Hatem Ben Arfa va, enfin, découvrir le championnat espagnol, du haut de ses 32 ans. Depuis des mois déjà, la volonté du joueur formé à l’OL semble être d’évoluer de l’autre côté des Pyrénées, et il semble enfin avoir trouvé chaussure à son pied avec Valladolid. Il s’est ainsi engagé avec le club de Castilla y León pour six mois. Le joueur passé par Newcastle, l’Olympique de Marseille et le Stade Rennais, entre autres, arrive dans un club peu médiatisé en France, où il est principalement connu pour être présidé par Ronaldo Nazario. Promu en Liga à l’été 2018 après un passage en deuxième division, la formation entraînée par Sergio, l’ancien milieu de terrain international espagnol, devrait une année de plus lutter pour le maintien.

Pourquoi les Vallisoletanos sont-ils allés chercher Ben Arfa ? C’est une équipe qui a énormément de mal à marquer. Le 4-4-2 de Sergio (parfois 3-5-2), système à la mode en Liga, garantit à l’équipe un certain équilibre, et a par exemple permis à Mohamed Salisu de briller en charnière centrale, à tel point que le défenseur ghanéen de 20 ans est annoncé dans le viseur de sacrées équipes. Mais l’animation offensive de l’équipe en pâtit. Les joueurs les plus offensifs, généralement Sergi Guardiola et Enes Ünal, n’ont que très peu de ballons, notamment parce que la majorité des joueurs alignés dans la ligne de 4 au milieu, si ce n’est Toni Villa ou Oscar Plano qui ne sont pas indiscutables, ont tous des profils assez défensifs. Fede San Emeterio et Joaquin par exemple. Résultat des courses, les Blanc et Violet sont la deuxième équipe qui tire le moins en direction des cages en Liga cette saison, et la deuxième pire attaque avec 17 réalisations en 21 journées.

Un projet solide

Un soucis offensif qui vient donc d’un manque de créativité et de meneur(s) de jeu dans l’effectif, plutôt que de potentiels problèmes de qualité des attaquants de l’équipe. La direction de Valladolid a donc fait de Ben Arfa sa cible de choix pour rebooster son secteur offensif. Ronaldo Nazario, qui nourrit de belles ambitions pour son club, a aussi trouvé son galactique. Après avoir tenté de profiter de ses relations avec Florentino Pérez pour attirer Takefusa Kubo, Vinicius Junior ou Reinier sous forme de prêt l’été dernier, il a donc sa recrue médiatique tant attendue. L’ancien attaquant légendaire de la Canarinha veut, sans faire de folies, installer Valladolid en Liga sur la durée, et prévoit notamment la construction d’un nouveau centre d’entraînement, un lifting du stade qu’il veut acheter et plusieurs opérations marketing pour dépendre un peu moins des droits TV. Mais c’est surtout Miguel Ángel Gómez, ancien protégé de Monchi, qui gère les affaires sportives du club, généralement assez discret sur le mercato.

Ben Arfa va donc arriver dans un club plutôt bien géré et avec une vision sur le moyen/long terme. Un peu paradoxal dans la mesure où lui devrait plutôt servir à faire le pompier de service et régler les soucis de l’équipe de façon temporaire compte tenu de son âge. Sur le terrain, on peut imaginer un positionnement sur un côté, ou en tant que deuxième attaquant de pointe, comme ce fut le cas à Rennes lorsque Stéphan misait sur un 4-4-2. Mais surtout, il va devoir être opérationnel assez rapidement, premièrement car les attentes vont être énormes, mais aussi parce que son équipe en a besoin. Surtout que des rencontres décisives face à des rivaux pour le maintien comme Mallorca ou l’Espanyol se profilent à l’horizon.

La Liga, un championnat offensif. Vraiment ?

On peut imaginer qu’Hatem Ben Arfa a nourri le fantasme de débarquer dans une équipe ou un championnat technique, où les joueurs de son profil sont à leur avantage. Un cliché qui était encore valable il y a quelques années, mais la Liga a bien changé depuis. Il semble effectivement y avoir de moins en moins de place pour les joueurs de ballon, et l’exigence physique est de plus en plus importante. La tendance est aujourd’hui à l’équilibre avant tout, et les entraîneurs, Sergio Gonzalez le premier, demandent à ses joueurs de se donner sur les séquences défensives. Mais surtout, on voit des défenseurs plus durs sur l’homme, et le jeu de position un temps légion en Espagne s’est transformé en jeu de transition, où on se projette très vite vers l’avant à la récupération du ballon. Les équipes défendent bien regroupées devant leur surface, et il y a de moins en moins d’espace. Tant d’éléments qui expliquent en partie les adaptations difficiles de joueurs avec des caractéristiques physiques et techniques similaires à celles du Français ces dernières années, comme Thomas Lemar, Eden Hazard, João Félix ou Philippe Coutinho.

Le contexte dans lequel il va arriver ne sera donc pas forcément différent de celui qu’il a connu en Ligue 1, avec bon nombre d’équipes qui jouent surtout pour ne pas perdre plutôt que pour gagner. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la moyenne de buts marqués en Liga baisse d’année en année. Lorsqu’il jouera sur les pelouses d’Eibar, Alavés ou Getafe, Ben Arfa doit donc s’attendre à recevoir des coups, à voir un ou même deux joueurs se ruer sur lui dès qu’il aura le cuir entre les pieds, et devra dans le même temps faire un gros travail de repli. L’ancien du PSG ne jouera clairement pas dans un fauteuil, en somme. Le joueur, qui n’a plus joué de rencontre officielle depuis plusieurs mois, ne sera pas forcément opérationnel tout de suite, mais ses débuts au Pays de Cervantes seront scrutés de très près !