta) ou Fran Villalba (Birmingham), tous arrivés sous forme de prêt. Al-Sheikh va donc devoir attendre une montée en Liga pour s’offrir sa première fournée de galactiques, mais il pourra déjà se consoler avec un premier Zidane : Enzo, que son club est allé chercher sur le gong le 31 janvier...