Lundi soir, Nice-Matin annonçait que Jim Ratcliffe était en passe de racheter l’OGC Nice pour la coquette somme de 100 millions d’euros. Enfin, une offre écrite avait été faite et surtout elle avait été acceptée par les propriétaires sino-américains. Toutefois, il reste encore un long chemin à parcourir avant qu’il y ait du changement à la tête des Aiglons, coachés par Patrick Vieira. En France, on ne sait pas grand-chose sur Ratcliffe et surtout on se demande ce qu’il pourrait venir faire sur la Côte d’Azur.

Au Royaume-Uni, Ratcliffe est essentiellement connu comme l’un des hommes les plus riches du pays, après avoir fait fortune dans le domaine de la chimie. Sa fortune nette est estimée à 21,05 milliards de livres (environ 24 milliards d’euros), ce qui n’est bien évidemment pas rien. Même s’il est critiqué pour avoir emménagé à Monaco, outre-Manche, il est aussi connu pour être un ardent défenseur du Brexit. Il est en faveur des gaz de schiste dont l’exploration est en cours d’étude dans le Royaume. Ratcliffe considère que les régulations européennes sur l’environnement bloqueront ces explorations.

De gros investissements dans le sport ces dernières années

Toutefois, il a pris une part active dans le sport, ces derniers temps. Le 1er mai, la Team Sky, dernière vainqueur du Tour de France, devenait la Team Ineos (nom du groupe de Jim Ratcliffe). Ce n’est pas tout. En septembre dernier, le Britannique avait déjà investi la modique somme de 141 millions de dollars (125 M€) pour que Ben Ainslie, le marin britannique, mène l’Ineos Team UK à la victoire dans la prochaine Coupe de l’America qui aura lieu en Nouvelle-Zélande en 2021.

Alors, concernant la Team Sky, il est expliqué qu’elle allait s’arrêter et que l’opportunité était trop grande pour passer à côté. Sous sa coupe, le budget de l’équipe six fois vainqueur, sur les sept dernières éditions du Tour de France, va passer d’environ 37 millions d’euros à une somme comprise entre 40 et 50 millions d’euros, écrasant financièrement les autres formations. Pour autant, il semble qu’il ait un véritable amour pour le sport, tout comme son fils.

Il a fait évidemment de la voile et du cyclisme, il a aussi participé à un triathlon. Il a même roulé avec Geraint Thomas, l’une des stars de son équipe avec Chris Froome, avant la conclusion du contrat Ineos. Concernant cet investissement dans le vélo, il ne s’impliquera probablement pas plus que cela. Sauf si la Team Ineos échoue à remporter le Tour de France. Il s’attend évidemment à l’emporter sur la Grande Boucle et seul un échec pourrait le faire s’impliquer de manière bien plus importante dans son équipe de cyclistes.

Pourquoi mettre de l’argent à Nice ?

Forcément, la question de ses intérêts dans le football va rapidement se poser. Souhaite-t-il la jouer mécène et faire de l’OGCN sa ballerine ? Lorgne-t-il, un peu à l’image d’un McCourt, l’immobilier de la Côte azuréenne ? Ou souhaite-t-il lisser son image ? Dans le football on ne sait pas, concernant le vélo, c’est un brin plus clair. « L’avantage du cyclisme, au contraire du foot, c’est que le nom de l’équipe est directement associé au sponsor et plusieurs études montrent qu’en revenus publicitaires, une équipe qui investit 15 millions par exemple comme AG2R, peut générer jusqu’à 9 à 10 fois plus en termes de rentrées publicitaires. En gros, c’est un gain pour le sponsor, mais il faut faire le Tour pour que ce soit rentable. Et c’est une question d’image. Ça dépend de l’intérêt du sponsor. Se faire connaître, avoir une meilleure image », détaillent les responsables du compte Twitter Le Gruppetto.

Jean-Baptiste Guégan, spécialiste et enseignant en géopolitique du sport, nous explique que l’idée est intéressante : « il peut avoir les moyens de ses ambitions. Il peut mettre en place le modèle de club qu’ambitionne l’OM de McCourt. Nice est un nom qui, comme Paris ou Cannes, dépasse le simple cadre du sport. Reste à savoir ce qu’il veut en faire : participer ? Gagner ? Battre Paris ou accepter de jouer le top 4 ? Il doit être familier de Nice (il habite à Monaco, ndlr) comme nombre d’Anglais fortunés. Maintenant l’homme est intelligent et il ne fait pas ça que pour se faire plaisir ».

Une image écornée au Royaume-Uni

En effet, l’image qu’on a de lui au Royaume-Uni ne doit pas franchement lui plaire. Il donne quelques interviews, mais elles sont rares, il ne fréquente pas non plus les cercles people et demeure secret sur sa vie privée. Du côté des médias, on n’a pas franchement non plus une bonne image. Notamment dû au fait des préoccupations environnementales, grandissantes au tour du monde. Toutefois, certains qui l’ont déjà croisé nous confient qu’il peut être tour à tour charmant en face à face, mais aussi parfois à s’emporter et de traiter d’ignorants des gens qui seront en contradiction avec lui. Le fait d’avoir traité le gouvernement du Royaume-Uni de « gouvernement pathétique » ne joue pas non plus en sa faveur dans les médias.

Pour autant, ses investissements dans le sport ne sont pas toujours vus du bon oeil et certains de ses critiques pensent savoir pourquoi Ratcliffe s’investit dans le sport. « Les personnes qui le critiquent pensent que son intérêt pour le sport est une tentative de rendre son image plus amicale auprès du grand public, alors qu’il est fréquemment critiqué pour ses prises de positions allant à l’encontre de l’écologie, pour ses intérêts. Comme lorsque des gens avaient mis des masques à son effigie, avec des cornes de diable, en protestant devant la Cour royale de justice du Royaume-Uni en mars dernier », nous souffle un observateur de l’évolution des financements de Jim Ratcliffe dans le sport, évoquant notamment les choses qui ont été dites lorsqu’il a donné de l’argent pour la Coupe de l’America.

Ambition Ligue des Champions ?

La question va forcément se poser si le deal était amené à se faire. Julien Fournier et Jean-Pierre Rivère, partis au milieu de l’année, pourraient revenir. Mais le budget transfert augmentera-t-il de façon conséquente ? Nul ne le sait. Il conviendrait aussi de savoir si ce changement de propriétaire aura lieu pendant le mercato estival, ce qui risquerait de faire prendre du retard concernant les arrivées, mais aussi les départs chez les Aiglons.

Robert Ratcliffe, le frère de Jim, missionné pour négocier avec les dirigeants du club niçois avait d’ailleurs offert quelques mots à Nice-Matin. « Des investissements conséquents, un plan de développement clair et ambitieux sur le long terme. La Ligue des Champions, c’est un objectif bien sûr », avait-il ainsi expliqué en avril dernier. Intéressé de longue date par Chelsea, mais toujours renvoyé dans les cordes par Roman Abramovitch, Jim Ratcliffe a peut-être - enfin - trouvé chaussure à son pied avec l’OGC Nice. Le temps des premiers bilans arrivera bien assez tôt, si le Britannique prend les rênes.

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