Foot Mercato : Alain Giresse a donné la liste des 23 joueurs retenus pour défendre les couleurs de la Tunisie durant la CAN. J’imagine que c’est un honneur pour vous d’en faire partie...

Mouez Hassen : bien sûr. C’est toujours un honneur de faire partie de cette sélection, surtout pour participer à une grande compétition. Je suis très heureux de figurer dans cette liste finale, en espérant que tout se passe bien.

FM : quelles sont les forces de votre équipe ?

M.H : notre force est qu’on a un fort caractère. Ça fait un moment que tous les joueurs se fréquentent. On a un bon groupe. On a une équipe qui sait jouer au ballon. On est aussi très bons en contre.

FM : quelles sont vos ambitions collectives et individuelles durant ce tournoi ?

M.H : comme toutes les autres équipes, notre ambition est d’aller le plus loin possible en espérant remporter cette Coupe d’Afrique des Nations. Individuellement, je vais essayer d’être titulaire, de gagner ma place en étant le plus performant possible et en étant là pour l’équipe. Mes objectifs ont toujours été assez élevés. Si je pouvais ajouter un trophée à mon palmarès, ce serait génial.

FM : cette CAN sera l’occasion de prendre une petite revanche personnelle, vous qui vous étiez blessé à l’épaule le 19 juin 2018 lors de la Coupe du Monde en Russie.

M.H : j’ai été longuement blessé. Je suis passé par toutes les étapes. Cette année était assez compliquée pour moi. Mais je pense que j’ai su être fort mentalement, j’ai beaucoup travaillé pour revenir et faire partie de cette sélection. Aujourd’hui, être là, ce n’est pas une revanche, c’est surtout montrer le fort caractère et la détermination que j’ai eu. C’est montrer qui je suis.

FM : cette blessure au Mondial, était-ce le pire moment de votre carrière ?

M.H : ça a été le plus beau et le pire moment de ma carrière. Le plus beau moment car faire partie de cette sélection, jouer une coupe du Monde à mon âge, c’était exceptionnel. Surtout, faire un début de match pareil (face à l’Angleterre, ndlr), je ne l’aurais jamais espéré. Ensuite, c’était le pire moment car je ne m’attendais pas à ça sur le coup. Voilà, c’est arrivé parce que Dieu l’a décidé. Il y a eu ensuite des complications. Donc oui je peux dire que ça a été l’un des pires moments de ma vie. J’ai pu compter sur ma famille et mes proches. Ils ont été là pour moi. Mais quand vous avez une grosse blessure comme celle-là, vous vous retrouvez souvent seul. Personne ne peut vous comprendre, personne n’est à votre place pour savoir ce que vous ressentez. C’est compliqué.

FM : cela est derrière vous à présent. Malgré tout, est-ce que cette mauvaise expérience vous a permis d’évoluer ?

M.H : au final, je suis ressorti plus fort et grandi de tout ça. Ça m’a permis d’avoir plus de maturité et de prendre surtout plus de recul sur les choses. Parfois, on se dit que c’était un mal pour un bien. Seul l’avenir nous le dira. Mais aujourd’hui, le plus important pour moi est d’être de retour dans le groupe et que je puisse participer à la CAN. Tout ça est derrière moi. Je travaille pour être le plus performant possible pour aider l’équipe.

L’Angleterre, la destination favorite de Mouez Hassen

FM : comment avez-vous vécu cette saison à Nice ?

M.H : c’était assez compliqué. Par rapport à ma blessure, je me suis dit si je n’avais pas blessé, j’aurais eu une chance de jouer. Après ma saison à Châteauroux (en prêt, ndlr), je sais que le club comptait sur moi. Du coup, quand vous vous retrouvez indisponible entre quatre à sept mois, quand vous revenez, vous êtes un peu mis de côté. L’équipe tourne, il y a des joueurs performants. Donc pour retrouver une place c’est assez difficile pour n’importe quel joueur. J’ai pu retrouver le groupe. Rien que le fait de m’entraîner avec eux était très bien pour moi car j’avais encore quelques douleurs au niveau de mon épaule. Petit à petit, j’ai pu gratter ce que je pouvais gratter. Au final, je ne vais retenir que le positif. Je ne vais pas retenir le fait que je n’ai pas joué. Oui, c’était triste de ne pas jouer. Mais ça aurait été encore plus triste si je n’avais pas été en équipe nationale et si je n’y étais pas revenu. Grâce à Dieu, j’en suis là aujourd’hui. Je vais me contenter de ça.

FM : comment s’est passée pour vous cette longue période en marge du groupe niçois ?

M.H : on se sent impuissant et mis de côté. On ne peut rien faire pour aider l’équipe, on ne peut pas montrer qu’on est là. À part être dans le vestiaire, on ne peut pas faire grand-chose. Ce qui me manquait, c’était de ne pas être concerné par les mises au vert, par les matches et tout le reste. On se sent seul.

FM : vous êtes en fin de contrat et vous allez quitter les Aiglons. Que retenez-vous de votre passage là-bas ?

M.H : c’est un club où j’ai beaucoup appris. J’ai commencé très jeune, j’ai fait une cinquantaine de matches en Ligue 1. Puis j’ai été prêté à Southampton et à Châteauroux. Je ne veux garder en tête que le positif. J’ai mis du temps à comprendre les choses et à éclore comme je le voulais. Maintenant, je pense que je suis prêt mentalement. Ça m’a servi de comprendre qui j’étais et les erreurs à faire et à ne pas faire. On va dire que c’était un apprentissage.

FM : aujourd’hui, quelles sont vos envies pour la suite ?

M.H : je ne peux pas vous dire grand-chose car je ne sais pas ce que je veux exactement aujourd’hui. J’ai envie de jouer cette CAN, j’ai envie d’être performant et le meilleur possible. Ensuite, tout s’ouvrira. Que je sache où je vais maintenant ou plus tard, ça ne va rien changer pour moi. Le mercato est long.

FM : privilégiez-vous plutôt une expérience en France ou à l’étranger ?

M.H : oui, j’ai une préférence. Je veux partir à l’étranger. Je veux voir autre chose. En France, je trouve qu’on travaille moins qu’à l’étranger. Par exemple, quand j’étais en Angleterre (Southampton), on travaillait deux fois plus et j’aime cette mentalité (...) J’ai vraiment envie de goûter au haut niveau et travailler à l’étranger. L’Angleterre m’intéresse, même le fait d’évoluer en Championship. Du moment où je suis là-bas, ça me va. Le football reste le même. Si c’est possible, retourner en Angleterre me plairait beaucoup.

FM : avez-vous des touches ?

M.H : oui, franchement j’ai eu pas mal de touches. Rien qui me dise en revanche de le faire maintenant. Je pense que c’est assez tôt. Après, est-ce que c’est prendre un risque ? Oui, par rapport au fait que je suis en fin de contrat et qu’on ne sait pas ce qu’il va se passer pendant la compétition et après. Mais je suis prêt à prendre ce risque et faire attendre ces gens-là.

FM : vous qui sortez d’une saison compliquée, j’imagine que c’est toujours flatteur d’être désiré par de nombreux clubs...

M.H : oui, c’est flatteur. Mais je ne suis pas surpris non plus. J’ai quand même fait une saison à Châteauroux, j’ai fait la préparation à la Coupe du Monde en jouant face au Portugal et à la Turquie. J’ai fait aussi vingt minutes face à l’Angleterre. Donc j’ai su montrer ce que je savais faire mais surtout ce que je pouvais faire. Je ne suis pas surpris, mais ça me fait plaisir d’être suivi au vu de la situation.

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