Foot Mercato : bonjour Gustavo, comment allez-vous et quelle est votre situation ?

Gustavo Poyet : je vais bien, très bien, tranquille. J’attends pour finir tout avec le club. Il faut signer beaucoup de choses. On continue, ce n’est pas fini. On continue les négociations pour terminer la relation. Ce sont des choses qui vont vite.

FM : c’est rare de voir partir un entraîneur après une qualification. Quand avez-vous pris la décision ?

GP : attendez, je n’ai pas décidé de partir. Tout le monde dit ça mais j’ai été suspendu. Je suis une personne qui, vraiment, suit son instinct. Je l’ai fait pendant ma carrière de joueur, c’est pareil pour un entraîneur. Je n’étais vraiment pas content à midi (le jour de match retour contre Mariupol lors du 3e tour préliminaire de Ligue Europa, ndlr), comme je l’ai dit. Ce n’est pas une situation normale pour un club de ce niveau-là. Avant, j’aurais peut-être pris la décision, plus facile, de partir avant le match mais j’étais plus jeune, je faisais les choses différemment.

FM : vous avez décidé de jouer le match...

GP : j’ai décidé quand même de rester, de gagner le match, je n’ai pas cherché d’excuses. Je mets des joueurs sur le terrain sans avoir la possibilité de chercher des excuses. Je ne voulais pas que le départ de Gaëtan, sans que je le sache, soit une excuse pour moi de ne pas gagner le match. Alors je me suis dit : "je vais gagner le match et après on parlera". Cela dépend de moi. Je ne vais pas changer. Moi, je ne peux pas aller en conférence de presse et faire l’acteur. Je suis comme je suis. Je parle comme je parle, que tu aimes ou que tu n’aimes pas.

FM : en conférence de presse vous n’avez pas dit que vous vouliez partir. Que s’est-il passé ensuite ?

GP : le plus important, et je vous remercie de me joindre, c’est de bien écouter tout. Il ne faut pas écouter seulement ce que vous voulez écouter, je ne le dis pas pour vous, je le dis pour tout le monde. Les gens écoutent seulement une partie de la conférence. Je parle de tout. Je ne change rien de ce que j’ai dit en conférence de presse, rien. Je ne peux pas m’interdire : "peut-être que j’ai dit ça et ça n’a pas été bien compris". Non, non, je l’ai dit comme je voulais le dire. Je parle de honte, en Anglais "embarrassing". Beaucoup de journaux, des radios et de télévisions en Angleterre qui ont traduit "honte" par "disgrace", ce n’est pas la même chose. Cela a crée encore plus d’informations "oh Gustavo Poyet il a dit disgrace", non non je n’ai pas dit "disgrace".

FM : donc la situation de Gaëtan Laborde...

GP : (il coupe) clairement, la situation, c’était une honte, c’est ce que j’ai dit. Cela ne passe pas. Un entraîneur va jouer un match de Coupe d’Europe, il perd son attaquant qui va jouer 8h45 après ? À midi, je l’ai appris. Cela, c’est la vérité. Le lendemain, j’ai été convoqué dans les bureaux au château (le Haillan, ndlr) à 9h du matin et ils m’ont mis à pied.

FM : vous en voulez aux dirigeants de Bordeaux ?

GP : moi, je travaille à un niveau... Je vais vous définir ça. J’ai demandé du professionnalisme et du respect. Ça, c’est le minimum. Après moi, comme personne, j’ai décidé de vivre ma vie en étant honnête et en disant la vérité. Quand tu dis la vérité tout le temps, même si des fois tu ne peux pas dire des choses, faire du mal aux joueurs ou à une personne, il faut faire attention. Dire toute la vérité, ce n’est pas possible. Mais il ne faut pas mentir, jamais. Pour moi, c’est facile. Si on reparle de cette situation dans dix ans, pour moi, c’est facile de revenir. Il ne faut pas penser "oh qu’est ce que j’ai dit, je m’en rappelle pas". Je vais m’en rappeler toute ma vie puisque c’est vrai.

FM : donc le cas Laborde...

GP : en plus, si vous avez vu ce que Gaëtan Laborde a dit cette semaine là... Que moi je l’ai appelé à midi ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? Je me suis fait un film ? Il était dans le groupe. La responsable de la presse, elle ne le savait pas. J’avais mis les 18 joueurs, le mercredi à 19h avant le match. Si elle savait, elle n’est pas professionnelle. Il y a deux solutions. Soit elle ne savait pas, soit elle n’est pas professionnelle. Le délégué, il est venu me voir à midi, il ne savait pas. Il est venu me voir à midi et deux minutes et m’a dit : "Gaëtan, il n’est pas ici". J’ai pensé qu’il y avait eu un accident et il m’a dit que non, qu’il était à Montpellier. La réception de l’hôtel ne savait pas non plus puisque ses clés n’avaient pas été récupérées. Personne ne savait ou alors une personne. Je ne veux pas parler des choses avant la fin. Quand ce sera fini, je vais dire beaucoup de choses. Il y a beaucoup de choses à dire. Je n’ai pas parlé quand je suis parti de Grèce. Qu’est-ce qu’il reste ? L’opinion des autres. Ceux qui ont besoin de dire quelque chose pour convaincre les supporters.

FM : mais là vous parlez.

GP : là, ça va changer. Je vais tout dire. Je vais peut-être faire une conférence de presse, tout le monde sera là, c’est plus facile. Moi, j’ai décidé de vivre ma vie comme ça et je sais que ce n’est pas possible pour tout le monde. Je respecte tout le monde. Il y a des gens qui ont besoin de choses pour travailler, de leur famille. Ils n’ont pas tous la possibilité de parler comme je le fais. J’ai choisi cette manière de vivre. Beaucoup de monde m’a dit "mais pourquoi tu n’as pas attendu un mois, les Américains arrivent et tout va changer". J’ai dit non, ce n’était pas possible de laisser passer ça. La prochaine chose, ça allait être quoi ?

FM : en termes de mercato, les dirigeants vous avaient-ils promis quelque chose ?

GP : ça, c’est un autre problème. Je voudrais bien être sur un plateau de télévision avec le président et le directeur sportif. En tête à tête et en direct, pas enregistré. Et parler de la vérité, ils ne vont pas l’accepter. Ce n’est pas possible pour eux de dire la vérité devant moi à la télévision. Je sais tout. Je connais beaucoup de choses. Je sais ce qu’on a négocié avec les joueurs, les offres que nous avons envoyées. Je parle avec tout le monde, je connais tout le monde. J’ai les mêmes manières avec toi, qu’avec mon fils, qu’avec un agent, qu’avec un joueur. C’est pareil. Je suis la même personne, je ne change pas. Le transfert de Gaëtan, c’était la dernière chose. Vous ne savez pas ce qui s’est passé avant.

« Qu’est-ce qu’il va rester de moi à Bordeaux ? La conférence de presse »

FM : ils ont voulu vous faire du mal ?

GP : ils ont utilisé les médias pour me faire du mal. En fin juillet, il y a les mêmes choses qui sortent dans L’Équipe et dans Sud Ouest. Tout venait d’un dirigeant bordelais (rires). Ça, ça fait du mal, ça, ce n’est pas professionnel, ça, c’est amateur. Essayer de faire du mal, à ton entraîneur, par derrière, et donner une information privilégiée, parce qu’il y en a une là. Il y a beaucoup de choses. Tu sais comment ça marche. Il y a des avocats, des choses que tu peux dire, avant ou après. Des clauses de confidentialité si tu arrives à un accord. Sinon, il n’y a rien. Ça, c’est le football.

FM : c’est ce qu’il s’est passé en Grèce ?

GP : je vais te donner une petite information. Tout le monde pense que je ne suis pas parti en bons termes de l’AEK Athènes. Parce que le propriétaire a dit que j’étais amoral. La vérité, c’est que j’ai tellement bien fait, que le propriétaire était sous pression pour m’offrir un nouveau contrat, alors que le mien se terminait. On a bien travaillé, on a gagné les trois gros matches contre le Panathinaïkos, l’Olympiakos et le PAOK Salonique. Il était sous pression parce que mon contrat se terminait. Après deux réunions avec lui, j’ai compris qu’il ne voulait pas me garder, parce qu’il ne m’a fait aucune offre. J’ai décidé, moi-même, de faire un email privé. "Merci, c’était magnifique, j’étais vraiment content de travailler ici. J’espère qu’on va gagner la Coupe et se qualifier pour la Ligue des Champions à la fin de la saison. Mais je voulais dire en avance que je vais partir à la fin de mon contrat". Il m’a viré trois heures après cet email.

FM : vous l’avez encore en travers de la gorge ?

GP : quand tu as de l’ego, c’est "tu ne vas pas partir quand tu veux, tu vas partir quand je veux". Tu penses que c’est mal ? Que c’est amoral de faire un email à quelqu’un pour le remercier de la possibilité qu’il t’a donnée ? Qu’est ce qu’il y a de mal ? Le timing, ce n’est pas le moment ? Ok. On peut en discuter, je suis honnête. Ça ne veut pas dire que je ne peux pas le faire. Je me rappelle de certains entraîneurs qui ont annoncé leur départ avant. Et qu’est-ce qu’il s’est passé ? Rien. Alors pourquoi ? Parce que ça dépend de l’ego de chaque personne. Qu’est ce qu’il reste dans la presse ? Gustavo Poyet il est parti avec des problèmes. Non pas du tout. Si demain, il veut manger avec moi, il n’y a pas de problème. Il voulait être bien avec les supporters, que lui il restait et moi non. Je n’ai pas de problème avec ça. Je sais ce que j’ai fait que mon action était valide et professionnelle. Si les gens ne veulent pas le voir, ce n’est pas mon problème.

FM : entendre le nom de Thierry Henry pour vous remplacer, ça vous a touché ?

GP : d’abord, je pense que ce n’est pas normal. Ce n’est pas respectueux de dire que tu parles, publiquement, avec des entraîneurs. C’est normal de parler avec des agents, des entraîneurs pour savoir s’ils sont intéressés à l’idée de venir avant que tu aies pris la décision finale de virer l’entraîneur. Le football, des fois, ce n’est pas légal, mais ça passe. Mais je n’ai pas de problème. De parler en télévision, directement dans les journaux, sans arriver à la fin de mon contrat... Ils montrent leur manque de professionnalisme. Avec tout le respect que j’ai pour Ricardo, Thierry, c’est un mec qui va entraîner bientôt. C’était un homme exceptionnel pour Bordeaux, pour changer la situation de mini-crise. C’était parfait. Mais je n’ai pas du tout aimé, c’est une honte, que toutes les informations sortent dans la presse quand il a dit non.

FM : les détails ?

GP : je pense qu’il faut faire attention. Tu ne peux pas dire dans la presse, encore, des informations privilégiées sur les demandes de Thierry Henry. C’est vraiment amateur. Ils ont donné beaucoup d’informations : qu’il a demandé ça pour les recrues, des choses pour sa famille. Là, il n’y a pas de respect. Si tu vas chercher quelqu’un et qu’il ne veut pas venir, pourquoi tu vas donner des informations ? Pourquoi tu vas chercher des excuses ? Pourquoi c’est toujours l’autre le responsable ? Pourquoi le responsable de ne pas recruter un joueur, c’était moi ou mon agent ? Je n’ai pas signé un joueur de mon agent encore. Pourquoi Henry c’était lui le problème ? Pourquoi Ranieri c’était aussi lui le problème ? C’est toujours le problème des autres ? Quand je perds un match, c’est moi le responsable.

FM : donc on revient sur le problème du mercato ?

GP : c’est facile à dire. On savait après la fin du championnat, le 19 mai, que, minimum, il nous fallait un attaquant et un numéro 10 parce que Braithwaite et Meïté retournaient dans leur club. Après, on savait à 99% que Malcom ne restait pas et il fallait un remplaçant. C’était le minimum. Après on peut discuter. Je voulais cinq joueurs : un autre attaquant et un milieu de terrain. C’est quand qu’il a signé l’avant-centre ? C’est aussi ma faute. On va laisser la situation se régulariser et quand je pourrais parler, je le ferai. Quand les médias m’ont appelé la semaine dernière, j’ai dit "excusez moi, je ne peux pas parler". Il faut attendre. Là, j’ai décidé hier de discuter. C’est quelque chose qu’il faut terminer. Ils ont nommé un autre entraîneur.

FM : oui, Ricardo.

GP : j’espère que ça va bien se passer pour lui. Spécialement pour Eric (Bédouet, ndlr), qui a fait un travail exceptionnel. Il a été tellement bien avec moi et, quand je suis parti, il a pris une situation difficile. Mais je veux qu’on aille au bout de cette procédure, c’est le principal.

FM : avec les nouveaux possibles dirigeants, c’est difficile de savoir qui décide ?

GP : oui, peut-être. Moi je ne sais pas comment le dire mais, hier on m’a demandé pourquoi je n’étais pas resté alors que les Américains arrivaient. Je ne sais pas s’ils vont arriver. C’est facile à dire, d’accepter tout et n’importe quoi. Attention. Il y a beaucoup de choses en jeu et ce n’est pas tellement facile à dire. C’est difficile. Je ne peux pas en dire plus (rires).

FM : les jeunes ont-ils eu le niveau ?

GP : le niveau des jeunes est tellement bon. On parle toujours des joueurs qui ne jouent pas. On m’a demandé l’année dernière pourquoi les jeunes ne jouaient pas. Il faut faire attention, on a fait une fin de saison extraordinaire. Tu ne peux pas tout avoir. Tu ne peux pas avoir une fin de saison extraordinaire, faire jouer les jeunes, etc. Le plus important, c’est l’équipe. On a gagné des matches alors on ne peut rien dire. Tu ne peux même pas demander pourquoi lui il n’a pas joué. Je le dis à tout le monde : Tchouaméni, il a un futur extraordinaire. Il n’a pas joué, parce que j’ai pris la décision. Quand je suis arrivé, j’ai dit qu’il allait jouer avant la fin de la saison, il n’a pas joué. C’est ma faute. Mais ce n’est pas parce qu’il n’a pas la qualité ou qu’il n’était pas prêt. C’est ma faute. J’ai trouvé une équipe qui a été tellement bonne que je ne voulais pas y toucher. Zaydou Youssouf, lui, il voulait jouer au milieu et moi je pensais que c’était mieux de le mettre sur le côté. Je lui ai dit "tranquille, vous avez 18 ans, attendez la préparation et on verra". Il a joué tous les matches de coupe d’Europe tout comme Tchouaméni. Pourquoi on parle toujours de ça ? On me demande pourquoi certains ne jouent pas. Mais on va jouer à 22 ? C’est comme ça, c’est une équipe de football. Si je ne gagne pas, je comprends les questions. Quand tu gagnes... On a gagné les quatre matches de la Coupe d’Europe. Il ne faut pas oublier que, l’année dernière, on a perdu contre Videoton. On ne veut garder que le négatif.

FM : avez-vous peur de la trace que vous laissez ?

GP : qu’est-ce qu’il va rester de moi à Bordeaux ? La conférence de presse. Parce qu’on parle toujours du négatif, que ça fait plus de bruits. Moi, comme entraîneur, je veux partir et dire que c’était mon deuxième club avec qui j’ai gagné le plus de matches. Ça c’est du football. Si tu ne gagnes t’es pas bon. Si tu gagnes, tu as fait la conférence de presse. On accepte jamais le positif. Quand ça n’a pas marché au Betis, j’ai dit que c’était ma faute. C’était moi. Je n’ai pas pris toutes les précautions ni toutes les informations avant d’arriver là-bas. Je n’ai pas dit que c’étaient les autres. Là c’est moi aussi. Je veux seulement remercier les supporters, ils sont exceptionnels, ils me comprennent très bien. Mon staff et Eric, ils sont exceptionnels. Et je veux aussi remercier les joueurs. Je n’ai pas les mots pour dire comment ils ont été, comment ils ont compris, leur attitude. C’était extraordinaire, alors, vraiment, merci.

FM : quels sont vos objectifs maintenant ?

GP : je vais être tranquille, regarder du football. Peut-être faire un peu de presse. J’aime bien, aller à la télévision ici en France. Faire quelque chose en Angleterre. Je vais commencer à écouter. Si tu me demandes la première option, c’est retourner en Angleterre. Quand je suis parti de Sunderland, je l’avais décidé pour regarder les autres championnats. Et j’ai bien fait puisque j’ai beaucoup plus d’expérience maintenant.